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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Les images ont des oreilles de Nicole Benoit :
protéiforme narrative avec des adolescents

Boisclair Louise

Les images ont des oreilles. Plusieurs écoliers de l’École Pierre-Dupuy en tournage à Prim, 2012

Dans cette œuvre protéiforme qui rassemble un grand nombre de créateurs et d’artisans, Nicole Benoit organise une rencontre créative avec des adolescents, grâce à laquelle elle explore voix, silence, gestus et imaginaire dans la construction de l’identité à travers une forme narrative. D’innombrables étapes construisent l’oeuvre in progress, de la mise en scène avec les jeunes participants, à la vidéo, en passant par un jeu sur Internet et une mise en installation future.


« Les images ont des oreilles »  

Processus de création 

Recherche-création 

L. B. : Ce projet semble lié à votre thèse de doctorat en études et pratiques des arts, intitulée
« Le corps-adolescent comme lieu de l’intervalle. Une interrogation de la forme narrative, dans une pratique de l’installation en arts médiatiques » 2. Quelles pistes de réponse proposez-vous pour répondre à cette interrogation ?

N. B. : « Les images ont des oreilles » n’est pas lié directement à ma recherche-création de doctorat qui portait sur une installation audiovidéo « Genre : Ado » présentée à la galerie d’art contemporain « Les territoires », à Montréal en décembre 2008. Cette oeuvre audio vidéo multiécran proposait deux dispositifs installatoires in situ: « Genre : Ado – Polyptyque » et « Genre : Ado – Portrait ». Ici, l’oeuvre possède toutes les caractéristiques d’un jeu sans en être vraiment un car les actions possibles, bien que nombreuses sont toutes prédéterminées à l’instar du jeu vidéo. Lorsqu’on active les paramètres du jeu, l’ensemble des facteurs dynamiques qui orientent les mouvements du visiteur est, principalement, l'action efficace et non pas la libre expression des tendances instinctives, sans aucun contrôle d'efficacité pragmatique tel que nous le retrouvons dans le sens premier du jeu. Je tente de briser la relation, lien plus ou moins étroit, entre ce qui est signifié par l’image et par le son et la réalité de ce qu'il désigne. Cependant la dynamique des éléments présente à nouveau une cohabitation du réel et du virtuel ainsi que des formes de langage qui abordent, à la manière du rhizome, le problème de la narrativité.

L. B. : Sur le plan de la composition, votre œuvre poursuit un processus multiforme. À vrai dire, cela complexifie le processus créatif tout autant que celui de la réception et démultiplie les étapes. D’une certaine façon, les images créées servent d’archives à l’interacteur, comme l’esthétique du flot a tendance à le faire, bien qu’ici vous utilisez vos propres images. Quel est l’enjeu central sur le plan narratif?

N. B. :  Il y a l’indication d’une certaine instabilité par opposition à la stabilité d’un lieu in situ. Le jeu implique une démarche, l’accès aux scènes est d’abord bloqué et pour y accéder il faut un travail sur l’espace et le temps de l’écran, un esprit de découverte. L’œuvre est activée par le spectateur/visiteur/joueur qui doit procéder à un certain nombre d’interventions afin que l’œuvre ait lieu. Les parcours, bien que tous ultimement déterminés, sont multiples et l’échec ou l’interdiction d’accès à l’œuvre est possible selon les habiletés de chacun. Par cette approche ludique la lecture de l’œuvre est transformée et unique à chacun.

Déclinaison du verbe figurer 

 

NOTE(S)

1 Forest, Fred. 2006. « L’œuvre-système invisible : art relationnel ou art de la relation ». Paris : Ed. L’Harmattan, p. 16.
2 http://www.archipel.uqam.ca/3736/1/D1958.pdf

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Tout d’abord formée en photographie et en lithographie, Nicole Benoit utilise présentement l’image en mouvement et le son comme matériaux de création. « Les images ont des oreilles »poursuit une exploration constante, dans son œuvre, des manifestations entourant le langage et l’image, à partir des variations du corps et de sa gestuelle. Elle désire maintenant soulever de manière plus spécifique les questions de la voix et des formes de mutisme verbal en lien avec l’identité personnelle ou collective. Les réalisations de l’artiste incluent des monobandes vidéographiques et des installations, notamment «A» (comme aveugle) et Genre : ado ainsi que des contributions à diverses productions télévisuelles, radiophoniques et filmiques, à Radio-Canada, à TéléQuébec et à l’ONF. Ces œuvres ont été vues au Québec, au Canada et en Europe. Ph.d. en études et pratiques des arts de l’UQAM, Nicole Benoit enseigne en pratiques artistiques actuelles à l’Université de Sherbrooke.

Auteure-chercheure, Louise Boisclair a publié de nombreux articles pour Archée, INTER art actuel, Le Magazine du CIAC, Nouveaux Actes Sémiotiques, Vie des Arts et Parcours. Outre ses travaux plastiques (peinture gestuelle et mandala) et littéraires (texte court, poésie, essai), elle a créé et réalisé une cinquantaine de vidéos dont quatre primés, le film d’art expérimental, Variations sur le hook up, le mémoire-création, Variations sur le dépassement suivi de L’écho du processus de création, et le prototype du conte visuel interactif, Variations sur Menamor et Coma et Vitrine Cosmos. Doctorante en sémiologie à l’UQAM, elle complète une thèse sur l’installation interactive et l’expérience de perception associée au geste interfacé. Elle est membre du groupe Performativité et effets de présence et participe aux rencontres du Sense Lab.

 

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Nicole Benoit - 07/2012 Les images ont des oreilles

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).