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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


La cérémonie éclair

Bernard Guelton

section cyberculture

«Paris Mobs Trois», 20 septembre 2003 sur le parvis de Notre Dame. Photo de Serge Stinckwich.

Qui pourrait encore croire au déclin des cérémonies et des rites dans nos sociétés contemporaines? Si leur reconduction ou leur permanence peuvent poser problème, leur invention ou plus précisément leur émergence semblent assurés. Certes, il y a un paradoxe à parler de rite si celui-ci n’est pas reconduit ou insuffisamment reconduit et la question même de son émergence ne se pose pas. La question se reporte alors sur la fréquence et la permanence du rite. Y a-t-il un seuil de répétition minimum en deçà duquel un rite ne saurait exister? Y a-il une fugacité rituelle propre à la société occidentale contemporaine? La puissance rituelle est-elle directement corrélée à sa fréquence, au nombre de personnes concernées et à son ancienneté?

1. Cérémonie 

1.1. Rite et cérémonie

Après ces remarques, en voici encore une : pourquoi intituler ces quelques lignes “ cérémonie ” et dévier aussitôt sur la question du rite? C’est qu’il s’agit ici avant tout de cerner ce qui relèverait d’un caractère extérieur, exceptionnel et ce qui s’inscrirait dans une répétition plus fondamentale. La cérémonie conserverait un certain caractère d’exception et de représentation alors que le rite serait conçu d’emblée dans sa répétition fondatrice. La cérémonie particulière intitulée “ foule éclair ” (“ Flash mob ”), bien que l’historique et la description en aient aussitôt été faits, n’est pas encore clairement rattachée à la répétition d’une fonction sociale primitive. (Par ailleurs, qui oserait parler ici de “ fonction sociale primitive ” alors qu’il semblerait que nous ayons affaire à une classe d’individus “ high-tech ” à la fois évoluée et “ branchée ”? Une classe à la fois doublement relayée et mobile, forcément fugace et rapide?) Bref, la cérémonie se pratique et/ou se décrit, le rite s’analyse. Si la cérémonie me semble circonscrite, le rite ici semble encore inaperçu. Il faut donc me concentrer d’abord sur la cérémonie. Celle-ci est “ presque ” parfaite et cette quasi-perfection est à la fois sa motivation et sa raison d’être. L’internet est à travers une liste ouverte/fermée (je peux m’abonner à cette liste mais en m’adressant ailleurs que chez mon épicier) à la fois le premier et le dernier lieu de rendez-vous, c’est-à-dire d’abord le lieu de la communication du rendez-vous physique et enfin le lieu du commentaire de l’action réalisée.

1.2. La cérémonie-de-la-communication-dans-le-réseau

«Paris Mobs Trois», 20 septembre 2003 sur le parvis
de Notre Dame. Photo de Serge Stinckwich.

Tout le monde l’a tout de suite compris, le réseau - la communication dans le réseau - est l’origine et la fin de la cérémonie et très probablement l’objet même de la célébration. Entre le début, la fin et l’objet lui-même il y a la rencontre des corps et toujours en des proportions variables, ce relais incontournable du corps en déplacement : le mobile avec ou sans photos et désormais avec ou sans vidéos. Dans ce cas précis, le relais sur Internet est devenu grâce à l’expérience dactylographique d’Isabelle Vodjdani 1 et à l’abonnement téléphonique gratuit de Jef sur Transactiv.exe, quasi-instantané, une sorte de miroir subjectif redoublé auquel manquait bien sûr les images. On ne s’étonnera donc pas que cette cérémonie-de-la-communication-dans-le-réseau conjugue la rencontre physique des corps - que celui-ci absente normalement - et réfléchisse la rencontre en temps réel. A quelques détails près, la cérémonie s’est répétée en différents lieux et puisqu’il s’agit de la terre interconnectée, la première cérémonie, forcément, a débuté à New York. La cérémonie a joué avec quelques-unes de ses données intrinsèques toutes reliées entre elles : sa vitesse, son autoreprésentation et sa célébration.

1.3. Définition et anonymat

Que les organisateurs d’une “ foule-éclair ”, “ maîtres de cérémonie ” soient restés anonymes est une caractéristique qui est loin d’être négligeable. Elle se distingue de ce qui me semble être l’usage habituel dans une cérémonie, c’est-à-dire que celle-ci est non seulement dirigée, mais que ceux qui la dirigent sont habituellement mis sur le devant de la scène, normalement comme intercesseurs entre les participants et “ l’objet ” qui est à célébrer. Cet anonymat a comme première raison d’être, dit-on, l’interdiction publique d’un rassemblement de personnes sans autorisation préalable. Soit, mais des rassemblements publics sans autorisation, revendiqués et non anonymes, se produisent de temps à autre et sont loin d’être impossibles. Un groupe se soude d’autant mieux dans une cérémonie qu’en confirmant un ordre qui se distingue d’un autre. Il s’agit donc sans doute de plusieurs choses à la fois : identification, fluidification, facilitation, sécurisation, marginalisation et enfin dissimulation et spectacularisation comme deux faces d’une même pièce. Mais surtout, il s’agit là d’une célébration qui est propre au réseau dans lequel l’anonymat est un ressort fondamental. D’une façon plus triviale, trop vite revendiquée par un auteur ou organisateur, la foule éclair aurait démotivé ses participants.

