Le voyage académique comme un dispositif théorique:
les expériences de déplacements intellectuelles de
Sandra Jatahy Pesavento

Les discussions sur la relation entre science et genre ont débuté dans les années 1970, en commençant par le mouvement féministe et par les études sociales et culturelles de la science, selon Ilana Löwy[1]. La structure de la production scientifique était étroitement liée aux constructions sociales du genre. Pendant longtemps, la justification biologique de la masculinité ou de la féminité de savoir-faire scientifique, des corps sexuels et de l’infériorité innée des femmes a prévalu. La critique féministe de la science se positionne de plus en plus par rapport à ses pratiques de et à sa conception classique et positiviste, en s’appuyant sur le genre « en tant qu’instrument d’analyse de l’impact des idéologies sur la structuration du monde social et intellectuel, qui s’étend bien au-delà des événements et des corps des hommes et des femmes », comme l’a souligné Cecília Sardenberg[2]. La connaissance scientifique des femmes est structurée à partir des constructions sociales liées à plusieurs manières de résistance. Lourdes Bandeira[3] (2008), dans l’article intitulé La contribution de la critique féministe à la science reflète que les femmes « en tant que sujets de connaissance partagent les exclusions et incertitudes par rapport à d’autres groupes sociaux, dans les voies de la construction scientifique, telles que certains groupes ethniques et raciaux ». En considérant les conséquences de la colonialité du pouvoir et savoir, la critique féministe essaie d’éliminer la condition de subordination des femmes en ce qui concerne l’appartenance au domaine des pratiques scientifiques, dans les diverses formes d’oppression, pas toujours explicites, liés à leur capacité intellectuelle, à leurs réflexions et points de vue. Nous croyons que l’une des possibilités de légitimer et de reconnaître le savoir scientifique des femmes consiste à construire leur historicité, en proposant des débats relationnels sur le genre, en investissant dans la visibilité institutionnelle et en luttant contre le risque d’isolement intellectuel. Nous privilégions, dans cet article, une partie de la trajectoire intellectuelle de l’historienne brésilienne Sandra Jatahy Pesavento, à partir de plusieurs voyages, qu’elle a fait au cours de sa vie, qui se sont transformés en récits. Nous proposons, ici, le déplacement physique et académique comme lieu de production de savoir, d’apprentissage et d’émancipation des femmes.

La voyage comme dispositif théorique[4]

Les voyages académiques sont des déplacements institutionnels, puisqu’ils partent d’une négociation et d’un accord avec les milieux académiques, mais ils sont aussi des déplacements corporels et affectifs, de sorte qu’ils traversent les frontières géographiques et symboliques de l’étranger. C’est pertinent de considérer, dans cette notion, les relations et liens établis avec « l’autre » et entre « le sujet » et » l’objet », influencées par les dispositifs interactifs de la technologie. Le ‘corps’ qui traverse des territoires étrangers, est également soumis aux influences de la dérive dans l’espace, permettant ainsi un processus cognitif où un corps mobile écoute, ressent, marche, observe, perçoit et utilise ainsi par la suite, ses capacités critique d’écrire d’une façon scientifique. Cette mobilité intellectuelle s’agit comme un exercice contribuant aux déplacements épistémologiques. À ce regard, nous nous sommes intéressées à réfléchir à propos du voyage comme lien académique et de recherche, en particulier pour sa possibilité d’exercer ce que nous comprenons comme le « nomadisme intellectuel ».

Dans ce sens, nous renvoyons à l’idée des ‘sujets nomades’, selon Rosi Braidotti[5], en pensant aux subjectivités mobiles, non fixées, en déconstruisant l’ancien ordre normatif des connaissances hégémoniques y compris les sujets de différents endroits, « des axes de différenciation telles que classe, race, ethnie, genre, âge » qui « interagissent les unes avec les autres dans la constitution de la subjectivité ». En ce sens, « la subjectivité nomade est liée à la simultanéité des identités complexes et multidimensionnelles »[6]. La notion de voyage évoquée, également liée au déplacement physique vers l’étranger, propose que le corps reste en état de mobilité constante. D’autres trajectoires sont possibles dans le voyage lui-même, parce que le nomade, « se tient par la renonciation et la déconstruction de quelque sens d’identité fixe »[7]. Nous prenons l’expérience d’internationalisation académique comme un dispositif théorique que permet de mobiliser la trajectoire épistémologique des femmes intellectuelles.

