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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


PROLIFÉRATION des écrans/of screens : nouveau recueil de la collection Esthétique, PUQ

Louise Boisclair

PROLIFÉRATION des écrans/of screens

PROLIFÉRATION des écrans/of screens 1 (PUQ, 2008) est le sixième titre de la collection Esthétique, dirigé par Louise Poissant (UQAM) et Pierre Tremblay (Université Ryerson). Ce livre rassemble les contributions de chercheurs œuvrant dans des disciplines différentes dans l’objectif d’élaborer une vision interdisciplinaire. D’entrée de jeu, la synthèse de Louise Poissant entrelace les apports des chercheurs tout en en soulignant les enjeux. Tandis que le résumé de Pierre Tremblay dresse le bilan des conférences et du travail d’arrière-scène qui a rendu possible le colloque interdisciplinaire sur ce même thème (seconde édition de la biennale Toronto – Montréal), qui s’est tenu à Hexagram/UQAM du 9 au 11 février 2006.

L’objet d’analyse, la prolifération des écrans, passe de « l’écran matériel, objet neutre et indifférent aux contenus qu’il projette, à l’écran considéré comme un vecteur cognitif incontournable, déterminant de nouvelles approches épistémologiques et psychologiques. Plusieurs textes insistent sur la transition et le passage d’un paradigme mécaniste à une épistémè organiciste, pressentant plus ou moins précisément les changements dans la façon de percevoir, de penser et de ressentir qui s’opèrent actuellement. »

Prolifération des écrans/of screens  

Paravent de protection ou surface d’apparition 

Selon Le Robert, dictionnaire historique de la langue française, le mot « écran » provient d’un emprunt au terme néerlandais scherm (escreen, dernier quart du Xllle siècle) qui signifie « paravent, écran ». À l’origine, c’est la fonction de protection qui en donne le sens, suivie au XVle siècle de celle de dissimulation, par exemple avec les écrans de fumée pour masquer des opérations militaires. En découleront des emplois techniques tels que « panneau arrêtant un rayonnement », « châssis tendu de toile » du peintre pour voiler un excès de lumière, filtre photographique et « blindage protégeant des radiations ». Par analogie, le mot « écran » prend le sens de « surface faisant arrêt » en optique (1859), comme l’« écran de chambre noire », et s’étendra par la suite au cinéma où, par métonymie, il signifie l’art cinématographique. D’ailleurs, fidèle à la dimension de leur surface, le petit écran désignera la télévision et le grand, le cinéma. Paravent, masque, surface réfléchissant les images autant de l’intérieur que de l’extérieur, tel un miroir.

Dans PROLIFERATION, la notion d’ écran, implique le tout et non pas la partie ou l’ensemble, ni seulement la surface de visibilité. Sans le programme, le langage, le logiciel, la mémoire, l’interface et l’alimentation, sans l’émetteur, le canal, le code, le message et le récepteur, son rôle serait réduit à néant. Vaste et illimitée, la question de l’écran ou des écrans interpelle tant l’artiste et le chercheur que l’informaticien, le technicien, le sociologue, le philosophe, le psychologue, le communicologue, le médialogue et tout simplement l’usager. Un ensemble de notions est alors revisité : réel, virtuel, interaction, action, contemplation, interactivité, matériel, immatériel. Comme si le virtuel autrefois opposé au réel s’y incorporait aujourd’hui au moyen du numérique.

Intitulée Écrans, machines de vision, l’introduction aligne et regroupe le contenu à l’aide de trois paragraphes distincts. Le premier s’intitule « L’apparition de l’écran », le deuxième « Déplacement cognitif », le troisième « L’écran réparateur ». D’emblée de jeu, les enjeux sociaux et épistémologiques que les recherches soulèvent, de même que, les aspects historiques, cognitifs et prothétiques qu’elles mettent à jour, y sont développés.

S’interrogeant sur cette prolifération exponentielle de l’écran, qui remonte à son apparition la plus lointaine, les chercheurs réunis dans cet ouvrage, ont abordé cette question sous des angles différents. Ainsi Kathleen Pirrie Adams s’attarde à la notion biologique du terme « prolifération », alors que Don Snyder démontre que l’écran reste porteur des formes d’art des cultures du passé, bien que tourné dans la direction du progrès technologique. À partir de différentes expositions universelles, dont Expo 67, Ed Slopek évoque l’évolution des nombreuses formes de projection multimédia à travers le temps, en lien avec la recherche de Bruce Elder sur l’importance du multi-écrans et de la pensée mosaïque dans la généalogie de la prolifération des écrans. À cet égard, à travers diverses illustratons d’art contemporain, Jean Gagnon démontre à quel point la prolifération s’est accélérée avec la portabilité et la mobilité des écrans. Mais, souligne Jean Dubois, ces « écrans ont souvent deux faces. Ce que nous voyons nous regarde aussi ». Par ailleurs, comme l’avance Dominique Païni, le rôle de la lumière n’est certes pas à négliger dans la contribution de la projection cinématographique à notre rapport  à l’image.

Déplacement cognitif  

L’effet réparateur 

 

NOTE(S)

1 PROLIFÉRATION des écrans/of screens sous la direction de Louise Poissant et Pierre Tremblay, PUQ, collection Esthétique, Esthétique des arts médiatiques, Montréal, 2008.

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Auteure, artiste multidisciplinaire, conseillère et formatrice, depuis 2006 aux Ateliers LE CHEVAL DE TROIE, Louise Boisclair offre des ateliers de créativité par le mandala et la peinture gestuelle. Durant sa carrière en communication, elle signe de nombreux articles, dont des écrits d’art pour Parcours Arts visuels et, depuis 2006, pour Vie des Arts, INTER ART ACTUEL et ARCHÉE. Elle a créé et produit une cinquantaine de vidéos dont quatre Vidéo-Mag primées. Elle a réalisé Variations sur le hook up, un film d’art expérimental, Variations sur le dépassement et L’écho du processus de création, un mémoire-création ainsi qu’un interconte numérique, Variations sur Menamor et Coma et Vitrine Cosmos, dont elle a réalisé le prototype Flash. Ses recherches actuelles portent sur l'impact du numérique dans le processus de création médiatique, la résurgence d'enjeux anciens dans les oeuvres contemporaines et la pragmatique de la réception des œuvres médiatiques, notamment interactives. Entre autres causes, elle promeut l’épanouissement des enfants victimes d’abus en collaborant à des collectifs.

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).