1.4. Un programme purement formel à exécuter

«Paris Mobs Trois», 20 septembre 2003 sur le parvis
de Notre Dame. Photo de Serge Stinckwich.

Par ailleurs, la cérémonie, quelle qu’elle soit, privilégiera toujours l’aspect formel du rassemblement et le préservera de la dispersion et de l’atomisation des rencontres interindividuelles. C’est toujours la cohésion formelle du groupe qui sera privilégiée au détriment des particularités substantielles des individus Enfin, puisqu’il s’agit d’une rencontre des corps absentés et anonymes dans le réseau, aucun corps ici n’est susceptible d’intercéder pour les autres. Certains se sont inquiétés “ qu’il s’agisse d’un programme purement formel à exécuter ” Mais qu’est-ce qu’une cérémonie en effet, si ce n’est justement un programme purement formel à exécuter? Reste l’inquiétude. L’absence de cause, l’absence de but peuvent sans doute inquiéter ou au contraire réjouir (?) Que des rencontres physiques aient lieu (mais il est vrai, de quelle rencontre s’agit-il?) à partir de l’anonymat du réseau pour y retourner est un symptôme qui reste encore à déchiffrer. Mais c’est à mon sens la définition même du rite et la nature de l’objet célébré (le réseau) qui sont en jeu.

2. Rite 

2.1. Gratuité

«Paris Mobs Trois», 20 septembre 2003 sur le parvis
de Notre Dame. Photo de Serge Stinckwich.

Beaucoup se sont étonnés de constater le côté adolescent de l’entreprise, sa gratuité (confondant donc rassemblement adolescent et rassemblement “ gratuit ”, ce qui est bien sûr une énormité), s’interrogeant inévitablement sur le côté artistique de la manifestation. Cet aspect, dénié par les organisateurs - au moins à l’origine des premiers rassemblements - engagerait donc une liberté (enfin) retrouvée - à moins que le déni artistique soit la meilleure façon de le garantir -. En ce qui me concerne, j’y retrouve la définition courante du rite selon Jean Cazeneuve (2000) : “ Dans le langage courant, ce terme désigne tout espèce de comportement stéréotypé qui ne semble pas être imposé par quelque nécessité ou par la réalisation d’une finalité selon des moyens traditionnels ”. Après un rapide aperçu des avantages et des inconvénients des fonctions du rite selon Malinowski, Bergson, Freud ou Durkheim, Cazeneuve aboutit au propos suivant : “ En définitive, il semble préférable de chercher la fonction du rite non pas dans des finalités qui lui sont extérieures, mais dans ses caractéristiques propres, à savoir celles qui le font apparaître comme un moyen de régler les rapports entre ce qui est donné dans l’existence humaine et ce qui paraît la dépasser, puisqu’on a affaire précisément ici à des conduites qui ne trouvent pas leur explication dans la condition matérielle de l’homme mais qui pourtant lui sont étroitement liées ” Une conduite sans explication matérielle mais qui pourtant lui est étroitement associée, voilà me semble-t-il une généralité qui correspond assez bien au rite de la rencontre-éclair. Difficile désormais d’imaginer une condition matérielle de l’homme en dehors des réseaux et de leurs instrumentations techniques. Comment actualiser ceux-ci à travers leurs représentations optimum que sont Internet et le mobile et comment les mettre en scène? Si ces deux instruments éludent les corps tout en démultipliant les rencontres, il s’agit précisément de célébrer “ gratuitement ” ce qui a été éludé : la circonscription, la rencontre et la représentation des corps (“ apportez votre appareil photo ” indique le message de Parismob). Pour quel objet, pour quelle pratique? Aucune importance, pour autant que cet objet ou cette pratique soit gratuit(e). Mieux, si la gratuité peut être mesurée, plus celle-ci sera forte, plus le rite sera efficace.

2.2. Régulation

Régler les rapports entre ce qui est donné dans l’existence humaine et ce qui paraît le dépasser, voilà une deuxième généralité qui rend bien compte de la pratique et de l’immersion dans le réseau, car ne l’oublions pas, “ la machine se suffit à elle-même, à défaut elle se suffit du branchement avec d’autres machines ” (Gauthier, 2002). Mais comme Cazeneuve l’a également bien repéré à propos du rite et du “ numineux ” : “ [l’homme] Son action, son existence même lui semblent comporter une marge d’indétermination, par là même d’insécurité. [...] Quand (il) a le sentiment du numineux, de ce qui lui échappe, il est tenté à la fois de s’en écarter et de s’en servir, ou bien, tout à la fois, de se préserver de ses dangers et de se mettre sous sa protection ”. N’est-ce pas là une version bien dramatique de ce qui se veut avant tout ludique, festif et gratuit? Et d’abord tu l’as fait, toi, la flash mob avant d’en parler?

2.3. Festivité

«Paris Mobs Trois», 20 septembre 2003 sur le parvis
de Notre Dame. Photo de Serge Stinckwich.

