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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


David Rokeby : Je suis un artiste interactif et je construis des expériences

Louise Boisclair

Long Wave, David Rokeby, LuminaTO, Toronto

Les installations interactives ne seraient pas devenues ce qu’elles sont sans des pionniers comme David Rokeby qui a consacré trois décennies à les apprivoiser, à les rendre à la fois accessibles, subtiles et fécondes de résonances complexes. Ses œuvres parlent plusieurs langages, visuel, auditif, proprioceptif, synesthésique. Leur vocabulaire prend leur source dans notre rapport avec le monde et la perception de nos moindres gestes. Couplant la programmation calculée et l’intention artistique ouverte et originale, Rokeby nous parle ici de son évolution artistique en revisitant plusieurs de ses œuvres, de sa compréhension viscérale de l’interactivité ou de l’interaction, de la sève créatrice de Very Nervous System et de la composition subtile de Taken. Comme l’allumeur de réverbères du Petit Prince, David Rokeby est un allumeur de conscience.


L’interactivité : une forme d’interaction 

Retour aux années de formation et sources d'inspiration  

La sève de l’arbre : Very Nervous System 

Taken : entre surveillance et jeu de perception et de mémoire 

Futur proche et lointain 

Cloud explained, David Rokeby

L. B. : Considérant que vous étiez déjà à la Biennale de Venise en 1986, avant beaucoup d'autres participations, et que vous avez été honoré entre autres par le Prix du Gouverneur général en arts visuels et médiatiques en 2002, peut-on déduire que le financement n'a pas été un véritable enjeu dans votre carrière artistique?

D. R. : Je souhaiterais pouvoir dire que cela est vrai. J'ai eu de nombreuses occasions de montrer mes œuvres et reçu des prix et des récompenses. Néanmoins, les moyens financiers ne sont jamais suffisants!

L. B. : Vous offrez des ateliers de programmation interactive aux artistes intéressés, l’enseignement est-il une activité importante dans votre calendrier?

D. R. : Cela n'a pas été une activité majeure jusqu’à présent. Cela arrive vient par moment. Je pourrais en offrir davantage dans le futur.

L. B. : Comment voyez-vous l’avenir de vos installations interactives? Le développement des interfaces, leur évolution à court et à moyen terme? Sont-elles appelées à se fusionner de plus en plus à notre quotidien comme aux vêtements, ou à se miniaturiser dans nos lunettes et dans nos appareils intelligents, à s'implanter dans notre corps de façon permanente, à se loger dans des interfaces de plus en plus voilées, dans les systèmes de captation, dans le repérage par détection des zones de l'espace, etc?

D. R. : Je ne pense pas beaucoup à cela. J'ai beaucoup réfléchi à ces interfaces quand il y en avait encore très peu parce que je trouvais que cela me permettait de poser des questions d'une manière nouvelle. Ce n'est pas que je pense que de véritables grandes choses ne peuvent surgir de tous ces nouveaux développements dans la technologie, mais mes intérêts ont tout simplement changé.

L. B. : À quel projet travaillez-vous ces temps-ci?

Surface_Tension, Eve Egoyan et David Rokeby, 2009

D. R. : Mon grand projet pour la prochaine année est une œuvre qui explore la façon dont nous consommons les images. Il s'agit d'une commission pour une nouvelle galerie à l'Université Ryerson de Toronto. Tout le projet est relié à un grand archivage d’images de photojournalisme. Chaque artiste approche cette archive à sa guise. Je suis à regarder la façon dont nous assimilons une image historique afin de nous situer dans le temps, dans l'espace et dans l'histoire, pour ainsi dire dans la position et l'espace-temps de la lentille de la caméra qui a pris la photo. Ceci est en partie lié à des explorations qui faisaient partie de The Giver of Names. En particulier, le rôle du détail dans la perception par opposition aux caractéristiques d'une image de grande échelle. J’imagine que cela paraît quelque peu abstrait en ce moment, mais je suis très excité par ce projet... Je suis à d'autres choses aussi, quelques grandes œuvres d'art public, la poursuite d'une exploration à long terme de la voix comme lieu de rencontre entre le langage et le corps, des explorations continues du temps…

L. B. : Quel héritage aimeriez-vous transmettre à tous les étudiants, chercheurs, créateurs qui liront cet entretien? Parmi vos installations, desquelles êtes-vous le plus fier et pour quelles raisons?

