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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Qu’est-ce que l’interactivité modifie dans notre appropriation des images ?

Louise Boisclair

Certaines installations interactives ne suscitent pas l’intérêt du participant et tombent en désuétude alors que d’autres le captent dans l’immédiat et longtemps après-coup. Les œuvres qui accompagnent cet article, celles des pionniers comme Krueger, Rokeby et Couchot, en témoignent particulièrement. Que se passe-t-il quand le spectateur se transforme en interacteur, comment accède-t-il à l’interactivité d’un dispositif ? Quel impact l’interactivité exerce-t-elle sur le participant ? La réflexion théorique qui suit permet de saisir une partie de l’impact de l’interactivité dans l’avènement des objets culturels et dans notre façon de nous les approprier.

Mécanique générale, Thierry Guibert
LevelHead, Julian Oliver

Image interactive versus image traditionnelle 

Démarrage et embrayage de l’interacteur  

VideoPlace, Myron Krueger

À partir d’une image embryonnaire, le participant s’oriente, navigue, plonge dans la proposition. Il surfe ou traverse un espace virtuel ou immersif selon l’offre de l’artiste-producteur et sa capacité de la déployer avec sa contribution d’analyste, d’auteur, d’artiste et d’acteur, dans des proportions souvent minimales mais productives. Le geste interactif, selon le dispositif qui l’entoure, marque des traces dans la perception, des empreintes dans la mémoire, remue l’imagination et éveille les  processus cognitifs. Ces marques, ces empreintes et ces traces dessinent et sont redessinées, redesignées, comme les médias que nous façonnons et qui nous façonnent. Elles s’inscrivent dans la subjectivité que les neurosciences tentent d’approfondir actuellement entre autres avec les neurones-miroir, mais qu’il est difficile de connaître précisément sans questionnaire ou système de biofeedback.

Avec les gestes, les actions ou les opérations que le dispositif interactif sollicite chez le participant, une expérience singulière prend forme. Celle-ci influe non seulement sur ce qu’il perçoit mais sur sa manière de percevoir, sur ce qu’il apprend et comment il l'apprend, sur ce qu’il mémorise et oublie après en avoir pris conscience. L’expérimentation l’interpelle et prédispose plus ou moins précisément la suite. Si l’on convient qu’elle est programmée par l’artiste destinateur en vue de potentialités circonscrites mais limitées, elle est en grande partie tributaire de l’investissement de l’agent destinataire qui enclenche une recherche de sens et de signification, sur le plan expérientiel et interprétatif. Si l’on convient également que l’image interactive conserve dans sa génétique ou sa généalogie les propriétés de l’image traditionnelle, comme le numérique contient et rend compatible les médias qui l’ont précédé, même si l’interactivité existait jusqu’à un certain point dans les sculptures ou autres automates manipulables, sa facture technologique lui confère un statut distinct qui teinte non seulement sa production et sa diffusion mais aussi sa réception et son interprétation.

Conduite, simulation, transaction, détection  

L’interactivité couplée à la plasticité et à l’iconicité 

Dynamique du sens de l’expérimentation à la réflexion 

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Auteure, artiste et chercheure, Louise Boisclair a publié de nombreux articles pour Archée, Inter art Actuel, Vie des Arts et Parcours. Outre ses œuvres plastiques et médiatiques, elle a créé et produit une cinquantaine de vidéos dont quatre Vidéo-Mag primés. Parmi ses réalisations notons le film d’art expérimental, Variations sur le hook up, le mémoire-création Variations sur le dépassement et L’écho du processus de création, ainsi qu’un conte visuel interactif, Variations sur Menamor et Coma et Vitrine Cosmos, dont elle a réalisé le prototype. Ses recherches portent sur Voir l’image et ses effets à l’ère de l’interactivité. Membre du groupe Performativité et effets de présence, elle est doctorante au programme de sémiologie à l’UQAM. Par ailleurs, elle offre aussi des ateliers de créativité par le mandala et la peinture gestuelle.

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).