La fête par excellence est un genre mixte qui oscille entre deux pôles : cérémonie et festivité. Une fête réussie, c’est une “ institution génératrice de spontanéité ”. Mais cela n’empêche aucunement qu’elle puisse concerner un enjeu fondamental pour le groupe social concerné : ce qu’il maîtrise et ce qui lui échappe dans le “ grand réseau ”. La fête est un genre mixte pourvu d’un aspect paradoxal : son apparente gratuité ne l’empêche nullement de viser une question essentielle dans la pratique et la vie quotidienne des individus concernés. Il suffit d’évoquer les mises en scène plus ou moins déstabilisantes du pouvoir, de la différenciation sexuelle ou de la mort dans le carnaval traditionnel. Dans tous les cas, si les aspects ludiques et gratuits semblent patents dans la foule éclair, l’aspect festif est beaucoup plus hypothétique. Rien ne vient délier ou libérer un ordre existant, mais au contraire assurer, me semble-t-il, la représentation et la célébration du “ réseau ”. Autrement dit, s’il est juste que la fête d’une façon générale s’origine dans un minimum de cérémonie 2, l’inverse est certainement erroné.

3. “ Les invariants de la techno-utopie du réseau ” 

3.1. Formes, flux et régulation

Premier LilleMobs 6 novembre 2003.
Photos Renaud - Nico - Mamourette

Qu’est-ce donc que ce grand réseau susceptible de mobiliser l’imaginaire et l’action collective? Est-ce d’abord cette collision, (fusion, coordination) des mondes virtuel, physique et social rapportée comme première conclusion du livre Smart mobs de Rheingold selon Kaplan 3? Ou bien cette collision n’est-elle qu’un effet secondaire des deux aspects de “ la techno-utopie du réseau technique ” qui est pour Muso (2003) “ l’antique récit de l’intermonde entre corps et technique, qui met en miroir le corps, notamment le cerveau, avec le réseau, et d’autre part le récit moderne issu du saint-simonisme et du proudhonisme qui fait du réseau technique un levier, voire un identifiant du politique ”? Dans La critique des réseaux, Muso propose de façon très intéressante de faire remonter la pensée et l’idéologie de la notion de réseau à Saint-Simon et à Proudhon et met en perspective ce qui est habituellement pensé seulement du point de vue de l’internet. Il résume six marqueurs historiques de la techno-utopie du réseau en trois niveaux d’interprétation : des formes, des flux et une régulation. “ C’est ce triptyque, constitué par des formes lisibles, des flux du passage et une régulation organistique, qui donne force à la techno-utopie du réseau et structure les discours récurrents qui accompagnent les innovations réticulées, depuis le chemin de fer jusqu’à internet ”.

3.2. La visibilité du réseau

Premier LilleMobs, 6 novembre 2003.
P photos Renaud - Nico - Mamourette

Si toute cérémonie est une célébration, (au minimum du groupe social qui l’accomplit), il lui faut également une occasion et une pensée qui en assurent la cohérence et la visée. Cette “ pensée ” commune, c’est “ la promesse d’un changement social ou, plus simplement, [celle de] créer du mouvement et de la mobilité par des prothèses techniques de "connexion" ” c’est-à-dire le réseau sous ses aspects formel, circulatoire et régulatoire. Il me semble que ce soit avant tout la lisibilité et la visibilité du réseau qui sont en jeu avec le rassemblement d’une foule éclair. C’est en quelque sorte la partie émergée du triptyque qui est momentanément mise en avant et qui se produit comme une “ manifestation ”. Manifestation de quoi? Tout simplement des deux autres aspects de la techno-utopie du réseau : régulation et flux. La précision des rendez-vous, la rapidité, la fluidité et la gratuité de la manifestation sont pour l’essentiel ce qui est à voir. On s’aperçoit à nouveau que la gratuité de la manifestation a toute son importance, la régulation et le flux ne doivent pas s’embarrasser d’autre chose, ce sont seulement eux qui doivent être rendus visibles. C’est donc l’aspect formel du réseau qui s’actualise dans la cérémonie  flash mob. D’où la question posée, dès l’origine, de son motif artistique, celle de la filiation artistique ou esthétique à laquelle la rattacher.

3.3. Connivence entre utopie et réseau

Pourquoi cette connivence particulière entre utopie et réseau? C’est encore, (après l’antique récit de l’intermonde entre corps et technique) le deuxième aspect de la techno-utopie du réseau qui prend tout son sens, le “ récit mythique saint-simonien du changement social assuré par la mutation technique des réseaux [qui] se répète à chaque innovation technique, jusqu’au paroxysme avec Internet annonciateur d’un "nouvel âge", d’une "nouvelle économie" et de la "société en réseaux" ” 4. Bien sûr, je ne suppose pas qu’une utopie aussi naïve soit celle qui soit partagée par les participants d’une foule éclair. Cette foule se pense d’abord comme celle qui célèbre une sorte d’avant-garde de la connexion et de la mobilité. Mais en définitive, c’est bien la même utopie qui est en jeu 5. On peut également comprendre cette connivence entre le réseau et l’utopie dans un autre sens, celui de la définition de l’utopie qui pour Thomas More signifie “ nulle part ”, un lieu qui n’est dans aucun lieu. Si le réseau est pour l’essentiel une interconnexion de nœuds (virtuellement toujours extensible en surface, en couche et en densité), celui-ci est à la fois partout, (au moins virtuellement partout), ce qui revient à dire qu’il ne réside dans aucun lieu. D’où la nécessité justement de lui donner une forme, de le rendre visible et lisible à travers une situation qui ne pourra être forcément que fragmentaire et éphémère. Il me semble que la motivation de rencontre interindividuelle qui préside au rassemblement d’une foule-éclair se partage de façon relativement égale avec l’autre aspect qui est de donner une visibilité au réseau. Mais la rapidité même de la manifestation semble davantage orienter la rencontre vers une simple “ reconnaissance ” de l’autre. Quelle est l’apparence physique de celui ou celle qui est anonyme dans le réseau? Est-ce celui ou celle avec lequel ou laquelle j’aurais envie d’échanger à travers l’apparence et l’opacité des corps? 6

