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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Les images ont des oreilles

Nicole Benoit

section critiques
section cyberculture

Le projet 1 se divise sommairement en trois grandes étapes. Les étudiants participent aux deux premières qui comprennent le tournage des images vidéo, l’écriture fictionnelle et le travail d’interprétation dramatique et sonore. La dernière étape concerne l'expérimentation technologique qui ouvre sur une relecture des images, des sons et une réinterprétation du lieu de diffusion.

Je n’aime pas le silence lorsque je viens de raconter une blague (Marina Vézina) 

En classe au début du projet, les étudiants ont eu à compléter deux phrases: « J’aime le silence lorsque… » et « Je n’aime pas le silence lorsque… ». Voici quelques unes des réponses:
J’aime le silence lorsque je suis mort. Sans aucune autre condition que j’aime le silence.
Je n’aime pas le silence lorsque je fais n’importe quoi, il faut qu’il y ait du bruit. (Travis Boudreau).
J’aime le silence lorsque j’écoute un film au cinéma.
Je n’aime pas le silence lorsque je viens de raconter une blague (Marina Vézina).
J’aime le silence lorsque mes pensées ou mes émotions sont en guerre.
Je n’aime pas le silence lorsque la douleur est profonde (Rivu Patwary).

Les images ont des oreilles, décor

 

Au moment du tournage des images, les jeunes se retrouvent dans un contexte où la dimension collective de leur gestuelle est soulevée à travers différentes formes du silence, faisant contraste avec leurs habitudes quotidiennes. Le décor est planté dans un endroit clos où se trouve une rangée de bancs de cinéma élimés, rayés rouge et noir, vissée au plancher. On leur demande de rester assis, pendant 3 minutes, devant une caméra qui tourne sans opérateur, sans parler.

Une vingtaine de séquences sont ainsi tournées au cours de quatre séances différentes. Au début les jeunes sont curieux, puis simplement ennuyés. Demeurer en groupe, silencieux un long moment leur demande de déployer, par privation, un effort considérable et observable. Au bout de la 3e séance de tournage quelques-uns ont l’idée d’emprunter et d’inclure des accessoires pour créer des situations et improviser. On le voit bien dans la séquence intitulée Des êtres comme nous, Jessica Paquin et Benjamin Fauvel Pichette jouent deux grands singes découvrant une plante. Le processus d’appropriation de l’œuvre à créer prend lentement forme chez les jeunes participants.


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Des êtres comme nous


[D’écrire] 

Travail d'écriture à Pierre-Dupuy

Ayant pour objectif d'accompagner et de guider les adolescents à travers un processus de décryptage des images, afin de les mener vers une lecture personnelle de la projection de leur image corporelle, les jeunes doivent d’abord décrire les images, plan par plan, comme on décrit, une à une, les règles d’un jeu. L’intention étant de dévoiler un sens personnel, parmi d'autres possibles, à ces images dont l'explication n'apparaît pas de manière évidente. Finalement, traduire ce que l’on voit, à travers une écriture fictionnelle. Écrire, afin de dévoiler un sens allégorique, symbolique ou encore, déformer une réalité trop difficile à affronter et à exposer aux regards d’autrui. Ils écrivent plusieurs textes et créent divers personnages. Nous choisissons cinq textes.


Interpréter 

Mis en paroles, le jeu dramatique des textes est travaillé en classe avec le professeur Vincent Mayer assisté, à l’occasion, de Sylvie Berardino 2. Chaque adolescent fait un effort pour soulever le caractère théâtral de l’écriture. Il doit se composer une attitude puis incarner, avec conviction, le personnage et s'y assimiler. Plusieurs garçons se voient attribuer un rôle de jeune fille, de femme ou d’enfant. Ce qui donne lieu à des moments de malaise et d’embarras dus à la timidité et à la quête d’identité. Mais cela soulève également un esprit de camaraderie et occasionne la création intéressante de rôles   à caractère androgyne tel celui du petit frère dans la séquence Le petit frère fatigant, interprété par Jonathan Boulanger Paquin.
Une à une, personnage par personnage, les voix dramatiques sont travaillées puis enregistrées au studio de son de PRIM, dans le but de permettre la genèse d’autant de tableaux sonores.


