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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Les images ont des oreilles de Nicole Benoit :
protéiforme narrative avec des adolescents

Boisclair Louise

Les images ont des oreilles. Plusieurs écoliers de l’École Pierre-Dupuy en tournage à Prim, 2012

Dans cette œuvre protéiforme qui rassemble un grand nombre de créateurs et d’artisans, Nicole Benoit organise une rencontre créative avec des adolescents, grâce à laquelle elle explore voix, silence, gestus et imaginaire dans la construction de l’identité à travers une forme narrative. D’innombrables étapes construisent l’oeuvre in progress, de la mise en scène avec les jeunes participants, à la vidéo, en passant par un jeu sur Internet et une mise en installation future.


« Les images ont des oreilles »  

Processus de création 

Recherche-création 

Déclinaison du verbe figurer 

L. B. : La transposition d’une création avec acteurs (les jeunes dont vous avez filmé le jeu théâtral) à un jeu interactif sur Internet avec des participants/interacteurs anonymes, en passant par le montage des images en vidéo, mobilise l’acteur et l’interacteur. Quels rôles justement attribuez-vous aux acteurs et aux interacteurs et comment voyez-vous leur rapport mutuel ?

Capture d’écran du jeu « Les images ont des oreilles ». On voit l’icône d’oreille humaine au moment où elle frappe l’œil de la séquence « Les touristes », Nicole Benoit et all. 2012.
Page d'ouverture du jeu « Les images ont des oreilles », Nicole Benoit et all, 2012.


N. B. : Mon intérêt se porte encore sur le corps des adolescents qui figurent dans le projet. Ici le verbe figurer n’est pas pris au sens de celui qui tient un rôle accessoire ou de celui qui n'a joué aucun rôle. Il s’inscrit plutôt dans l’intervalle entre le sens de : figurer dans quelque chose « ce qui peut avoir une représentation visible » et le sens de : se figurer quelque chose « être représenté à l'esprit ». Le corps-adolescent va se figurer dans quelque chose. Le « se » c’est l’identité, le moi intime. Le « quelque chose » ce sont les autres adolescents du groupe. Chacun étant figurant de soi-même, tenant son/un rôle parmi les autres et chaque figurant tenant son/un rôle dans un protocole imposé.

Les adolescents « se » figurent dans ce projet. Ils donnent une forme, une figure à l’adolescence, une représentation simple et souvent saugrenue qui rend perceptible la nature spécifique de cette période de la vie. Le « quelque chose », dans lequel le corps adolescent va se figurer, c’est la forme narrative de l’oeuvre puisque je conçois ce projet comme une quête pour atteindre un au-delà des apparences à travers des images et des sons tirés du réel. J’ai tenté de poursuivre avec tous les collaborateurs et dans les aspects plus formels de l’œuvre, tant la composition des images que les effets sonores, cet esprit de l’adolescence : donner une forme, saisir l’adolescence.

L. B. :  De multiples dimensions virtuelles sont actualisées à la fois par les acteurs et les interacteurs. Quel rapport selon vous s’établit entre le virtuel (au niveau des potentialités de la mise en scène et au niveau de la programmation des modalités du jeu) et l’actuel (au niveau de la performance des jeunes et au niveau du jeu des interacteurs) ?

N. B. : À l’encontre du documentariste qui doit retenir que ce que les images et les sons acceptent de lui livrer, j’interviens en aval et en amont de la captation. En aval, j’impose un protocole et, en amont, j’opère directement sur les images et sur les sons. Entre les deux, à la captation, j’attends l’instant qui excède l’image et le son, là où le corps exprime des situations bien plus complexes, imprévisibles. L’essence de la forme narrative va se loger dans l’interaction entre la partie imposée et la partie libre; entre le jeu et le jeune participant.

 

NOTE(S)

1 Forest, Fred. 2006. « L’œuvre-système invisible : art relationnel ou art de la relation ». Paris : Ed. L’Harmattan, p. 16.
2 http://www.archipel.uqam.ca/3736/1/D1958.pdf

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Tout d’abord formée en photographie et en lithographie, Nicole Benoit utilise présentement l’image en mouvement et le son comme matériaux de création. « Les images ont des oreilles »poursuit une exploration constante, dans son œuvre, des manifestations entourant le langage et l’image, à partir des variations du corps et de sa gestuelle. Elle désire maintenant soulever de manière plus spécifique les questions de la voix et des formes de mutisme verbal en lien avec l’identité personnelle ou collective. Les réalisations de l’artiste incluent des monobandes vidéographiques et des installations, notamment «A» (comme aveugle) et Genre : ado ainsi que des contributions à diverses productions télévisuelles, radiophoniques et filmiques, à Radio-Canada, à TéléQuébec et à l’ONF. Ces œuvres ont été vues au Québec, au Canada et en Europe. Ph.d. en études et pratiques des arts de l’UQAM, Nicole Benoit enseigne en pratiques artistiques actuelles à l’Université de Sherbrooke.

Auteure-chercheure, Louise Boisclair a publié de nombreux articles pour Archée, INTER art actuel, Le Magazine du CIAC, Nouveaux Actes Sémiotiques, Vie des Arts et Parcours. Outre ses travaux plastiques (peinture gestuelle et mandala) et littéraires (texte court, poésie, essai), elle a créé et réalisé une cinquantaine de vidéos dont quatre primés, le film d’art expérimental, Variations sur le hook up, le mémoire-création, Variations sur le dépassement suivi de L’écho du processus de création, et le prototype du conte visuel interactif, Variations sur Menamor et Coma et Vitrine Cosmos. Doctorante en sémiologie à l’UQAM, elle complète une thèse sur l’installation interactive et l’expérience de perception associée au geste interfacé. Elle est membre du groupe Performativité et effets de présence et participe aux rencontres du Sense Lab.

 

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Nicole Benoit - 07/2012 Les images ont des oreilles

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).