4. corps-réseau, corps-miroir, corps-multiple 

4.1. La rencontre des corps

 

FlashMob Amsterdam, 8 août 2003
(Making photos of everybody who leaves
the supermarket as if they are celebrities
)
Photos par Kirsten Verdel.

La question des corps est donc récurrente et de plusieurs façons. La première façon concerne le rapport du corps et du réseau, la deuxième concerne la rencontre directe des corps ou des individus. Ces deux aspects trouvent une configuration particulière dans la rencontre d’une foule éclair. Absenté dans la communication réticulaire (Internet), remplacé par l’écran et ses appareillages 7, il s’agit, comme je l’ai déjà évoqué, de le circonscrire et de le mettre en scène dans la rencontre, rencontre qui habituellement ne saurait avoir lieu. Mais le corps, et surtout le cerveau, a servi deux fois de modèle au réseau 8. Dans sa version primitive, c’est le corps qui est pensé comme un réseau 9. Dans sa version contemporaine, c’est à l’inverse le réseau qui est pensé à l’image du corps et du cerveau. L’imaginaire du corps et du réseau est donc pensé doublement ou plutôt en deux étapes qui se renforcent mutuellement. Mais la communication effective entre personnes ne saurait se contenter d’une représentation imaginaire qui associe corps et réseau. La communication physique entre deux individus doit constamment s’ajuster par inférences successives et tenir compte de plusieurs niveaux interprétatifs 10. Le contenu (linguistique) de l’information échangée, les contextes sémantiques et pragmatiques de la communication, les aspects corporels, à la fois en termes d’âge, d’appartenance sexuelle et sociale de l’échange sont en effet loin d’être homogènes et font de la communication physique directe entre personnes une aventure complexe et en partie imprévisible.

4.2. Un corps miroir du réseau

FlashMob Amsterdam, 8 août 2003
(Making photos of everybody who leaves
the supermarket as if they are celebrities
)
Photos par Kirsten Verdel.

La cérémonie flash mob permet, me semble-t-il, de trouver un compromis entre l’imaginaire du corps-réseau et la rencontre effective des corps des participants. En s’extrayant momentanément de l’imaginaire et de la pratique du corps réseau, il ne s’agit pas pour les participants d’accéder soudainement à la communication directe avec autrui dans sa complexité mais de retrouver les corps absentés sous le mode d’une reconnaissance fugitive. Certains pourront tenter dans un deuxième temps une rencontre interindividuelle, mais cela restera aléatoire et ne fera plus partie de la cérémonie. Il est juste de dire que la communication dans une foule, quelle qu’elle soit, (si elle n’est pas complètement fusionnelle), s’établit sous le mode de la reconnaissance mutuelle. En cela le rassemblement de la foule éclair ne possède pas de particularités. Ce qui lui est particulier, c’est qu’elle n’initie aucun nouveau mouvement, elle ne fait qu’actualiser une dynamique des réseaux déjà orientée vers une techno-utopie et ce hormis toute transcendance. Autrement dit, procédant du simple reflet, cette foule éclair est un corps-miroir du réseau.

5. Activation, hybridation, singularité 

5.1. Activation

5.1.1. Double activation ou intensification

Montréal Mob #2, 14 septembre 2003.
Photos Houssein Ben-Ameur

La foule doit être activée comme le réseau communicationnel doit être activé sous peine de disparaître. L’activation est donc essentielle de bout en bout et sous ces deux aspects. Dans le réseau informationnel, l’activation permet d’étendre sans cesse des liens, de densifier des nœuds, de multiplier les interconnexions et bien sûr dans le meilleur des cas l’échange entre les internautes. Dans la foule éclair, l’activation se déploie du projet initial véhiculé sur le net, au couplage des corps, des mobiles et des gestes, jusqu’à la multiplication des sites, blogs et wikis, faisant état des derniers événements éclairs et se renvoyant l’un à l’autre dans une trame de liens de plus en plus large et diversifiée. Il s’agit donc d’une double activation. De façon cohérente avec la logique des flux et de la régulation, il ne s’agit aucunement d’une surexcitation passagère mais d’une simple intensification qui est rendue manifeste.

