archée
revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture   


 

Décembre 2012

 

Dans ce numéro, et dans le prochain, Analays  Alvarez Hernandez et Mariza Rosales Argonza présentent un dossier sur l’art latino-américain en deux tomes. Dans le premier  tome Veronica Sedano Alvarez, Nuria Carton de Grammont, Analays Alvarez Hernandez et Anelys Alvarez Muñoz portent une réflexion sur les fondements historiques de l’art contemporain de l’Amérique Latine pour circonscrire les enjeux des arts médiatiques, qui seront discutés de façon plus approfondies dans la deuxième partie du dossier, à paraître dans le prochain numéro. Un portfolio de l’artiste vidéaste et performeuse Claudia Bernal accompagne cette première partie.
Hors-dossier, Tatiana Burtin propose un compte rendu du collectif Transmédiations. Traversées culturelles de la modernité tardive, dirigé par Jean-François Vallée, Jean Klucinskas et Gilles Dupuis en hommage à Walter Moser où, entres autres, le texte de Gastón Lillo portant sur le film Teta Asustada, le texte Voyages transculturel de Zilá Bernd sur la notion « d’anthropophagie cuturelle » et celui de Timothy Reiss sur  « les histoires et géographies du baroque américain »  font chacun écho, sous un angle différent, au présent dossier.

Christine Palmiéri


 

Hétérogénéité de

l'art contemporain

latino-américain :

contextualisation

des arts médiatiques

 

La production artistique contemporaine de l’Amérique latine présente un large éventail d’avenues sémantiques et morphologiques. Ce constat enjoint de scruter les contacts, les échanges et les emprunts qui ont lieu entre un grand nombre de cultures habitant ce territoire, et entre ces cultures et le reste du monde. L’art latino-américain et son berceau postcolonial reflètent à tort l’image d’une production et d’une région que l’on présuppose « uniformes ». Dans les faits, ce portrait ne serait qu’un mirage qui efface non seulement les différences, mais aussi les contradictions et les inégalités qui jalonnent ce vaste chantier humain, culturel et artistique. La pluralité de l’univers visuel de cette région accentue, en conséquence, la complexité à définir ce que nous entendons par « art latino-américain » aujourd’hui. L’hétérogénéité de cet art, loin d’en constituer une condition à éclipser, serait son plus inestimable atout.

Ce dossier thématique, intitulé Hétérogénéité de l’art contemporain latino-américain : contextualisation des arts médiatiques1 et dont nous proposons une première partie dans ce numéro, touche à des aspects spécifiques de cet art on ne peut plus disparate. Dans ce sens, les réflexions menées ici risquent de briser l’homogénéité apparente de la notion d’art latino-américain. De plus, les textes que nous présentons se gardent de réduire l’analyse à l’illustration de récits locaux. Si une œuvre d’art réfère à un ensemble précis de problématiques, elle peut aussi se rapporter à des situations semblables dans d’autres contextes géographiques. L’art des « Latinos » ne renvoie pas, de la sorte, à une forme de représentation, mais plutôt à une façon de structurer et de fracturer les médiums, les thématiques, les techniques et les catégories artistiques. En outre, la plupart des auteures qui participent à ce dossier, bien qu’originaires du Mexique et de Cuba, demeurent en Amérique du Nord. Leur situation géographique teinte évidemment le regard qu’elles portent sur l’art du « Sud ». Cet aspect reflète une réalité spécifique à cette zone : un grand nombre de critiques d’art et d’artistes d’origine latino-américaine travaillent et vivent en Europe ou en Amérique du Nord. Par conséquent, la mondialisation ainsi que les nouvelles technologies de l’information démentent la prétendue unicité de l’Amérique latine, en outre de rendre la notion de communauté imaginée de Benedict Anderson (1983) d’une actualité renversante.

Nous avons organisé cette première partie du dossier autour de deux axes de réflexion. Le premier axe examine la place de l’art de l’Amérique centrale dans la notion d’art latino-américain. L’historienne de l’art et commissaire d’exposition Veronica Sedano Alvarez interroge la construction des frontières de l’Amérique latine en retraçant les origines et l’évolution de sa nomenclature (Indes, Indes occidentales, Amérique, Amérique latine). Elle arrive à la conclusion que ce concept est aussi ambigu que le territoire auquel il s’identifie et se réfère. À la lumière de ce constat, Sedano Alvarez s’attarde sur l’omission de la production artistique de certains pays de l’Amérique centrale (Guatemala, Honduras, El Salvador, Nicaragua, Costa Rica, Belize et Panama) dans la bibliographie traditionnelle sur l’art de l’Amérique latine.

Les contributions du deuxième axe abordent l’état de l’art contemporain et des nouvelles technologies au Mexique et à Cuba, deux pays dont les contextes se distinguent historiquement dans le panorama des arts en Amérique latine. À partir de l’analyse d’une intervention de l’artiste Francis Alÿs, l’historienne de l’art Nuria Carton de Grammont explore la présence de la violence et de la militarisation de l’espace public dans le contexte politique actuel. La performance Re-enactements (2000) canalise une critique sociale en dénonçant le système légal et les transgressions de la loi au Mexique.

