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PROLIFÉRATION des écrans/of screens : nouveau recueil de la collection Esthétique, PUQ

Louise Boisclair

PROLIFÉRATION des écrans/of screens

PROLIFÉRATION des écrans/of screens 1 (PUQ, 2008) est le sixième titre de la collection Esthétique, dirigé par Louise Poissant (UQAM) et Pierre Tremblay (Université Ryerson). Ce livre rassemble les contributions de chercheurs œuvrant dans des disciplines différentes dans l’objectif d’élaborer une vision interdisciplinaire. D’entrée de jeu, la synthèse de Louise Poissant entrelace les apports des chercheurs tout en en soulignant les enjeux. Tandis que le résumé de Pierre Tremblay dresse le bilan des conférences et du travail d’arrière-scène qui a rendu possible le colloque interdisciplinaire sur ce même thème (seconde édition de la biennale Toronto – Montréal), qui s’est tenu à Hexagram/UQAM du 9 au 11 février 2006.

L’objet d’analyse, la prolifération des écrans, passe de « l’écran matériel, objet neutre et indifférent aux contenus qu’il projette, à l’écran considéré comme un vecteur cognitif incontournable, déterminant de nouvelles approches épistémologiques et psychologiques. Plusieurs textes insistent sur la transition et le passage d’un paradigme mécaniste à une épistémè organiciste, pressentant plus ou moins précisément les changements dans la façon de percevoir, de penser et de ressentir qui s’opèrent actuellement. »

Prolifération des écrans/of screens  

Paravent de protection ou surface d’apparition 

Déplacement cognitif  

Selon Jean-Claude Bustros et Albéric Aurtenèche, il s’agit du passage de la représentation au paradigme cognitif. Dans cette dimension cognitive, Jean-Paul Boudreau analyse la capacité répandue chez les enfants à mieux comprendre « la multi-perception », alors que Wieslaw Michalak « interpelle le grand philosophe tchèque Vilém Flusser, qui s’est attentivement intéressé, dans une démarche qu’il qualifiait de « communicologie », à la relation entre le dispositif (apparatus) et l’opérateur, entre le médium et l’usager. Pour sa part, Izabella Pruska-Oldenhof plonge en profondeur dans les écrits psychanalytiques d’Anton Ehrenzweig pour faire ressortir l’effet de stimulation des compositions polyphoniques sur l’engagement actif du regardeur. De son côté, Luc Faucher analyse la complémentarité des postures propres à la fiction et à la réalité dont l’une nous amène à oublier, que ce que nous voyons est fictif, tandis que l’autre nous rappelle que, malgré les apparences, cette fiction n’est pas réelle. Les chercheurs Patrice Renaud et Jean Décarie, qui ont mené des expériences avec un dispositif immersif de réalité virtuelle, vont dans le même sens en constatant comment, dans un certain état perceptuel, l’écran s’efface de notre conscience et provoque un sentiment de présence propre à la « cinématique du corps percevant ». D’un point de vue médiologique, Yves Racicot argumente sur le rôle de l’écran en tant qu’interface de la représentation dont la forme est en définition constante. À partir des expérimentations menées avec son système gCd (écran central ( C ) et écrans latéraux (g et d) ) qu’il a développé pour accroître l’expérience sensorielle, Marc Boucher fait un examen approfondi de la vision périphérique dans le contexte de la vidéo immersive.

L’espace se modifierait en profondeur, comme l’avance Will Straw dans son article où il traite des divers effets de la migration des écrans de cinéma au multi-écran de nos environnements. Et, à partir de l’analyse du film Timecode (2000) de Mike Figgis, Michaël Lachance analyse le dispositif quadraesthétique et démontre que c’est toute la conception du réel qui subit les effets de ces dispositifs. Pour Nina Czegledy, la question d’espace augmenté n’est pas nouvelle « puisque la religion et les récits mythologiques avaient peuplé le réel de figures virtuelles d’autant plus récentes et performantes qu’elles répondaient à un besoin de sacré, à une ouverture sur un ailleurs ». Tout cela et bien davantage fera dire, entre autres, à Hervé Fischer que la prolifération des écrans constitue un appel aux artistes à s’approprier ces nouveaux espaces. Pour Thiery Bardini le cyborg est en quelque sorte équipé de trois  prothèses métaphysiques : un « exo-cortex », un « hyperindex » et une myriade d’écrans. Dans le domaine de l’enseignement, selon Frédéric Fournier, l’écran a un impact considérable qui devient alors une « lunette cognitive », concept emprunté à Pierre Nonnon, nous rappelle-t-on. À partir de son observation de l’interaction avec les écrans, de notre propre exposition à Wii et Second Life sur le net ou à la réalité virtuelle, Gregory Chatonsky avance, comme conséquence, que « la prolifération globale, en constante accélération des écrans, occasionnent une poussée en vue d’étendre les limites de l’écran aux multi-écrans et à l’écran fragmenté ou, encore plus en vue, d’oblitérer entièrement les bordures des écrans dans les environnements immersifs ».

L’effet réparateur 

 

NOTE(S)

1 PROLIFÉRATION des écrans/of screens sous la direction de Louise Poissant et Pierre Tremblay, PUQ, collection Esthétique, Esthétique des arts médiatiques, Montréal, 2008.

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Auteure, artiste multidisciplinaire, conseillère et formatrice, depuis 2006 aux Ateliers LE CHEVAL DE TROIE, Louise Boisclair offre des ateliers de créativité par le mandala et la peinture gestuelle. Durant sa carrière en communication, elle signe de nombreux articles, dont des écrits d’art pour Parcours Arts visuels et, depuis 2006, pour Vie des Arts, INTER ART ACTUEL et ARCHÉE. Elle a créé et produit une cinquantaine de vidéos dont quatre Vidéo-Mag primées. Elle a réalisé Variations sur le hook up, un film d’art expérimental, Variations sur le dépassement et L’écho du processus de création, un mémoire-création ainsi qu’un interconte numérique, Variations sur Menamor et Coma et Vitrine Cosmos, dont elle a réalisé le prototype Flash. Ses recherches actuelles portent sur l'impact du numérique dans le processus de création médiatique, la résurgence d'enjeux anciens dans les oeuvres contemporaines et la pragmatique de la réception des œuvres médiatiques, notamment interactives. Entre autres causes, elle promeut l’épanouissement des enfants victimes d’abus en collaborant à des collectifs.

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).