La face inverse de l’activation, c’est bien sûr la désactivation, le ralentissement, la perte, qui tôt ou tard signifie abandon, déconnexion. Ainsi, la menace sous-jacente qui intensifie proportionnellement l’activation, c’est le risque psychique, social d’une démotivation des internautes, que cette motivation concerne une mode éphémère ou plus profondément la perte d’un lien communautaire qui engage la désaffection et l’abandon du lien réticulaire ou, plus grave encore, (voire catastrophique), dans le risque technique d’une panne qui rompt la connexion, interdit l’accès. A cela, s’oppose la réactivation et la célébration du lien réticulaire sous la forme d’une cérémonie fugitive. En disant cela, je ne suppose pas, néanmoins que la foule éclair soit la célébration de liens réticulaires qui seraient menacés. La motivation essentielle se tient entre reconnaissance et représentation.

5.1.2. Un système autopoïétique

Cette nécessité d’une activation (minimum) préside à l’existence de tous les systèmes vivants. Je serai tenté de faire appel ici à la définition d’un système “ autopoiétique ” qui pour Varela (1989) est la suivante : “ Un système autopoiétique est organisé comme un réseau de processus de production de composants qui (a) régénèrent continuellement par leurs transformations et leurs interactions le réseau qui les a produits, et qui (b) constituent le système en tant qu’unité concrète dans l’espace où il existe, en spécifiant le domaine topologique où il se réalise comme réseau11. L’intérêt à travers cette description est de sortir de l’association récurrente réseau informationnel / cerveau, pour envisager de façon plus dynamique et globale la question de la vie et de l’auto-organisation des systèmes vivants dans leur ensemble. Le principe de régénération constante est un principe biologique repéré par Varela qui me semble correspondre au principe de l’activation sur lequel je voudrais insister 12. Si Varela fait état de cette nécessaire régénération (a), il mentionne également qu’elle se spécifie en tant qu’unité concrète dans l’espace où ce système existe et ceci en termes topologiques (b), autrement dit comme la définition d’une transformation spatiale continue. Si le réseau est un non-lieu 13, la foule éclair opère une transformation spatiale à partir de ce non-lieu. Cette transformation spatiale est essentiellement fugitive et n’aboutit à aucune forme stable puisque aussitôt apparue elle est résorbée dans le réseau. Ainsi, au-delà de son caractère événementiel, elle est prise dans une logique “ pure ” (topologique) de transformation spatiale.

5.1.3. Activation artistique

Montréal Mob #2, 14 septembre 2003.
Photos Houssein Ben-Ameur

Ceci, à mon sens, nous entraîne assez loin d’une activation de type théâtral même si une filiation avec le happening ou la performance peut être légitimement évoquée. Car si la “ forme ” ou l’aspect d’une foule-éclair est événementielle, la question du temps, plus précisément “ la configuration de présence ” 14, “ le ici et maintenant ” de la performance n’ont en fait que très peu d’importance. Il s’agit avant tout d’une intensification des flux, d’une reconnaissance des corps absentés dans le réseau, de la spécification concrète et de la délimitation d’un espace comme “ pure transformation ”. Cette importance et cette logique de l’activation se sont largement imposées dans de nombreuses pratiques contemporaines tout autant dans le réseau qu’en dehors de celui-ci. J’ai eu l’occasion de mentionner comme exemple manifeste de cette logique hors réseau “ Touch sanitation ” (1978-79) de Mierle Laderman Ukeles 15. A travers ces pratiques, les formes sont à chaque fois éphémères et s’effacent entièrement dans le procès qui les génèrent. L’intérêt ici, est qu’il n’est plus simplement question d’une filiation esthétique qui ferait remonter l’activation esthétique à l’implémentation chère à Goodman, ni au problème récurent de la participation d’un spectateur ou d’un auditeur de plus en plus difficile à solliciter ou à trouver car comme le souligne bien Olivier Auber : “ Dans un grand nombre de pratiques contemporaines, la participation des spectateurs est devenue un principe de composition. Cependant, plus le spectateur ou l’auditeur est censé intervenir au cours de la composition - par ses choix, son point de vue, son parcours, sa trace, son écoute, son regard, voire sa simple présence - plus la chose composée semble se dérober derrière le dispositif de la composition; dispositif avec lequel bien des auteurs entretiennent des rapports ambigus. La dérobade devient patente lorsque, par l’entremise de certains dispositifs appartenant au champ de l’art ou non, tout un chacun peut devenir lui-même celui qui requiert la participation des autres, s’il en reste encore d’autres16. Sans objet particulier, sans auteur et, en principe, sans spectateur 17 - mais cela est loin d’être résolu - la foule éclair retrouve dans la cérémonie de la techno-utopie du réseau la forme anonyme et première d’une pratique rituelle qui, en principe, ne se soucie pas de son existence artistique.

