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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Les rhizomes du ciel étoilé

Pierre Robert

L'organisme sans but lucratif qu'est Rhizome promeut l'art médiatique, entendu ici comme la rencontre de la technologie et de l'art contemporain. C'est aussi, bien sûr, un site Web. Sa principale spécificité provient de son fonctionnement, car Rhizome est, avant tout, une ''machine'' communicante, un lieu où transigent des informations. En effet, toute personne ou organisme peut transmettre vers le site des informations, que ce soit des articles, des commentaires, des annonces ou des messages spéciaux. Rhizome les sélectionne, les diffuse et place le tout dans une banque de données. Voilà pour l'input.

Pour ce qui est de l'output, on offre deux types d'abonnement à la liste d'envoi : Rhizome Raw et Rhizome Digest. Avec Rhizome Raw tous les messages vous parviennent dès leur réception tandis que Rhizome Digest diffuse une sélection hebdomadaire des communications jugées les plus pertinentes. Rhizome est, à ce titre, une excellente source d'informations pour ceux et celles qui ont un intérêt marqué pour l'activité artistique du cyberespace. Archée vous le recommande si, d'une part, vous ne craignez pas la lecture de l'anglais et que, d'autre part, le cyberespace vu de l'est américain vous intéresse. Rhizome.org loge ses pénates matérielles au 115 Mercer, 3rd Floor, New York, NY 10012 USA.

Dans la section INFO du site, un lien (About SPLASH page) vous mène à cet autre trait particulier, soit les Splash Pages (les pages d'accueil). À fréquence régulière, la page initiale change. Différents artistes, personnes ou organismes sont invités à créer une page à leur image, reflétant ainsi, à travers ces vitrines, la communauté Rhizome. Dans cette section, on présente les pages à venir, la page actuelle et les pages déjà vues, ainsi que des informations supplémentaires sur les auteurs, une petite galerie, en somme, de Splash Pages. Parmi celles-ci, on retrouve des productions du Electronic Disturbance Theatre, de Maciej Wisniewski, Shu Lea Cheang, Jodi, Superbad, 0o0o0o.org et David Crawford que nous vous invitons à visionner, car il s'agit d'animations thématiques fort réussies. Voilà pour l'ensemble du site.

Le projet Starrynight 

La problématique Starrynight 

Fruit d'une création menée par Alex Galloway et Mark Tribe, Starrynight a fait jaser certains des habitués du site Rhizome. Parmi ceux-là, Joseph Nechvatal y a vu une filiation avec les célèbres "Dessins mescaliniens" du poète et artiste Henri Michaux. Nechvatal perçoit l'imaginaire de l'environnement médiatique, vibratoire et électronique, comme un univers sans frontière dans lequel les artistes entrent en relation de façon rhizomatique. "In this sense rhizomatic thinking is facilitated by the boundless web and one can say that the web is rhizomatic." (Joseph Nechvatal, "Michaux's diagrammatic relevance to STARRYNIGHT", Rhizome, 21 juin 1999). L'interface Starrynight correspondrait selon lui à cette dynamique réticulaire que Michaux a brillamment illustré dans les méandres de ses oeuvres scriptuaires. Un point de vue certes poétique de la communication digitale mais qui a pour vertu de nous rappeler le caractère neuronal de notre rapport au monde.

Lisa Jevbratt rappelait, dans un article paru sur Rhizome le 9 juin dernier (1999), l'existence d'un projet semblable: The Stillman Projects. La première manifestation du "Stillman Projects" a eu lieu à l'été 1997 sur le site de la revue Switch (Institut CADRE, Université de San Jose, Californie). Ce programme permettait de visualiser en temps réel les trajets empruntés par d'autres utilisateurs. Des projets de même nature ont, par ailleurs, été tentés à l'initiative du Musée Guggenheim, tel le CyberAtlas. L'objectif consistait ici à cartographier, avec le projet The Electric Sky de Jon Ippolito, les liens cyberspatiaux entre les différents sites et organismes concernés par les arts visuels et la cyberculture. Laura Trippi avec Intelligent Life cherchait, pour sa part, à cartographier les notions scientifiques dans leurs rapports avec la culture populaire sur le Web (un projet très ambitieux mais envisageable).

Lisa Jevbratt citait pertinemment Steve Dietz (commissaire au Walker Art Center) sur la problématique soulevée par une interface quantitativement sensible à la consultation, comme le projet Starrynight :

One of the obvious aspects of collaborative filtering is that while it is an alternative means of navigation, it can also create a kind of self-fulfilling prophecy in which the most-visited pages are... visited the most.

En effet, même si le caractère rhizomatique du Web est manifeste, la transparence absolue de ce niveau de complexité est loin d'être pleinement réalisée. L'ultime transparence, en ce sens, n'est pas pour demain. Car on conteste justement le projet Starrynight pour cette partialité tautologique : les étoiles les plus brillantes seront les plus consultées, sans justifier pour autant la qualité des articles ainsi mis en relief. D'autres diront que ce type d'interface ajoute à l'hermétisme d'une liste de discussion, par définition marginale, vouée aux arts médiatiques. Enfin, l'abandon progressif, dans la nuit des temps, des textes peu ou pas visités demeure problématique. Conséquemment, certains participants au débat faisaient le voeu d'accéder à la banque de données par des moyens plus classiques (les requêtes en SQL par exemple).

Sans terminer

La qualité esthétique de l'interface Starrynight est indéniable. Pouvoir naviguer ainsi dans une seule fenêtre est une économie très enviable. Le fait d'opter, par ailleurs, pour une interface sensible à l'affluence des visiteurs ajoute une valeur interactive à la banque de données proprement dite. Ce seul niveau d'intérêt vaut qu'on s'y attarde plus amplement. Chose certaine, la possibilité de réseauter les étoiles à l'aide de mots clés facilite largement la consultation et la rend, du coup, plus désirable.

Peut-être que le mot débat est un peu fort pour décrire les discussions entourant le projet Starrynight. Rhizome est, à la base, une liste de discussion. Les points de vue s'y font entendre sans que les réparties n'aboutissent nécessairement à des consensus. Conséquemment, une interface sensible à son public semble parfaitement idoine.

 

NOTE(S)

StarryNight fonctionne en mode Java, le téléchargement sera donc relativement lent, on offre aussi une version non Java, toutefois celle-ci n'est accessible qu'avec Netscape 4.

 

SITE(S) CONNEXE(S)

CyberAtlas (Musée Guggenheim)

 

ARTICLES COMPLÉMENTAIRES

Richard Barbeau - 12/2000 Un entretien avec Alex Galloway (prise deux)

Pierre Robert - 11/2000 Alex Galloway, personne ressource à Rhizome.org

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).