archée
                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


accueil
à propos
auteurs
abonnements
appels
partenaires
liens
contact & dons

 

Mot de

Louise Poissant

Archée a 20 ans. Quand on pense à tout ce qu’elle a vu passer et à ses multiples étapes de croissance, il faut souligner cet exploit et célébrer cette exceptionnelle réussite.

On craint parfois que le numérique et l’intelligence artificielle avec l’apprentissage profond (deep learning, machine learning) et l’Internet des objets (Internet of Things) envahissent le monde du travail et laissent les humains désoeuvrés voire grabataires. L’apparition de centaines de nouvelles formes d’art reposant sur le numérique nous permet d’entrevoir et d’espérer le contraire. Allant du bioart à la robosculpture, de l’imagerie 3D à l’art web, de la vidéo aux medias façades, de l’électrofacture (notamment Deepdream) à l’art télématique, des installations interactives aux vêtements communiquants, des jeux vidéo aux applications ludiques, de l’infochorégraphie aux personnages virtuels, des prothèses à la réalité augmentée, de la musique électronique à la musique Djay, c’est toute une gamme de nouvelles formes d’art qui est apparue. Une prolifération pour ne pas dire une explosion de dispositifs et de façons de faire différentes qui s’accompagne d’une expansion de notre sensibilité et de notre vision du monde. L’art numérique nous transporte de l’infiniment petit à l’infiniment grand en passant par l’infiniment moyen comme le disait Godard du cinéma.

Et c’est de tout cela dont témoigne Archée depuis maintenant 20 ans. Relevant les innombrables défis et s’adaptant aux transformations technologiques qui ont marqué les 20 dernières années, la revue s’est elle-même métamorphosée au rythme des possibilités qui lui étaient offertes et des contenus dont elle traitait.

Ce qui est le plus singulier d’Archée, c’est sa durée. Dans le monde de l’instantanéité où tout change si vite, les technologies comme les formes d’art, il est étonnant qu’Archée ait survécu. D’autant qu’il y a 20 ans, son format numérique et son évanescence la rendaient atypique et soulevaient plusieurs problèmes : il a fallu régulièrement réinventer ses modes de production et de diffusion, faire appel à des compétences variées en informatique et en conception web, trouver un hébergement constant, inventer un plan d’affaire pouvant assurer sa survie toujours fragile comme c’est le cas de toutes les revues numériques, et gagner un public amoureux des livres d’art, devant se convertir peu à peu à la consultation passant par un outil de travail.

Et il est vrai que ses diverses métamorphoses l’ont rendue toujours mieux adaptée aux contenus qu’elle présentait. En adoptant un format numérique, Archée a bénéficié de la qualité luminescente des écrans qu’aucun imprimé ne peut restituer lorsqu’il s’agit de reproduire des images elles-mêmes réalisées sur un écran. En introduisant de la vidéo, c’est tout l’univers du cinétisme et des œuvres qui se déploient dans le temps qu’Archée pouvait présenter en respectant leur caractère mouvant et leur durée. Sans parler que son appartenance au Web a permis à Archée de créer des liens directs avec des œuvres conçues pour le Web ou avec des références aux galeries et archives numériques des artistes qu’elle documente. En ce sens, Archée a créé une communauté d’artistes, d’esthéticiens et d’amateurs d’art ouverte sur un monde littéralement illimité et en continuelle transformation, celui des arts médiatiques.

Mais cette magnifique aventure qui a maintenant 20 ans ne s’est pas déployée toute seule. La technologie ne le permet pas encore. Derrière cette improbable réalisation, il y a beaucoup d’imagination, de détermination et de persévérance. Une vision d’abord, celle de Pierre Robert qui a créé la revue et l’a tenue à bout de bras pendant plus d’une décennie. Puis le relais inventif et courageux de Christine Palmiéri qui arrive à tenir la cadence, à élargir les collaborations tant des artistes que des auteurs et à maintenir la grande qualité de la revue appelée sans cesse à se renouveler. Si Archée célèbre ses 20 ans, c’est d’abord grâce à eux et je les salue ici de même que toutes celles et ceux qui ont apporté leur contribution à la revue et qui en ont fait ce qu’elle est : la plus ancienne et la plus grande revue d’art numérique encore active en français sur le web.


Cette publication a été rendu possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).