5.2. Hybridation

Ces liaisons entre corps et réseau; art et cérémonie; microprocesseur, Internet et technologies mobiles; ou encore collision du virtuel, du physique et du social (Smart mobs) nous renvoient-elles à des “ hybridations ”? Hybridations, comme mélanges entre espèces d’un genre différent ou mélanges contre nature, mais susceptibles de nouvelles générations, de nouveaux développements à partir des croisements engendrés. Y aurait-il ici une contre-nature du corps physique, une contre-nature du corps social, une contre-nature du corps technique qui résulteraient de leurs rassemblements? La vision engagée jusqu’à présent a plutôt considéré la foule éclair dans son ensemble comme une émanation fluide et sans heurts du réseau. Le parti-pris de la cérémonie, (forcé, bien évidemment pour accentuer certains traits) est naturellement du côté de l’homogénéisation, de la cohérence et non de l’hétérogène puisque l’une de ses fonctions essentielles est d’intégrer, voire de réintégrer des éléments plus ou moins disparates dans une totalité. Le point de vue adopté, on l’a compris est un point de vue extérieur à la manifestation. Il en va probablement autrement du point de vue des participants, sans pouvoir, néanmoins, qualifier d’un seul bloc l’ensemble des vécus individuels. Il a souvent été fait mention dans la réflexion sur la communication réticulaire de la multiplication des identités, de leur fragmentation. En dehors même de toute connexion appareillée, il va de soi, me semble-t-il, que toute participation à une manifestation urbaine fait alterner une identité collective et une identité individuelle dans la ville qui sont loin de se coordonner naturellement ou automatiquement. Si l’on y ajoute la prégnance et la multiplication des identités vécues sur Internet, redéployées avec le mobile et coordonnées dans une foule éclair, l’hybridation est manifeste. Il s’agit donc d’une question de point de vue. Considérée d’un point de vue extérieur au(x) réseau(x), du point de vue de sa fonction globale, la foule éclair est une cérémonie homogène. Considérée du point de vue du vécu individuel, des opérations concrètes à coordonner pour la réaliser, la foule éclair est hybride. Mais en définitif, la cérémonie est là pour réintégrer dans une totalité la fragmentation des appareillages, des identités et des liens réticulaires, non seulement du point de vue des acteurs mais aussi du point de vue des observateurs extérieurs.

5.3. Singularité

5.3.1. Du motif artistique

L’œuvre artistique se suffit d’être revendiquée. Certains y verront en plus la nécessité d’une certaine activation qui dans la tradition esthétique pourrait s’affilier à l’implémentation. D’autres encore, verront son effectivité ou son succès comme lié à une certaine dose de singularité. A ce stade, l’hypothèse qui semble se dessiner est que la singularité varie en proportion inverse de l’activation qui est en jeu. Qu’importe, dans le cas présent, (celui de la foule éclair), la revendication feinte ou rejetée du motif artistique 18. Il ne s’agit-là que d’une question de point de vue ou tout simplement de délai. Il ne saurait être question dans le cas présent d’originalité, rien n’est original, ni l’extension et la coordination des réseaux, ni le rassemblement urbain, ni la gratuité de l’action et probablement encore moins qu’il s’agisse d’un acte artistique. Par contre, est-ce que doivent être considérés comme singuliers les acteurs de la foule éclair dans leurs individualités? L’hybridation des réseaux? La coordination et la rapidité de la foule? Mais surtout, si l’on peut considérer ces différents aspects comme singuliers, le plus important n’est-il pas la relative autonomie de ces singularités propres?

5.3.2. Singularité

Pourtant, à la suite de Baudrillard, il est loisible de dire que “ de la singularité, il n’y a rien à dire ” 19. “ [...] Dans les cultures anthropologiques, il n’existe pas d’objet qui échappe à un circuit global, soit d’usage, soit d’interprétation... Une singularité, ça ne se propage pas en termes de communication. Ou alors dans un circuit tellement réduit qu’elle n’est plus qu’un fétiche ”. Dans un tout autre contexte, Rousseaux nous dit que “ rien n’est dicible du singulier qui n’en viendrait immédiatement à bout : toute catégorisation est aussi une désingularisation. Comment se manifeste le singulier? Par son annihilation catégorielle ou par son insistance répétition, toujours différentielle [...]20. Si de la singularité, il n’y a rien à dire, sur le repérage de cette singularité, les conditions de son émergence, l’intérêt d’une recherche et d’une clarification apparaissent avec toute leur importance et ceci en considération des trois préoccupations soulevées jusqu’à présent : 1) la cérémonie et le rite sous ses formes contemporaines, 2) leurs liaisons ou leurs substitutions à des formes artistiques 3) les pratiques en réseaux.

La référence aux cultures anthropologiques est toujours délicate, qu’elle suppose une inévitable description extérieure ou qu’elle projette corrélativement un fonctionnement interne comme la signification d’un rituel, le rôle d’un fétiche pour les individus concernés. D’un point de vue extérieur, il sera toujours loisible de décrire la singularité d’un rituel ou d’une cérémonie, soit comme une manifestation particulière en la confrontant à d’autres sociétés, à d’autres usages; soit comme la réduction d’une singularité dans une totalité pour la société concernée à travers précisément le rite, la cérémonie comme dans les définitions de Cazeneuve rapportées précédemment. L’annihilation catégorielle (pour reprendre Rousseaux) de la foule éclair a été extrêmement brève. Cette brièveté de l’absence d’identité s’est transformée dans une affiliation à une sorte de happening anonyme sous la forme d’une collision du virtuel, du physique et du social, puis elle s’est résorbée dans une reconnaissance auctoriale et artistique. L’insistance répétitive de la foule éclair, en corrélation avec son annihilation catégorielle aura été aussi brève et donc aussi peu singulière.

