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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Semblance and Event de Brian Massumi :
un cristal de lumière sur l’art d’occurence

Louise Boisclair

Semblance and Event, Brian Massumi, 2011

Pour s’immerger dans les subtilités conceptuelles de la démarche « thinking-feeling » de Massumi dans cet ouvrage, l’introduction substantielle, ponctuée de nombreuses citations, nous épargne la lecture préalable des œuvres de Deleuze, Whitehead et James, bien que leur connaissance enrichisse certainement l’aventure. En effet, entreprendre Semblance and Event et auparavant Parables for the Virtual consiste à la fois en un exercice de lecture et, par écho, en une démarche d’immersion dans un mouvement de pensée en train de se faire à travers les dimensions sensorielles, perceptuelles et affectives du corps pensant. C’est en ce sens une aventure intellectuelle qui devient nôtre dans la mesure où nous nous approprions son objet en tant que corps vivant.

Petit à petit, l’auteur traque et dévoile son objet expérientiel — l’événement dans son occurrence et dans sa manifestation — comme une sphère traversée d’innombrables rayons. Ce faisant, il emprunte des chemins de traverses qui éclairent l’apparition de l’événement (Event) dans sa germination et met en relief ses manifestations (Semblance) jusqu’à leur extinction. Ce qui advient et crée l’événement, circule dans un instant infinitésimal, porteur et trait d’union d’un passé-futur inscrit dans son émergence. Massumi plonge dans ce continuum en apportant sa vision radiographique et son art pédagogique.

Dans les arts classiques, l’événement est intrinsèquement lié à la perspective qui oriente son objet dans un cadre, tandis que dans les arts occurrents, la perception évolue à l’intérieur même des relations qui se croisent, dont il prendra soin de définir le diagramme des modalités potentielles. Les arts occurrents englobent l’art interactif, l’art éphémère, l’art performance, l’art intervention, voire même les arts orientés vers l’objet. Ces manifestations constituent des événements relationnels d’abstraction vécue, dont la création est intrinsèquement liée à son avènement esthétique et politique sur fond technologique. « Semblance is another way of saying « the experience of a virtual relality. » (p. 15)


« …Toward a Speculative Pragmatism » 

« The thinking-Feeling of What happens… » 

« The Diagram as Technique of Existence… » 

« Arts of Experience, Politics of Expression… » 

Events, Brian Massumi

Les 75 dernières pages de l’ouvrage composent le quatrième et dernier chapitre. En quatre mouvements, comme une danse ou une symphonie en relation avec l’orage et la vie, la catégorie de Semblance mise de l’avant par Massumi se faufile dans diverses pratiques artistiques. Le premier mouvement invite à « Danser l’orage », le deuxième ouvre à la « Vie illimitée, alors que le troisième met en relief « Le paradoxe du contenu », suivi du quatrième et dernier mouvement « Composant le politique ». Nous traversons le mouvement, nous le surplombons dans son abstraction, nous visitons entre autres son état amodal (Stern). Il est toujours question de perception, de sensation et d’affect, mais directement à l’intérieur du mouvement dans sa dynamique d’apparition spontanée (Michotte), dans la vitalité de ses affects (Stern) ou dans la direction de la flèche de son abstraction. Massumi redessine le geste magique d’Antonin Artaud (p. 135), le corps figure de Martha Graham, le corps de l’esprit de Cunningham et le corps qui se plie de Forsythe (p. 138-140). La symphonie visuelle ou le concert chromatique compose la trame et la chaîne du tissage entre les processus respectifs de composition de Robert Irwin et de technique d’existence de Gustav Mahler (p. 168-170). Puis, quelques pages réaniment la théorie de semblance de Benjamin en rapport avec la beauté et la vérité (175-180). Dès lors Massumi lui cède le mot de la fin.

« No work of art can appear completely alive without becoming mere semblance, and ceasing to be a work of art » Benjamin (1996c, 224). (p. 180)

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Brian Massumi enseigne au Département de communication de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la philosophie de l’expérience, les théories de l’art et des médias, et la philosophie politique. Il est l’auteur de Semblance and Event : Activist Philosophy and the Occurrent Arts (MIT Press, 2011), Parables for the Virtual : Movement, Affect, Sensation (Duke University Press, 2002), A User’s Guide to Capitalism and Schizophrenia : Deviations from Deleuze and Guattari (MIT Press, 1992) et First and Last Emperors : The Absolute State and the Body of the Despot (avec Kenneth Dean ; Autonomedia, 1993). Il a aussi dirigé les publications A Shock to Thought : Expression After Deleuze and Guattari (Routledge, 2002) et The Politics of Everyday Fear (University of Minnesota Press, 1993).

Auteure, artiste et chercheure, Louise Boisclair a publié de nombreux articles pour Archée, Inter art Actuel, Le Magazine du CIAC, Nouveaux Actes Sémiotiques, Vie des Arts et Parcours. Outre ses œuvres plastiques, elle a réalisé une cinquantaine de vidéos dont quatre Vidéo-Mag primés, le film d’art expérimental, Variations sur le hook up, le mémoire-création, Variations sur le dépassement et L’écho du processus de création ainsi que le prototype du conte visuel interactif, Variations sur Menamor et Coma et Vitrine Cosmos. Doctorante en sémiologie à l’UQAM, elle rédige une thèse sur l’installation interactive et l’expérience de perception associée au geste interfacé. Elle est membre du groupe Performativité et effets de présence et participe aux rencontres du Sense Lab.

 

SITE(S) CONNEXE(S)

Brian Massumi : http://www.brianmassumi.com/

Sense Lab : http://senselab.ca/

MIT Press, Series-Technologies of Lived Abstraction :
http://mitpress.mit.edu/catalog/browse/browse.asp?btype=6&serid=174

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).