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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Françoise Schein : l’art au dehors – d’une écriture

Éric Clémens

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Comment échapper à l’idée de la mort de l’art ? L’impossible mort de notre existentielle activité de dépense  se heurte à la mise en culture de l’art, sa restriction commerciale (galeries) et étatique (musées), après son accaparement privé par la bourgeoisie moderne, et la surenchère des avant-gardes qui s’épuise à leur correspondre, de formalismes en provocations…  L’œuvre de Françoise Schein répond en actes à ces menaces de mort.

Parcours surprenant – la femme pressée…  

Station Concorde 

Les Murmures – a city tree , Les Mureaux, 2009 

Les Murmures – a city tree, Les Mureaux, 2009 
«Les Murmures », a City-Tree (2009). Public Library of the city of Les Mureaux


Mur en céramique de 120 m2 pour la médiathèque de la ville : sur fond de la carte de la ville inversée et plantée devant la Seine, la figure d’un arbre (« de connaissance ») et, chaque samedi de son élaboration, les interventions inscrites des habitants :
« L’habitat ne fait pas le bonheur » - « Klee : L’art ne produit pas le visible, il rend visible. » - « Je ne sais rien sauf mon échographie. » - « Qui d’entre vous peut par son inquiétude prolonger tant soit peu son existence ici et maintenant . » - « L’homme n’est pas le lus vieux problème ni le plus constant qui se soit posé au savoir humain. »…

L’acte partagé d’inscription sur et dans l’œuvre, par des femmes et des hommes de nationalités et de milieux différents à l’aide aussi de livres divers, y compris d’art, vise à créer une synergie face aux méfiances et aux hostilités en même temps qu’à laisser des traces de leurs tracements solidaires : en ce sens, il s’agit aussi d’actes de résistance (comme dans l’érection des murs de droits humains) depuis la construction en commun où chacun inscrit aussi une part de sa singularité…


Bruxelles
Coventry


Drawing

Mais comment ou en quoi ? Car si F.S. a bien porté l’art au dehors de ses lieux marchandés, n’y a-t-elle pas perdu l’art avec son engagement au service des droits humains ?
 Non, à plus d’un titre :

Ainsi, ce qui transparaît à travers cette création partagée, c’est la singularité invisible de l’écriture (au sens large, selon Jacques Derrida), sa force révélatrice non pas tant des évidences (le plan du quartier, les droits humains…), pas tant de leur sens accessible par d’autres moyens, mais surtout révélatrice d’elle-même : traçant, lisant, écrivant, telle apparaît la communauté « désœuvrée » (expression de Jean-Luc Nancy) remise à l’œuvre et du même coup résistant à sa disparition ! Loin de se supprimer dans l’engagement, l’art, dans cette expérience du dehors, découvre sa propre singularité, son « secret » « sacré » : de mettre en œuvre, dans son activité séparée même (secret vient du latin « secernere » qui signifie séparer,  tout comme le sacré sépare du profane) un tracement originaire dont la différance est l’institution même de l’instituant humain (« institution durable d’un signe » renvoie au noyau de l’écriture). L’art au dehors de Françoise Schein et de ceux qui lui sont associés conjoint le double tracement  de singularités et d’une communauté – le temps de ce tracement… 

 

NOTE(S)

1 Voir livre en cours sur elle aux editions Mardaga à l’intiative de l’association INTO IMAGE

 

SITE(S) CONNEXE(S)

http://www.francoiseschein.com

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).