Le petit frère fatigant


Rachel, Audrey, Tanya et Vincent Mayer -  travail d'écriture à Pierre-Dupuy
Les images ont des oreilles – interprétation en studio


The revenge of ze caniche

 

Francisco Manuel Minaya Hodge en studio dans « The revenge of ze caniche »
Rivu Patwary en studio dans « Les touristes »

Une dislocation image/son : reconstruction des possibilités narratives liées à l’image et au son 

Les images ont des oreilles, tournage
Les touristes
Le cerf volant

Un travail de broderie sonore realisée à partir d’emprunts et d’associations s’opère ensuite dans les studios de PRIM en collaboration avec Bruno Bélanger. À partir du plan-séquence incluant les deux adolescents Travis Boudreau et Rivu Patwary. Lorsque l’étudiant Ti-Long Tran a écrit le texte qui mènera à la séquence « Les touristes », il a ajouté un personnage hors champ suggérant un guide touristique. En studio, les ajouts sonores d’un autobus qui démarre campent la scène.


Les touristes


Les images sont reprises électroniquement, avec Sylvain Cossette afin que la monotonie du décor soit transcendée et arrive à une certaine confusion de l’espace fictionnel et de l’espace réel de l’image. De l’ensemble ressort une certaine incongruité narrative qui convient totalement au statut intervallaire de l’adolescence. Autre exemple, le travail formel finement ciselé dans les images de la séquence « Le cerf-volant » ajoute une confusion entre un décor intérieur et extérieur et s’impose simplement par l’ajout de hautes herbes en avant plan, de nuages et une altération de la coloration.

Jouer au jeu 

Les images ont des oreilles, Capture d’écran à l'ouverture du jeu

L’objectif du projet étant d’abattre, par une série d’interventions, les frontières établies volontairement entre le son et l’image, avec les adolescents, dès le début du processus. Établir les conditions qui définissent le travail sur le son et le travail sur l’image afin de rétablir une relation de réciprocité. Cette démarche renvoie à la quête de sens qui caractérise l’adolescence. L’idée du jeu s’est également imposée pour permettre au participant de réactiver le processus créateur mais aussi de faciliter l’accessibilité à une oeuvre d’art adaptée aux adolescents, à leur entourage, leurs familles et leurs amis. En collaboration avec le designer d’interaction et programmateur, Claudio Amorim nous avons imaginé une interface graphique en forme d’oreille et une allégorie d’images graphiques (casques d’écoute de différentes couleurs, fiches d’alimentation de portable), pour cibler et percer l’image de plusieurs yeux qui libérent alors les séquences audio et vidéo appareillées, à travers une confusion sonore.


Le lieu ou « (…) L’exposition est un site à exploiter » 

Ce jeu est une façon de réinvestir l’espace d’exposition en le transcendant. Il devient un site virtuel 3 à explorer, dans une sphère publique/privée qui donne préséance au processus de création. Le joueur doit réunir, à nouveau ce que l’oeuvre à d’abord déconstruit.

 

NOTE(S)

1 Le Centre PRIM, dans le cadre du programme « Libres comme l’art » du Conseil des arts de Montréal, en collaboration avec la CSDM et la CRÉ de Montréal a accueilli ce projet de création et d’initiation aux arts médiatiques en milieu scolaire. Il se situe au centre d’une pratique relationnelle car, il associe 16 élèves de 5e secondaire de L’École Pierre-Dupuy avec Vincent Mayer, enseignant en art dramatique. Le projet a duré de septembre 2011 à mars 2012.

2 Sylvie Berardino est conseillère pédagogique en art dramatique et en danse à la Commission Scolaire De Montréal.

3 Johnstone, Lesley. 2011. « L’exposition un site où tout peut arriver » in Le travail qui nous attend. Montréal: Musée d’art contemporain, catalogue d’exposition « La triennale québécoise 2011 », p. 28.

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Tout d’abord formée en photographie et en lithographie, Nicole Benoit utilise actuellement l’image en mouvement et le son comme matériaux de création. Les images ont des oreilles  poursuit l’exploration constante, dans son œuvre, des manifestations entourant le langage et l’image, à partir des variations du corps et de sa gestuelle. Elle désire maintenant soulever de manière plus spécifique les questions de la voix et des formes de mutisme verbal en lien avec l’identité personnelle ou collective. Les réalisations de l’artiste incluent des monobandes vidéographiques et des installations, notamment « A » (comme aveugle) et Genre : ado ainsi que des contributions à diverses productions télévisuelles, radiophoniques et filmiques, à Radio-Canada, à Télé-Québec et à l’ONF. Ces œuvres ont été vues au Québec, au Canada et en Europe. Ph. D. en études et pratiques des arts de l’UQAM, Nicole Benoit enseigne en pratiques artistiques actuelles à l’Université de Sherbrooke.

 

SITE(S) CONNEXE(S)

http://archee.qc.ca/lesImagesOntDesOreilles/
http://lesterritoires.org/francais/territoires/mandat.htm

 

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Boisclair Louise - 07/2012 Les images ont des oreilles de Nicole Benoit :
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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).