A côté, ou en dehors de son usage en mathématiques et en astrophysique 21, une théorie de la singularité est chose rare - et l’on pouvait peut-être s’y attendre - elle-même un brin “ singulière ”. C’est, semble-t-il, chez Guattari (1981) qu’elle se voit esquissée. Dans “ L’acte et la singularité ”, l’auteur y oppose singularité contingente et singularité machinique, ce que je tenterai de résumer en opposant la singularité de “ l’être-là ” à celle qui est “ transissante ” : celle qui fait transiter quelque chose à travers des stratifications hétérogènes 22. Ailleurs, dans “ Singularité et complexité ”, Guattari fait proliférer toutes sortes de singularités, “ singularités sémiotiques ”, “ singularités affectives ” et “ singularités existentielles ”. Ces différents aspects prennent sens à travers ce que Guattari appelle le domaine “ psy ”. Ce que je retiendrai dans cette remarquable prolifération et invention conceptuelle, c’est l’articulation qui est faite entre individus, sérialité et collectivité du point de vue de la singularité. “ [...] Pour aborder cette autre dimension, c’est-à-dire non plus de singularité prépersonnelle mais on pourrait les appeler transpersonnelles, au-delà de la personne, qui engagent des ordres, des institutions, des mouvements, etc. on est obligé de renoncer en fin de compte à cette catégorie. Je crois qu’il faut arriver à décoller la notion d’individu et la notion de singularité. Ce qui est de bon sens puisque la subjectivité collective, sérielle dont je parlais au tout début, c’est quelque chose qui fabrique des individus en série [...] Donc la différence ne passe pas entre subjectivité mass-médiatique, subjectivité produite et puis individu puisque finalement d’une certaine façon, c’est la même chose : il y a production de sérialité. Un individu peut être une pièce détachée et inversement les traits collectifs de la subjectivité peuvent devenir singuliers23.

Quels sont les traits collectifs de la subjectivité qui sont devenus susceptibles - à la vitesse éclair - de singularités dans la flash mob? Le premier trait, me semble-t-il, c’est la vitesse. Non pas seulement, bien sûr, la vitesse de manifestation d’une foule éclair proprement dite, mais la vitesse (début / fin) de sa propagation physique (New York, Tokyo, Paris, Amsterdam etc.) et mass-médiatique. Le deuxième trait, c’est sans nier le caractère événementiel, sa caractérisation en termes topologiques. Si le réseau est un non-lieu 24, la foule éclair opère une transformation spatiale à partir de ce non-lieu. Au-delà de son caractère événementiel, la foule éclair est prise dans une logique “ pure ” (topologique) de transformation spatiale. Le troisième trait dont j’ai tenté la description est le suivant : la foule éclair est un corps miroir du réseau. Enfin, en suivant ce troisième trait et en m’appuyant sur la distinction guattarienne, singularité contingente / singularité machinique, je formulerai la proposition suivante : malgré son apparence de singularité machinique, la foule éclair n’est qu’une (petite) singularité contingente. Ce qui veut dire ceci, la foule éclair n’a fait que se tendre un miroir à elle-même 25 (un corps miroir du réseau) sans rien enclencher d’autre, sans rien bouleverser, ni traverser, ce qui fait de la foule éclair un spectacle ready-made pour une éventuelle exploitation ou transformation commerciale.

Je dois remercier ici Isabelle VODJDANI pour m’avoir fait découvrir les “ foules éclairs ” ainsi que pour la liste de liens qu’elle a bien voulu me communiquer. Ceux-ci viennent enraciner un propos parfois abstrait dans des commentaires réalisés sur différents sites dont principalement : http://www.transactive-exe.org/

 

NOTE(S)

1 VODJDANI, Isabelle, 2003, http://www.transactiv-exe.org/article.php3?id_article=21

2 lever son verre par exemple.

3 http://www.fing.org/index.php?num=4041,2

4 MUSO, Pierre, 2003, Critique des réseaux, PUF, p. 241.

5 Jérôme GLICENSTEIN remarque une autre forme de connivence entre utopie et réseau dans la notion de navigation sur Internet : « Et partout, à chaque instant, de nouveaux liens nous suggèrent de reprendre notre navigation vers des terres amies ou inconnues [et il note :] La prédominance de cette métaphore du voyage et de la navigation dans le vocabulaire d’Internet renvoie aisément à tout un lexique qui comme le rappelait Jean Servier, est d’abord celui des mondes utopiques : "Ce sont des navigateurs qui découvrent l’île d’Utopie, la Cité du Soleil de Campanella, la Macaria de Hartlib, la Nouvelle-Atlantide de Francis Bacon, la Nova Solyma de Samuel Gott ou, comme Lemuel Gulliver, des pays étranges" (Jean Servier, Histoire de l’utopie, Paris, Gallimard, 1967, p. 328-329) ». Glicenstein, Jérôme, 2001, « Le paysage panoptique d’Internet, remarques à partir de Jeremy Bentham », Autres sites, nouveaux paysages, Revue d’esthétique n° 39, p. 101.

6 C’est l’un des premiers commentaires que l’on peut retrouver sur les flash mob

7 mais parfois, il est vrai, réactivé de façon troublante par la présence de la voix ou d’autres avatars de la présence sonore du corps.

8 voir à nouveau Muso (2003), chapitre 1 et troisième partie chapitre 2.

9 soit avant la « rupture épistémologique » qui se produit entre 1750 et 1850. Muso, ibid. p. 15.

10 voir par exemple SPERBER, D., WILSON, D., 1989, La pertinence, communication et cognition, Editions de minuit.