L’historienne, intellectuelle et voyageuse brésilienne Sandra Jatahy Pesavento

Sandra Jatahy Pesavento, Collection personnelle (Institut d’Histoire et de Géographie du Rio Grande do Sul)

Sandra Jatahy Pesavento (1946-2009) était enseignante et chercheuse. Diplômée en Historie dans les années soixante, elle a obtenu une maîtrise et un doctorat au Brésil, entre les années soixante-dix et quatre-vingts, travaillant sur les questions d’histoire économique, de production industrielle et de formation de classes au Rio Grande do Sul, au Sud du Brésil. Elle a appliqué une théorie marxiste et a travaillé sur les enjeux de subordination des esclaves pendant la période de l’esclavage. Sa trajectoire est assez importante au Brésil dans le domaine de l’Histoire Culturelle et dans le champ de l’Histoire des Sensibilités. Au cours des vingt dernières années de sa vie elle démarrait un processus académique intense d’internationalisation à travers des voyages de mobilité scientifique.

Sandra Jatahy Pesavento, album famille

Au début des années quatre-vingt-dix, elle entreprend trois périodes de recherche (congés sabbatiques) à Paris : à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, à l’Université Paris-Sorbonne et à l’Université Paris Diderot. Il faut souligner ici le fait que ça n’était pas la réalité de la plupart des intellectuelles académiques des années quatre-vingt-dix au Brésil. Les voyages, en tant que possibilité d’accès au domaine scientifique, ont été marqués par la forte culture sexiste existant à l’intérieur et à l’extérieur des établissements d’enseignement. Selon Thais França[8], « le sujet de la mobilité scientifique « est le résultat de l’interaction d’une multiplicité d’identités et d’expériences. Et dans le cas spécifique des femmes académiques et scientifiques, il y a clairement l’action d’un marqueur de différence fondamentale pour la structuration des relations sociales : le genre ». Donc, la trajectoire de Pesavento, à travers le processus d’internationalisation, est une référence importante pour réfléchir la contribution de la mobilité académique à l’émancipation des femmes, notamment parce qu’elle a encouragé ses étudiantes et collègues à voyager comme un moyen d’échanger des connaissances et aussi comme un moyen de reconnaissance académique, d’autant que, au Brésil, dans des universités européennes et, particulièrement, françaises, est très bien vu.

La virtualisation du ‘corps’ de la recherche

 La décennie des années quatre-vingt-dix est la période de profusion technologique et médiatique au Brésil, quand la réalité virtuelle a provoqué l’ouverture de différents espaces de diffusion des connaissances et créé des défis, ainsi comme des avantages pour les intellectuelles, notamment en ce qui concerne les pratiques de recherche. Les systèmes de communication ont changé les méthodes d’exploration, en extrapolant les espaces traditionnels de débat et de discussion. Comme a proposé Piérre Lévy[9], la multiplication contemporaine des espaces virtuels [divers systèmes d’enregistrement et de transmission] fait de nous nomades d’un nouveau style : au lieu de suivre des lignes d’erre et de migration au sein d’une étendue donnée, nous sautons d’un réseau à l’autre, d’un système de proximité au suivant. Les espaces se métamorphosent et bifurquent sous nos pieds, nous forçant à l’hétérogénèse ».  Le langage et les manières de s’exprimer sont transformés, mis à jour. En ce sens, Mike Featherstone[10] dit que « La technologie n’a pas seulement transformé le corps ou la physis des êtres humains et de la nature, elle a également changé nos bases de perception et d’expérimentation ». Par conséquent, l’organisation technologique « est de plus en plus assimilée par nos regards et intégrée dans nos habitudes » et, ainsi, « lorsque nous commençons à habiter la culture technologique (…) notre capacité à comprendre et à expérimenter cette culture est médiatisée et structurée par des outils de perception » et cette expérimentation peut être « transitive, distraite, fragmentée et mobile ».

En accédant aux travaux scientifiques de Pesavento, à travers les informations de son CV en ligne[11], c’est à partir des années quatre-vingt-dix que nous reconnaissons des transitions significatives dans ses investigations. Une de ces transitions est la diffusion de ses recherches, de l’appui imprimé à l’appui électronique, marqué par une production scientifique intense, avec la publication d’une centaine d’articles. Le ‘corps’ de la recherche passe également d’un espace à l’autre, puisqu’il s’agit d’un corps en cours, en activité. Dans ce moment-là, les thèmes de sa recherche sont mobilisés autour de la fiction, de l’imaginaire, des représentations sociales, des frontières culturelles, de l’espace-temps et de la sensibilité. Ce chemin des déplacements passe pour un « tournant théorique » de sa pensée. Ses recherches ont été élargies, par des perspectives interdisciplinaires et aussi par d’autres espaces et temporalités, construisant des récits où des sujets de différents contextes ont été inclus et rendus visibles.

