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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Philippe Franck et les échanges SAT et Transcultures : une histoire de contamination positive

Louise Boisclair

MéTAmorphoZ, SAT, 23 janvier 2009

Philippe Franck est directeur de Transcultures, Centre interdisciplinaire des cultures électroniques et sonores installé à Mons (Belgique). Dans ce cadre, il est directeur artistique du festival des arts sonores City Sonics (Mons) et des Transnumériques, festival /plate-forme franco-belge des cultures électroniques. Il est également conseiller artistique de la Gaité, Centre des musiques actuelles et arts numériques à Paris et co-directeur artistique du festival des cultures urbaines et sonores de Besançon. Outre ses activités de directeur et conseiller artistique, il enseigne les arts numériques à l’École Nationale Supérieure des Arts Visuels de La Cambre (Bruxelles) et écrit régulièrement dans de nombreux magazines culturels francophones (Mouvement, MCD, Jazz Around, L’Art Même etc.). Il a également coordonné diverses publications (livres, DVDs, CDs, hybrides, etc.) sur les arts numériques, sonores et les musiques électroniques.

Transcultures et vision de Philippe Franck 

Rapprochement SAT-Transcultures 

L. B. : Comment le lien entre la SAT et Transcultures s’est-il tissé ? Quels projets prévoyez-vous développer ensemble ?

Rafael, performance, Transnumériques, Mons, 6 novembre 2008

P. F. : Outre l’amitié transculturelle entre le Québec et la Communauté française Wallonie-Bruxelles, dès le début avec Monique Savoie et son équipe nous nous sommes rapidement arrêter sur l’idée de « contamination positive », sorte de slogan que nous appliquons chacun et que nous avons maintenant envie de développer en une publication commune. À Bruxelles, j’ai rencontré Manon Oligny, chorégraphe talentueuse amoureuse de la Belgique et également chargée de mission à la SAT. Nous avons réalisé qu’entre la SAT et Transcultures, non seulement des ponts pouvaient être jetés aisément mais que nous pouvions nous compléter : la SAT avec son expertise technologique, ses dispositifs immersifs : SATosphère, Panoscope et autres, ses artistes et ses chercheurs et Transcultures avec ses festivals, son travail dans l’espace urbain, ses publications et ses contenus artistiques.

Notre projet pour 2009 et 2011, déposé récemment auprès de nos autorités respectives, a pour titre TRANSAT Contamine et comporte, des échanges de résidences, de productions, de présentations publiques et de collaborations pour des publications monographiques ou thématiques. Les champs investigués seront les nouvelles formes de performances audio-visuelles notamment dans les dispositifs immersifs mais aussi les arts sonores dans la cité.

Popcore duo, Simon Laroche, Manuel Chantre, SAT, Contamine, 23 janvier 2009

L. B. : Quelle place occupe le collectif MéTAmorphoZ de Bruxelles dans la démarche de Transcultures et votre collaboration avec la SAT ?

P. F. : Après que nous ayons présenté avec succès des conférences et des performances électro-robotiques de Manuel Chantre (responsable de formations à la SAT, enseignant en arts numériques à Concordia) et Simon Laroche (du collectif Popcore, soutenu par la SAT pendant les Transnumériques à Paris et à Mons, également enseignant arts en numériques à Concordia) et où René Barsalo (directeur de stratégies de recherche de la SAT) est venu présenté lui aussi ses activités, c’était au tour de Transcultures de passer l’océan avec un « trans package » à l’invitation de nos partenaires montréalais.

En janvier 2009, nous avons donc proposé au collectif pluridisciplinaire MéTAmorphoZ, fondé après le 11 septembre 2001 par Valérie Cordy, metteur en scène et exploratrice du théâtre des médias contemporain, de présenter à la SAT lors d’une soirée l’événement Contamine, le nouveau volet de leur processus SPAM sous forme d’une performance audio-visuelle avec, pour la musique, Derek Sein, pour l’image en mouvement, Laurence Drevard et pour le texte, Valérie Cordy. La démarche de ce collectif à géométrie variable rejoint celle de Transcultures tant dans son approche résolument pluri-inter-trans/disciplinaire que dans ses aspects prospectifs avec de nombreuses technologies, jeu vidéo, mobile, capteurs, puces RFID... pour les intégrer dans une réelle écriture, sans négliger son processus évolutif.