Le texte d’Analays  Alvarez Hernandez et d’Anelys Alvarez Muñoz, également historiennes de l’art, clôt ce deuxième axe de réflexion. Elles se penchent sur le Salon d’art contemporain cubain qui agit à titre de témoin de l’évolution des médiums d’expression et de la consécration de l’art vidéo dans le contexte de cette île des Caraïbes. Les auteures se concentrent sur les controverses qui entourent l’orientation thématique de ce salon, quelque peu à l’image des rendez-vous planétaires du même type, ainsi que sur les œuvres qui « émigrent » entre les mains de marchands et collectionneurs étrangers, phénomène qui n’est pas d’ailleurs exclusif à Cuba.

Nous proposons à la toute fin le portfolio de Claudia Bernal, artiste d’origine colombienne résidant à Montréal depuis une vingtaine d’années. Cette présentation donnera un aperçu de sa démarche de vidéaste, avant de vous livrer, lors du deuxième volet de ce dossier, l’entretien qu’elle a accordé à l’historienne de l’art et commissaire d’exposition Mariza Rosales Argonza.

En somme, tout en ouvrant un espace de visibilité et de réflexion pour déconstruire la notion d’art latino-américain, les contributions rassemblées ici visent à mettre en relief sa complexité, en plus de questionner le mythe de son unicité et de l’immuabilité de ses frontières à l’ère de la mondialisation et des nouvelles technologies. Le critique d’art et commissaire indépendant d’origine cubaine Gerardo Mosquera (2010) considère que l’art des « Latinos » a réussi à pénétrer aujourd’hui, comme jamais auparavant, le circuit traditionnellement réservé aux pays d’Europe et d’Amérique du Nord, au point de devenir une référence incontournable dans la sphère de l’art contemporain.

Le deuxième volet de ce dossier, qui sera publié dans le prochain numéro, prolongera les réflexions sur l’hétérogénéité et les territoires de cet univers visuel en constante redéfinition.

 

Mariza Rosales Argonza et Analays Alvarez Hernandez

1 Ce dossier s’inscrit dans la continuité d’une journée d’étude éponyme, tenue en 2011 au Centre interuniversitaire de recherche sur les lettres, les arts et les traditions (CÉLAT).

 


 

Latin American Art History? Interstices, stereotypes and omissions

Verónica Sedano Alvarez

Latin America has been a historically undefined and re-invented space, with a continuous shifting that has left frequent « silence gaps ». Unfortunately, the Latin American Art History bibliography defined as « classic » has contributed to perpetuate the schematic vision of the space and in this strive eliminated certain areas that did not fix within the Latin American stereotypes. Central America is one of the examples of this sort of recurrent omissions. Only the use of more updated tools of analysis could incorporate effectively these historically omitted areas. [suite...]

 


 

Francis Alÿs et la géographie
de la violence

Nuria Carton de Grammont

Francis Alÿs porte un révolver Beretta 9 mm en main dans les rues du centre ville de la capitale mexicaine. Le but de l’artiste était de voir combien de temps il pourrait tenir avant que la police ne le neutralise dans une action politique qui confond les limites entre la réalité et de la fiction. Re-enactments est le nom de cette action, la plus risquée qu’il ait accomplie jusqu’à maintenant. Cependant, la violence générée par la délinquance et le narcotrafic en augmentation depuis le mandat présidentiel de Felipe Calderón Hinojosa (2006-2012) a changé les usages du territoire au Mexique. Dans le contexte politique actuel, l’action de Francis Alÿs ne serait plus envisageable. [suite...]

 


 

Le Salon d'Art Cubain Contemporain : vitrine d'une production artistique
en effervescence

Analays Alvarez Hernandez et Anelys Alvarez Muñoz

À l’initiative du Cercle des beaux-arts de La Havane, les premiers salons s’organisent à Cuba au début du XXe siècle. Les Salons nationaux de peinture et de sculpture en prennent la relève en 1935 et s’éteignent vers 1976. Héritier de ces expériences, le premier Salon d’art cubain contemporain (SACC) s’inaugure en 1995. En dépit du caractère rassembleur de cette exposition, sa conception, son organisation, son nom, voire son rôle, se retrouvent systématiquement éreintés. Pourtant, nous croyons fermement que le SACC constitue un véritable espace de promotion et de légitimation de l’art cubain contemporain. [suite...]

 


 

Portfolio

Claudia Bernal

« (…) mes œuvres abordent des sujets tels la violence sociale et politique ou le déplacement forcé de populations. » Extrait de l’entretien accordée à Mariza Rosalez Argonza qui sera publié dans le prochain numéro d'Archée. [suite...]

 


 

HORS-DOSSIER

Transmédiations : hommage à un penseur « aux qualités transversales »

Tatiana Burtin

Le festival annuel Sight & Sound du centre de production et de diffusion Eastern Bloc s'est joint à la première Biennale Internationale des Arts Numérique de Montréal afin de présenter les travaux de quatre artistes numériques émergents. Ces artistes questionnaient la notion de symétrie par l'emploi de stratégies allant de l'exploration formelle à la présentation d'un mode de perception visuel alternatif. [suite...]

 

 



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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram l CIAM, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une douzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).

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