Ce nouveau positionnement s’articule avec le tournant même de l’Histoire qui, selon Pesavento[12] a provoqué, entre les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, « des ruptures de paradigmes rationnels expliquant la réalité, rompant avec les certitudes qui ont défait les questions…». Dans ce sens, elle indique que « d’autres aspects, d’autres sources, d’autres problèmes ont commencé à peupler le domaine de recherche des historiens. La ville, les espaces publics et le secteur privé, l’élite et le peuple, l’histoire du subalterne (…) avec leurs pratiques et leur culture, l’ordre et le désordre. Les femmes, les noirs, les criminels et les bohèmes sont apparus comme des personnages dans l’histoire, aux côtés de l’élite bourgeoise et aristocratique, à imposer ses valeurs »[13].

Pesavento a réfléchi sur la relation entre l’histoire et la littérature, entre l’histoire et l’image. Elle est devenue une historienne de la culture, toujours liée, en quelque sorte, au thème des villes. Selon Nádia Maria Weber Santos[14], elle tourne sa pensée et sa production dans le domaine des Sensibilités où « la connaissance sensible fonctionne comme une façon de reconnaissance et de traduction du monde qui ne naît pas de constructions rationnelles ou mentales plus élaboré, mais des sens, qui proviennent de l’intime de chaque individu ». Les sensibilités se réfèrent au monde cognitif, « parce qu’elles traitent des sensations de l’émotionnel, de la subjectivité, des valeurs, des sentiments »[15]. Ces sensibilités étaient présentes dans le domaine théorique pensé par Pesavento, mais ont également imprégné la notion de sa propre trajectoire de vie en tant qu’intellectuelle. Cela est évident quand elle prend la parole lors d’une conférence à Londres (2001), en considérant le voyage comme un récit : « (…) Il est possible de voyager sans se déplacer, à travers du pouvoir de l’imagination, le champ de l’inconnu et de l’expérience, pour s’aventurer dans un univers mental qui explore, combine et découvre de nouvelles réalités, en recueillant des fragments de l’expérience que nous avons vécue et d’autres, que ce soit quelque chose que nous lisons ou entendons »[16].

Le processus de création et de réflexion de Pesavento passe par un répertoire de voyages qui croisent des pensées, de transits et de rencontres avec différentes cultures. Certains pays qu’elle a passé : Pays-Bas, États-Unis, Mexique, France, Espagne, Argentine, Pologne, Suède, Grande-Bretagne, Angleterre, Portugal, Allemagne, Russie, Chili, Italie, Roumanie, Slovaquie, Uruguay et Équateur. Dans cette entreprise intellectuelle, en période de mobilité et de transitivité, elle a créé un vaste réseau de chercheurs et des chercheuses, en établissant des dialogues intenses et en créant des liens affectifs avec les personnes, les lieux et les histoires. Le passage de l’analogique au numérique, à partir de l’utilisation d’outils numériques, notamment le courrier électronique, a contribué de manière significative à ce moment-là. Dans la collection personnelle de Pesavento, située à l’Institut Historique et Géographique du Rio Grande do Sul, sont conservés des copies des e-mails professionnel envoyés et reçus. Ce matériel nous permet d’en savoir un peu plus sur les rapports établis par elle, ainsi que sur la façon dont ils ouvraient la voie à la formalisation des accords académiques, des négociations institutionnelles et des échanges de messages entre plusieurs chercheurs et chercheuses. Nous pouvons dire que l’apparition de l’ordinateur, en tant qu’outil technologique, permet également de créer des affinités affectives. Pour Levy[17], cet outil est « un opérateur de potentialisation » mais « considérer l’ordinateur seulement comme un instrument de plus pour produire des textes, des sons ou des images sur support fixe (papier, pellicule, bande magnétique) revient à nier sa fécondité proprement culturelle, c’est-à-dire l’apparition de nouveaux genres liés à l’interactivité ».