D. R. : Certainement Very Nervous System est la clé de mon œuvre entière. La grande part de ce qui a suivi a été stimulée par les expériences et les observations faites au cours de son développement. Je suis très fier de The Giver of Names pour son cadrage simple d'une énorme complexité et de Watch pour la résonance de sa simplicité. Mais, en fait, je ne me sens plus dorénavant qualifié pour juger mes œuvres de cette façon. J'aime n-cha (n) t comme j’aimerais un enfant turbulent mais brillant, aucun autre travail de ma part ne m'a surpris davantage. J’aime Long Wave parce que jamais je ne me serais attendu à créer quelque chose comme ça, et que je m’amuse à me surprendre moi-même plus que tout autre chose... Ce n'est pas un travail important, mais ça m'a rendu très heureux. Il me faut environ 10 ans pour vraiment comprendre une œuvre terminée, puisque je travaille très intuitivement, donc il y a beaucoup de travaux récents que je ne peux pas encore apprécier.

Je ne suis pas sûr d’avoir quelque chose à dire sur l’idée d’un héritage que j’aimerais transmettre. J'ai mis des œuvres et des mots là-bas. Ils vont résonner à leur guise...

 

NOTE(S)

1 David Rokeby, « Construire l’expérience, l’interface comme contenu », article publié en anglais dans Digital Illusions (2000) et en traduction française dans Interfaces et Sensorialités (2003).

2 Extrait du site Web de la Fondation Langlois, accessible à http://www.fondation-langlois.org/e-art/f/david-rokeby.html, consulté le 14 mars 2010.

3 Conférencière, Mobile/Immobilisé. Art, technologies et (in)capacités, colloque dirigé par Louise Poissant et Louis Bec, novembre 2007, http://mobileimmobilise.uqam.ca/fr/conferenciers/treviranus.html, dernière consultation le 24 mars 2010.

Version française de Louise Boisclair d’un entretien mené en anglais avec David Rokeby en juillet 2010.

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Auteure, artiste et chercheure, Louise Boisclair  a publié de nombreux articles pour Archée, Inter art Actuel, Vie des Arts et Parcours. Outre ses œuvres plastiques et médiatiques, elle a créé et produit une cinquantaine de vidéos dont quatre Vidéo-Mag primés. Parmi ses réalisations : le film d’art expérimental, Variations sur le hook up, le mémoire-création, Variations sur le dépassement et L’écho du processus de création, et le prototype du conte visuel interactif, Variations sur Menamor et Coma et Vitrine Cosmos. Ses recherches portent sur  Voir l’image et ses effets à l’ère de l’interactivité. Membre du groupe Performativité et effets de présence, elle est doctorante au programme de sémiologie à l’UQAM. Par ailleurs, elle offre aussi des ateliers de créativité, mandala et peinture gestuelle.

Artiste international né en 1960 à Tillsonburg en Ontario et basé à Toronto, David Rokeby, lauréat du Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques 2002, expose depuis 1982 dans de nombreux pays, notamment à la Biennale de Venise en 1986. Sa carrière de près de 30 ans poursuit deux pistes principales : la perception visuelle et le temps à travers les caméras de surveillance, le  langage  des humains, croisé à celui des machines. Rokeby jouit d’une renommée internationale particulièrement associée à son installation interactive sonore Very nervous system (1986-1990). Il a créé le logiciel VNS qui permet de transformer le mouvement de l’interacteur en son, dont plusieurs artistes se sont inspirés pour leurs installations, notamment Wald de l’artiste allemand Chris Ziegler et KinéFusion de l’artiste montréalais Robert Chrétien.

 

SITE(S) CONNEXE(S)

Textes de David Rokeby en ligne
Challenges in Intermodal Translation of Art
Constructing Experience: Interface as Content
Transforming Mirrors: Control and Subjectivity in Interactive Media
Lecture for the Kwangju Biennale (A survey of my works placed in context)
The Harmonics of Interaction (MusicWorks)
Predicting the Weather (MusicWorks)
Dreams of an Instrument Maker (MusicWorks)

Textes sur David Rokeby en ligne
Seeing (Dot Tuer)
Disembodied States: Vision, the Body and the Virtual (Dot Tuer)
Interactive Strategies and Dialogical Allegories (Ernestine Daubner)
Dances With Machines, Technology Review, May 1999 (Rebecca Zacks)
Silicon remembers Ideology, or David Rokeby's meta-interactive art (Erkki Huhtamo)
Very Nervous System,Wired Magazine issue 3.03, (Douglas Cooper)

Sites de et sur David Rokeby
David Rokeby, Taken : http://www.youtube.com/watch?v=ipsz4ALgUi0
David Rokeby : http://homepage.mac.com/davidrokeby/home.html
Fondation Langlois : http://www.fondation-langlois.org/e-art/f/david-rokeby.html
Mobile/Immobilisé. Art, technologies et (in)capacités, http://mobileimmobilise.uqam.ca/fr/conferenciers/treviranus.html

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).