Conférence de René Barsalo, SAT culture mutante, Transnumériques, Mons, novembre 2008

De 2001 à 2005, nous avons co-produit et diffusé dans nos festivals diverses étapes de leur première version de Métamorphoses ainsi que soutenu le CD-Rom qui en témoigne de manière ludique et poétique et qui a reçu le Prix multimédia de la Communauté française de Belgique. Depuis les Transnumériques 2008, nous soutenons également le développement de SPAM, une thématique étrangement peu investie par les artistes alors que c’est un phénomène extrêmement présent dans notre quotidien électronique, développement qui devrait trouver lui aussi plusieurs formes et modes de représentation différents. Il me semble que, malheureusement, le milieu du théâtre, contrairement par exemple à celui de la musique ou de la danse, est encore trop souvent frileux, voire réfractaire à l’intégration des technologies numériques. C’est aussi un des intérêts de la démarche ouverte, opiniâtre et exigeante menée par Valérie Cordy et les personnes qu’elle a réunies dans cette aventure unique.

L. B. Quelles ressemblances et différences existent-ils, selon vous, entre l’activité de la culture électronique de Montréal et celle de Bruxelles ?

Natalia de Melo et the aktivisit performance, Mons, 2008

P. F. : Il y a une forme de bonhomie, de plaisir dans le travail, de liberté, de débrouillardise parfois aussi, que nous retrouvons chez nos amis québécois ; par ailleurs Montréal et Bruxelles sont deux villes très cosmopolites qui intègrent leurs différences linguistiques ou culturelles, pour le meilleur et pour le pire, ce qui devraient être, à mes yeux, un stimulant pour la création. Les structures mises en place et les moyens attribués aux arts médiatiques (ou « numériques » pour nous) sont, je pense, différents. En Belgique francophone, on commence seulement, avec quelque retard sur nos compatriotes flamands, à mettre plus de moyens et d’attention et certainement encore trop peu sur ce type de création. Toutefois nous avons des festivals intéressants tels VIA (organisé par le Centre culturel le manège de Mons et son complice du même nom, la scène nationale de Maubeuge, arts scéniques de plus en plus technologiques), Cimatics (un week end de performances AV en automne à Bruxelles) et nos turbulents Transnumériques (Mons, Bruxelles mais aussi Lille et la région parisienne, avec des collaborations à Liège et à Maubeuge) qui tracent, en hiver, un itinéraire entre des pratiques, des lieux, des structures et des artistes multi-facettes.

Nous n’avons pas l’équivalent de la SAT qui me semble assez unique, avec son bâtiment, sa multiplicité de propositions et son volet recherche, mais les trois principales structures « arts numériques » de la Communauté Wallonie-Bruxelles, comme la nôtre également très arborescente, Imal (Interactive Media Art Laboratory) à Bruxelles et le Centre des Ecritures Contemporaines et Numériques (CECN) à Mons, dans leur diversité et parfois leurs divergences de vue, ont d’autres qualités.

Relation triangulaire création / direction artistique / médiation 

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Auteure, artiste et chercheure, Louise Boisclair  a publié de nombreux articles pour Archée, Inter Art Actuel, Vie des Arts et Parcours. Outre ses œuvres plastiques et médiatiques, elle a créé et produit une cinquantaine de vidéos dont quatre Vidéo-Mag primés. Parmi ses réalisations notons le film d’art expérimental, Variations sur le hook up, le mémoire-création Variations sur le dépassement et L’écho du processus de création,  ainsi que le conte visuel interactif Variations sur Menamor et Coma et enfin Vitrine Cosmos, dont elle a réalisé le prototype. Ses recherches portent sur Voir l’image et ses effets à l’ère de l’interactivité. Membre du groupe Performativité et effets de présence, elle est doctorante au programme de sémiologie à l’UQAM. Par ailleurs, elle offre aussi des ateliers de créativité par le mandala et la peinture gestuelle.

 

SITE(S) CONNEXE(S)

www.citysonics.be

www.transnumeriques.be

www.transcultures.net

www.lagaite.net

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).