La réalité virtuelle a augmenté les possibilités d’interaction et donc le processus de construction théorique et épistémologique est également stimulé pour accélérer, déplacer ou déconstruire certaines positions, ouvrant de nouveaux fronts de pensée. L’une d’interactions intellectuelles importantes, retrouvés dans sa collection personnelle, sont les matériaux et les échanges de courriels entre elle et ceux du groupe Clíope. Selon Nádia Santos[18] le Clíope était « un groupe interdisciplinaire internationale autonome dont Sandra Pesavento a fait partie, formé par des chercheurs et des chercheuses des domaines de l’histoire et des lettres de différents pays (…) ». Les dialogues entre les collègues étrangers, au début du 21ème siècle concilié « rencontres intellectuelles fécondes, où la pensée et discuté de travaux, les auteurs et les sujets, y compris, par exemple, fiction, paysage, images, Erico Verissimo, Gilberto Freyre, Sérgio Buarque de Holanda, Jean-Baptiste Debret (…) »[19].

En 2004, pendant l’hiver européen, Pesavento était à Paris quelques mois. Elle a ensuite écrit une série des lettres personnelles qu’elle a appelé « Carnets de Voyage ». C’est un matériau peu connu, mis à disposition publique par la famille en 2017. Il y a onze lettres virtuelles, écrites et envoyées par elle, par courrier électronique, à la famille et aux amis (es) et collègues. Ces récits, comme une écriture de soi, indiquent les appréhensions et les appropriations affectives des lieux, contribuant au processus de construction de sa pensée. Les perceptions à propos de la ville contemporaine, comme locus porteur de différents discours, marques et vestiges du passé, est aussi un espace qui permet de marquer son regard étranger, chargé d’éléments de réflexivité et de mémoire. Dans ce contexte, cette perception peut être perçue au moment où l’historienne écrit sur l’imaginaire de Paris et de ses passages couverts, construits à partir de 1822, « (…) Il y a dans ce coin de la ville, certains passages, ou galeries couvertes, différents de ceux que parlait Walter Benjamin. Le passage de Brady, par exemple, donne l’impression que nous sommes à Calcutta, le Prado, au Caire ! Nous avons franchi des portes ou des arches de triomphe, construites par Louis XIV, comme Saint Martin et Saint Denis »[20].

Les Carnets de Voyage peuvent être explorés à la fois dans les relations qu’ils établissent avec la famille, les amis et collègues de Sandra Pesavento, comme dans la dimension du capital symbolique qu’ils ont représenté au Brésil dans les années 2000, car ils ont fait connaître cette expérience de vie à l’étranger et tout le prestige que cela impliquait. Ils peuvent également nous faire part des impressions d’une femme issue du sud du Brésil sur l’Europe, dans une relation inverse avec des voyageurs européens qui, au cours des siècles précédents, ont parcouru le Brésil et publié leurs reportages en Europe, des merveilles du nouveau monde. Si, d’un côté, ces impressions font partie des sensibilités impliquées dans les expériences de voyage de Pesavento au cours de sa vie, de l’autre côté, elles aident l’historienne à faire connaitre l’histoire des sensibilités d’un autre temps et d’autres personnages. Cette perception sensible a fait récupérer des éléments importants inscrits dans les peintures de Jean-Baptiste Debret, quand il était au Brésil (dans la ville de Rio de Janeiro), de 1816 à 1831. À travers son carnet de voyage, il désignait et écrivait à propos de la vie quotidienne, la culture, les normes sociales, la nature et les gens du XIXe siècle. Il en publiait un livre à Paris, après son retour du Brésil. Dans l’article « Une ville sensible sous le regard de l’autre : Jean-Baptiste Debret et Rio de Janeiro, 1816-1831 »[21] Pesavento interprète les images et le discours que Debret produisait à propos des personnages féminins noires perçues à travers un regard étranger, un regard de l’autre porté sur la différence.[22] À partir d’une conférence donnée à Paris par Pesavento[23], en 2007, à propos de cette œuvre de Debret, nous pouvons constater que le voyage peut porter deux regards sur un certain endroit: un regard scientifique et un regard chargé de sensibilité et de sentiment. « La matérialité de l’urbain et de la nature sont des éléments, porteurs d’émotions et de significations, donnant à voir l’immatériel: ce que nous appelons l’âme de cette ville et qui peut se traduire par un ethos particulier, une manière d’être, correspondant à des valeurs et à une certaine procédure sociale ». Ainsi les expériences de déplacement provoqueraient, une appréhension individuelle du monde.