11 VARELA, Francisco, 1989, Autonomie et connaissance, Essai sur le vivant, Seuil, p. 45.

12 Cependant, l’étude des réseaux vivants et des réseaux techniques engage pour les spécialistes concernés une différence fondamentale qui est une question de point de vue. Cette question du point de vue va contre un amalgame trop rapide entre réseaux artificiels et système vivants. « [Dans un système naturel,] seuls apparaissent clairement les effets du réseau de communication - arrivées de signaux à l’entrée et émission de signaux à la sortie - sans que l’on ait la moindre idée a priori sur l’organisation du réseau. Telle est la différence fondamentale qui existe entre la position d’un neurophysiologiste qui essaie de déchiffrer le mode de fonctionnement d’un système naturel placé devant lui, et celle d’un ingénieur qui fabrique un système artificiel et essaie d’en accroître les performances » ATLAN, Henri, 1992, L’organisation biologique et la théorie de l’information, Hermann, cité par Muso, op. cit., p. 287. Cette distinction clairement posée, il n’empêche néanmoins que deux éléments viennent brouiller quelque peu les frontières. Le premier est qu’on peut raisonnablement constater que les systèmes techniques, à un certain niveau de complexité s’auto-organisent (et ont pu servir de modèles expérimentaux à l’auto-organisation du vivant à travers la modélisation d’automates : ATLAN, Henri, 1986, « Créativité biologique et auto-création du sens » in Création et créativité, Edition Castella). Le deuxième élément est qu’il s’agit à travers le rassemblement d’une foule éclair d’un système vivant d’une complexité remarquable : un groupe social. Or ce qui fait la particularité d’une foule éclair c’est qu’elle est précisément à l’intersection du réseau technique informationnel et d’un réseau social vivant.

13 et participe en ce sens d’une utopie.

14 CHARLES, Daniel, 2000, « Performance (art et esthétique) », E. U. version 6.

15 GUELTON, Bernard, http://www.univ-paris1.fr/p1perso/bguelton2003.pdf

16 AUBER, Olivier, 2003, « "Du générateur poïétique" à la perspective numérique », archée, cybermensuel.

17 D’où l’apparition de débats plus ou moins éphémères pour exclure ou accepter les photographies des participants, celles des observateurs extérieurs, des journalistes sur les sites, blogs ou wikis concernés.

18 Il semblerait que la première foule éclair soit désormais revendiquée ou reconnue. Ainsi, l’artiste new-yorkais, Bill aurait-il reconnu être « l’auteur » de la première foule éclair new-yorkaise (...)

19 http://www.egs.edu/faculty/baudrillard/baudrillard-de-la-singularite.html

20 ROUSSEAUX, Francis, 2003, « Singularité et connaissances : pour une cartographie épique des savoirs ». Symposium Diderot, cartographier la connaissance, 14-17 avril, Langres, France.

21 Big bang, trous noirs.

22 L’exemple de la jeune fille qui se regarde dans la glace et qui a un rapport de singularité contingente à son visage, à son corps et qui embauchée dans un ministère peut devenir singularité machinique, interagissant dans toutes sortes de fonctionnements hétérogènes, onirique, bureaucratique, économique, en termes de sex-appeal est simplificateur mais fort éclairant de cette distinction entre ces deux types de singularités.

GUATTARI, Félix, (1981), « L’acte et la singularité », http://www.revue-chimeres.org/pdf/810428.pdf

23 GUATTARI, Félix, ( 1985), « Complexité et singularité », http://1libertaire.free.fr/Guattari12.html

24 et participe en ce sens d’une utopie.

25 l’exemple de la jeune fille qui contemple sa propre singularité dans le miroir illustrant la singularité contingente chez Guattari me semble tout à fait approprié ici. GUATTARI, Félix, (1981), op. cit.

 

SITE(S) CONNEXE(S)

Description et origine des flash mobs : 

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=81

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=126

Questions liées à l’anonymat ou l’identité des organisateurs et des participants : 

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=81

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=87

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=131

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=141

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=150

Rituel : 

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=89

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=118

Festif : 

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=122

Objectivation-représentations des corps et du réseau, actualisation- territorialisation des liens virtuels : 

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=81

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=141

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=134

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=140

Points de vue extérieurs/intérieurs, identité catégorielle/singularité, caméra/pas caméra : 

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=81

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=87

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=90

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=114

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=134

Manipulation, art et illusion : 

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=81

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=108

Pointage sur Netlex : 

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=114

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=150

Vitesse, fugacité : 

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=89

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=114

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=141

http://www.transactiv-exe.org/article.php3?id_article=21

Architecture du réseau et hiérarchie centralisée (Structure réticulaire et structure centralisée) : 

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=90

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=87

Rencontre physique, présence absence des corps : 

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=81

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=141

Utopie (envisagée autrement, en termes d’aspirations, plutôt que de non lieu) : 

http://www.transactiv-exe.org/archiveforum.php3?id_forum=150

“ Pratiques artistiques contemporaines à l’intérieur et à l’extérieur du web : postures transversales et hybridations ” : 

¨    http://www.univ-paris1.fr/p1perso/bguelton2003.pdf

¨    http://www.agglo.info

¨    http://archifiction.org

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).