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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Présentation du thème « le vivant et l’artificiel »

Brigitte Mathis et Marcin Sobieszczanski

section cyberculture

Faisant suite à l’expérience des trois années passées, le Master « Ingénierie de la Création Multimédia et de Direction Artistique de Projets » de l’Université de Nice Sophia-Antipolis a organisé en 2008 avec le Musée d’Art Moderne et Contemporain (MAMAC) à Nice un cycle de conférences et de présentations consacré aux enjeux de l’art et de l’esthétique dans le contexte du développement des biotechnologies. Nous avons convoqué des philosophes spécialistes de l’épistémologie, quelques responsables des entreprises du technopôle régional travaillant dans le domaine des biotechnologies ainsi que quelques artistes utilisant les matériaux biotechnologiques et évoquant dans leurs œuvres et actions la problématique du vivant.

Le site WEB www.unice.fr/master-creation/MAMAC20072008/index.html composé des enregistrements vidéo et d’un fond documentaire sur les intervenants, tend à pérenniser l’événement et complète l’action de communication que les stagiaires déploient sur tous les supports accessibles sur le plan local et international.

Affiches du cycle de conférences « Le vivant et l'artificiel »

une programmation pluridisciplinaire pour évoquer l’omniprésente esthétique de l’artificiel biologisé. 

La coordinatrice de programmation de ce cycle, Brigitte Mathis a sélectionné des acteurs majeurs du domaine des technologies du vivant, directeurs de recherche du secteur public, d'entreprise privée de la bio-ingénierie, d'institut d'étude du fonctionnement biologique à l'échelle cellulaire et moléculaire afin d'exposer un panorama complet de ce que les biotechnologies offrent actuellement à la pratique courante et ce qu'elles permettront d'offrir dès demain en terme de thérapies cellulaire et génomique. Travaux de recherche et applications sur les cellules souches embryonnaires et adultes, sur la reconstruction de peau en 3D, sur le génome, et le transcriptome vous sont divulgués par ces spécialistes, sous des formulations adaptées au cadre de réflexion proposé, le « vivant et l’artificiel ».

Les intervenants artistiques ont été choisis pour leur présentations sur des œuvres s'exprimant sur et par le "vivant" combiné à des technologies actuelles. Brigitte Mathis a convoqué l'unique critique et commissaire d'expositions spécialisé sur le "bio-art" à livrer à ce cycle une approche détaillée sur les singulières œuvres d'artistes utilisant des matériaux "biologiques" et les biotechnologies dans leurs créations.

Des enseignants universitaires et des philosophes complètent ce panorama par la présentation de leur analyse intellectuelle.

Brigitte Mathis, a retranscrit ces conférences en vue de leurs publications et pour nous offrir l'opportunité de percevoir combien ces disciplines, en apparence différentes, s'articulent autour de nos préoccupations individuelles et collectives, et ouvrent la réflexion sur des interrogations qui les rapprochent, celles de l'omniprésence de l'artificiel biologisé dans notre vie quotidienne.

argument 

Notre société entre dans la phase de solidification des moyens de communication caractérisés par la globalisation des échanges, l’unification numérique des différents médias et la subjectivisation et le ciblage des protagonistes d’un nouveau contrat d’information engagé entre collectifs et individus.

Parallèlement à ce processus, et en grande partie suite à ses effets sensibles sur la conscience collective, nous participons à l’avènement d’un autre courant qui consiste en la cristallisation technologique de la plus vielle tendance de l’humanité qui est celle de l’artificialisation de l’espèce biologique que nous sommes. Depuis l’invention de l’outillage, la maîtrise partielle de différents régimes énergétiques des éléments, la domestication de certains végétaux et de certaines espèces animales, depuis l’invention des techniques thermodynamiques, chimiques et ondulatoires, l’humanité n’a pas eu de cesse de dépasser les limites qui lui ont été assignées par la condition évolutionnaire atteinte par les primates hominidés. Cette indéniable tendance aurait fait dire à certains penseurs de notre actualité technologique que la condition humaine consiste précisément à dépasser, dans un mouvement « trans-humaniste », les assises mêmes de ce que la Renaissance appelait l’Homme, et les Lumières l’Humanité.

L’agent de cet autodépassement est en train de parvenir à la lucidité nécessaire qui lui permet de saisir l’ancien mouvement de stimulation de sa propre Evolution et de le définir à l’aune de son plus grand problème existentiel qui est celui de l’existence même de la Vie. Etre intellectuellement à la hauteur de l’essence et de la complexité de l’être biologique, effectuer des manipulations efficaces de ses manifestations et de ses déploiements éco-systémiques, et enfin proposer des procédures de création de matériaux et de processus bio-inspirés, tels sont les chalenges des biotechnologies les plus récentes. Les positions des chercheurs, des ingénieurs, des penseurs, des politiciens et des juristes, dans ce domaine, organisent également le plus profond différend éthique de notre temps.

Nous nous proposons d’expliciter cet état de choses et de l’aborder dans ses dimensions philosophiques, techniques et économiques ainsi que dans ses connotations esthétiques. Nous proposons une série de rencontres, de discussions et de performances autour de ce passionnant thème du vivant et de l’artificiel, décliné dans ses figures de pensée, sa dimension scientifique, « entrepreneuriale » et industrielle et finalement dans ses manifestations dans l’art contemporain. Une hypothèse forte préside à ce thème : les produits des biotechnologies sont déjà là, à la portée de main, les effets de leurs usages se font dorénavant sentir à l’échelle quotidienne, nous sommes tous concernés par les problèmes qu’elles occasionnent, nous sommes tous en train d’entrer dans l’époque de « l’omniprésente esthétique » de « l’artificiel biologisé ».

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Marcin Sobieszczanski, enseignant à Angers, Rouen, Montréal et Paris 3, il est actuellement maître de conférences à l'Université de Nice Sophia Antipolis, et co-directeur du Master 2 « Ingénierie de la création multimédia et direction artistique de projets  ».

Brigitte Mathis, exerce dans le domaine de la biologie depuis 1980. Ses activités en laboratoire de recherche et de développement des biotechnologies (fusion cellulaire, production d'anticorps monoclonaux, tri et identification cellulaire) et actuelles dans un laboratoire de biologie de la reproduction (diagnostic anténatal, dépistage de la trisomie 21 par marqueurs sériques et procréation médicalement assistée) lui apportent des connaissances transversales sur les approches scientifiques de la recherche et les possibilités de leurs applications concrètes et systématiques en diagnostic.

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).