Une ville sensible sous le regard de l’autre : Jean Baptiste Debret et Rio de Janeiro,  1816-1831 – Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales – conférence de Sandra Jatahy Pesavento, 2007 – Tous les droits sur cette vidéo sont au Canal-U

Conclusion

La mobilité scientifique internationale, à partir des années 1990, a accordé aux femmes brésiliennes une plus grande autonomie et permis de contribuer à leur émancipation académique, et ainsi à transformer leur façon de faire l’histoire et aussi la manière d’être une historienne. Dans ce contexte, l’espace virtuel devient un espace de visibilité des trajectoires des intellectuelles, compte tenu que l’accès numérique nous rapproche d’autres sources, d’autres récits et d’autres documents produit par eux, nous permettant de reconnaître leurs idées, réflexions et arguments théoriques et empiriques. En croisant les relations établies par l’historienne Sandra Jatahy Pesavento, avec chercheuses et travaux académiques, à travers la recherche en ligne dans les différentes plateformes, nous trouvons une grande diversité d’efforts intellectuels, tels que la participation collaborative à des articles, des œuvres, des documentaires, des rapports et des événements. Cette exploration virtuelle contribue à préserver la mémoire de ses recherches scientifiques et par la redéfinition de leur travail. Dans ce sens, la base numérique est aussi un espace symbolique, avec la possibilité de réfléchir sur des sensibilités matérialisées, c’est-à-dire de reconnaître des éléments de études que les chercheuses ont privilégiés et investis tout au long de leur vie intellectuelle.

Nous pouvons dire qu’aujourd’hui, la construction du ‘corps savoir’ se produit sous l’influence du cyberespace, articulée aux expériences des autres dimensions spatiales. Selon Pesavento[24], « une ressource méthodologique qui fait parler la source est précisément la possibilité de traiter de l’intertextualité, d’un texte à un autre, du texte à l’extrait, d’une source à une autre, dans une sorte de palimpseste d’écrits, où l’un se réfère à l’autre ».  Les récits de l’historienne, en tant qu’écrit d’eux-mêmes, indiquent les appréhensions et les appropriations affectives avec les lieux, contribuant au processus de construction de leur pensée, qui opère, entre autres formes, à partir de ses expériences de voyage, comme un exercice herméneutique.

 

Notes

[1] Illana Lowy. « Ciências e gênero ». In: Helena Hirata et al. Dicionário crítico do feminismo. São Paulo: Editora UNESP, 2009. p. 40-44.

[2] Ana Alice Costa et Cecília Sardenberg. « Feminismo, Ciência e Tecnologia ». Salvador: REDOR/NEIM/UFBA, 1a ed, v. 1000, 380p, p.15, 2002.

[3] Lourdes Bandeira. « A contribuição da crítica feminista à ciência ». Revista Estudos Feministas. v.16, p. 207-228, p. 11, 2008.

[4] La rédaction de cet article a été stimulée par la participation au « Colloque Cybercorporéités: subjectivités nomades en contexte numérique » dans lequel nous présentons la communication intitulée « Voyages de femmes intellectuelles du 21e siècle. Formes de subjectivités dans l’imprimé et les publications numériques » à partir de l’axe thématique corps savoir. Pour accéder à l’audio de la communication : <http://oic.uqam.ca/fr/communications/voyages-de-femmes-intellectuelles-du-21e-siecle-formes-de-subjectivites-dans-limprime>.

[5] Rosi Braidotti, « Diferença, diversidade e subjetividade nômade », Revista Estudos Feministas, no 1-2, p. 1-16, p.1, 2002.

[6] Idem, p. 10.

[7] Ibidem.

[8] Thais França. Mulher, imigrantes e acadêmicas: teorias da interseccionalidade para pensar a mobilidade científica. Tomo (UFS), v. 28, p. 203-240, p. 211, 2016.

[9] Pierre Lévy. Qu’est-ce que ce le virtuel? Université Paris 8, p. 4, 2007.

[10] Mike Featherstone. « A Globalização da Mobilidade: experiências, sociabilidade e velocidade nas culturas tecnológicas ». In: Lazer numa sociedade globalizada. São Paulo: SESC / WRLA, p. 47-112, p. 55-65, 2000.

 [11] http://lattes.cnpq.br/1760145213009265

[12] Sandra Jatahy Pesavento. « Um roteiro para Clio ». In: Tânia Fonseca et Patrícia Kirst. Cartografias e devires: a construção do presente. 1ed. Porto Alegra: Editora da Universidade – UFRGS, v. 1, p. 102-111, p. 105, 2003.

