L'archétype du gribouillis dans le cyberart
Pierre Robert
Ce texte a fait l'objet d'une communication lors du colloque "Rhétorique des nouvelles écritures", 13 et 14 avril 2000, Centre Pierre-Péladeau, Montréal.
Ce qui motive une telle convergence entre le gribouillis, le cyberart et l'archétype, relève du caractère organique de l'univers médiatique contemporain. Par ailleurs, cette convergence met en branle une pensée esthétique qui se démarque des habitudes intellectuelles élaborées depuis le modernisme. Un modernisme estéthique comportant parfois des contradictions insoutenables. Par exemple, les aspects subconscients de l'expressionnisme abstrait conjugués à une théorisation formaliste plutôt stricte apparaissent totalement contradictoires. Ce qu'il y a de formel dans les effluves de l'inconscient ne rencontre pas des notions de forme, mais repose plutôt sur des constructions archétypales.
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| Gif animé tiré du site BARATTA de Tamara Lai |
Certes au sens figuré l'archétype est une forme, mais celle-ci n'est pas visible, la forme archétypale ressemble plus à un moule énergétique. Sans énergie et sans affect, l'archétype ne vit pas. Selon Carl Gustav Jung, l'archétype correspond en fait à un motif, en ce sens où les informations de l'environnement, dans leur relation avec les informations en provenance de soi, conduisent la psyché à les englober toutes deux dans une gestalt ou un motif unificateur. Ce motif possède, dès lors, des qualités indépendantes de la somme des informations considérées.
L'archétype est un motif (schème fondamental) qui peut être représenté différemment selon les individus et les situations. Ce ne sont pas des représentations héritées et fixes. "L'archétype" est en réalité une tendance instinctive, aussi marquée que l'impulsion qui pousse l'oiseau à construire un nid, et les fourmis à s'organiser en colonies. (Jung, 1964, La psychologie du transfert, p. 69).
La notion d'archétype chez Jung rejoint aussi l'essence de l'expressivité. Un archétype est une préforme, c'est-à-dire que dans certaines circonstances tout est en place pour faire émerger un archétype qui, en lui-même, "échappe à la représentation" (Jung, 1973, p. 453).
En tant qu'observateur de l'activité artistique dans le cyberespace depuis 1996, j'ai constaté l'émergence d'un type d'expression multiforme que j'ai initialement appelé le mouvement gribouillis. Ce phénomène est l'expression d'un archétype, de la résurgence d'un archétype des plus fondamentaux, le gribouillis. Un archétype que l'environnement du cyberespace fait ressurgir. Le cyberespace est ainsi perçu sur la base de contraintes fondamentales, propres à l'être humain.
La sensorialité humaine diffère des sens utilisés dans la variété du monde animal et la perception est la somme complexe des sens dans leurs relations avec l'environnement. En ce sens, ce qui est perçu ne correspond pas aux qualités propres de ce qui existe. Mais, il existe des schèmes de représentation universels en regard de l'espèce humaine. L'archétype selon Jung possède cette caractéristique, seule la signification de l'archétype tel que vécu par l'individu diffère, la forme archétypale ou l'image archétypale demeure fondamentalement accrochée au processus de l'humanisation. Ainsi, on parle de contraintes fondamentales qui se retrouvent dans différentes cultures (Pere Alberch, La Recherche, 1998, no 305).
Le gribouillis, les artistes et le milieu médiatique...
Le gribouillis et le cyberart...
Le gribouillis et la perception...
Le principe de réciprocité est proprement cybernétique : Percevoir et créer de la perception
Le sujet interfacé reçoit et produit tout à la fois dans un contexte transformable. Les recherches scientifiques sur la perception accorde une place de plus en plus importante au cerveau en tant que fabricant de réalité. L'étroite interrelation entre ce qui est perçu et l'agencement mental des stimuli de la perception constitue la nouvelle réalité dynamique qui se trame par l'interactivité multimédiatique.
Ce principe de réciprocité entre le perçu et la perception est fortement ressenti dans les environnements numériques. Un des points forts du cyberespace multimédiatique consiste effectivement à promouvoir une interaction dynamique entre les données et l'utilisateur. Le corps pensant et la machine informatique reprennent ainsi à leur niveau, cette réciprocité entre le perçu et la perception.
Les artistes à la recherche instinctive d'un langage commun
Dans ce nouvel espace de construction du sens et de la relation, les structures d'échange s'évanouissent sous la multiplicité des avenues possibles. Cet évanouissement, que Marshall McLuhan dénotait en parlant de l'anesthésie des sens prolongés par la technologie, vient, avec le cyberespace hanté les structures d'échanges et de communication.
Le simple fait de lire est une expérience "semi-hypnotique" de somnolence. En outre, parce que le caractère imprimé est depuis longtemps un élément majeur de l'environnement, il s'efface dans l'insensibilité que provoque l'omniprésence et n'apparaît nettement qu'à l'attention soutenue de l'artiste. (McLuhan, 1973, p. 24)
Devant un nouveau champ exploratoire, face à des situations imprécises ou méconnues, les archétypes remonteront facilement à la surface de notre perception.
Définir le gribouillis...
Le gribouillis comme illustration de la préhistoire du Web...
NOTICE BIOGRAPHIQUE
Lai, Tamara. Site Web : Baratta. L'acte de barattage : Une création? Un affrontement? Une suite de "mouvements irréguliers en divers sens"? Où se poursuit-il et à travers quelles créatures? Artistes et théoriciens internationaux ont été invités à répondre.
Mattelart, Armand et Michèle Mattelart. 1997. Histoire des théories de la communication. Paris : Éditions La Découverte, 125 p.
McLuhan, Marshall et Wilfred Watson. 1973. Du cliché à l'archétype. Montréal : Hurtubise H M H, 234 p.
Jung, Carl Gustav. 1973. Ma vie : Souvenirs, rêves et pensées Paris: Gallimard, 528 p.
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