[13] Ibd., p. 105.

[14] Nádia Maria Weber Santos. A sensibilidade na vida e obra da historiadora Sandra Pesavento – a questão da interdisciplinaridade, postura crítica e a História Cultural. Fênix – Revista de História e Estudos Culturais (UFU Online), v. 6, p. 1-21, p. 7, 2009.

[15] Ibd., p. 7.

[16] Sandra Jatahy Pesavento. (Conference). « Images and words: how to be modern and exotic (Brazil universal exhibitions in the 19th century) ». Institute of Roman Studies of the University of London. Collection personnelle Sandra Jatahy Pesavento. Instituto Histórico e Geográfico do Rio Grande do Sul. Porto Alegre, 2001

[17] Pierre Levy. Qu’est-ce que ce le virtuel? Université Paris 8, p. 8, 2007.

[18] Nádia Maria Weber Santos. Quando as sensibilidades tomam posição… a obra de Sandra Jatahy Pesavento e sua importância para a historiografia brasileira. In: Jacques Leenhardt; Daniela Marzola Fialho; Nádia Maria Weber Santos; Charles Monteiro; Antonio Dimas. (Org.). História cultural da cidade: homenagem à Sandra Jatahy Pesavento. 1ed.Porto Alegre: MarcaVisual/Propur, v. 1, p. 271-296, p. 289, 2015.

[19] Ibid, p. 290.

[20] Il est possible d’accéder à cela et à tous les autres Carnets de Voyage à travers le lien : http://sandrapesavento.org/index.php

[21] Sandra Jatahy Pesavento. « Uma cidade sensível sob o olhar do “outro”: Jean-Baptiste Debret e o Rio de Janeiro (1816-1831) ». Revista Fênix – Revista de História e Estudos Culturais, v. 4, n. 4, p. 1-18.

[22]]En considérant que le regard du voyageur du XIXe siècle, selon Pesavento, n’était pas neutre, au contraire, possède des connaissances scientifiques qui se traduisent souvent par des préjugés.

[23] Sandra Jatahy Pesavento. IV Journnée d’Histoire des Sensibilités. Uma cidade sensível sob o olhar do outro: Jean-Baptiste Debret e o Rio de Janeiro. Paris: École des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 2007. Disponible : https://www.canal-u.tv/video/fmsh/une_ville_sensible_sous_le_regard_de_l_autre_jean_baptiste_debret_et_rio_de_janeiro_1816_1831.29427

[24] Sandra Jatahy Pesavento. « Um roteiro para Clio ». In: Tânia Fonseca et Patrícia Kirst. Cartografias e devires: a construção do presente. 1ed. Porto Alegra: Editora da Universidade – UFRGS, v. 1, p. 102-111, p. 108, 2003.

Biographie

Luciana Rodrigues Gransotto est doctorante au Programme Interdisciplinaire en Sciences Humaines à l’Université Fédéral de Santa Catarina, Brésil, dans le domaine des études de genre et féminismes, envisagé par la bourse CAPES (Coordination de l’amélioration du personnel de niveau supérieur).  Elle est intégrante à l’équipe de conservation de la collection personnelle de l’historienne brésilienne Sandra Jatahy Pesavento. Ses recherches actuelles analysent la production des récits scientifiques des femmes intellectuelles contemporaines, à partir d’expériences de voyage de mobilité scientifique.

Cristina Scheibe Wolff est professeure titulaire du Département d’Histoire à l’Université Fédéral de Santa Catarina, Brésil, et était chercheuse invitée au Laboratoire Arènes et à l’Université de Rennes 2 (janvier-juillet 2018). Elle est une des éditrices de la Revista Estudos Feministas, la principale revue académique féministe du Brésil. Elle a été la coordinatrice du 13ème Congrès Mondes des Femmes / Fazendo Genero 11, une conférence qui a rassemblé plus de 9 000 participants autour du monde à l’UFSC (2017). Ses recherches actuelles analysent le genre et l’émotion comme composantes des discours de résistance aux dictatures du Cône Sud, qui cherche à comprendre comment les sujets de la résistance ont mobilisé les sentiments, les liens familiaux, les amitiés et surtout les discours sur le genre pour s’opposer aux dictatures et construire des nouvelles configurations politiques. Ces projets sont réalisés au Laboratoire d’Études de Genre et Histoire de UFSC, qu’elle a coordonnée pendant plusieurs années.