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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Philippe Franck et les échanges SAT et Transcultures : une histoire de contamination positive

Louise Boisclair

MéTAmorphoZ, SAT, 23 janvier 2009

Philippe Franck est directeur de Transcultures, Centre interdisciplinaire des cultures électroniques et sonores installé à Mons (Belgique). Dans ce cadre, il est directeur artistique du festival des arts sonores City Sonics (Mons) et des Transnumériques, festival /plate-forme franco-belge des cultures électroniques. Il est également conseiller artistique de la Gaité, Centre des musiques actuelles et arts numériques à Paris et co-directeur artistique du festival des cultures urbaines et sonores de Besançon. Outre ses activités de directeur et conseiller artistique, il enseigne les arts numériques à l’École Nationale Supérieure des Arts Visuels de La Cambre (Bruxelles) et écrit régulièrement dans de nombreux magazines culturels francophones (Mouvement, MCD, Jazz Around, L’Art Même etc.). Il a également coordonné diverses publications (livres, DVDs, CDs, hybrides, etc.) sur les arts numériques, sonores et les musiques électroniques.

Transcultures et vision de Philippe Franck 

L. B. : Vous dirigez depuis plusieurs années le centre Transcultures, pouvez-vous expliquer en quoi il consiste ?

P. F. : Transcultures est un Centre interdisciplinaire de cultures électroniques et sonores aujourd’hui installé à Mons en Belgique, située non loin de la frontière française dont le slogan utilisé pour sa candidature à la Capitale européenne de la culture en 2015 est « quand la culture rencontre la technologie », une profession de foi qui ne pouvait que nous séduire. Transcultures est aussi initialement une association que j’ai fondée avec quelques « spectateurs engagés » en 1996, à Bruxelles, carrefour européen à haut taux de croisements culturels et de bouillonnement « indisciplinaire », afin, d’interroger plus largement, et de développer les intersections entre les arts contemporains, les pratiques culturelles prospectives mais aussi les enjeux sociaux ainsi que l’impact des technologies intégrées à la création.

Philippe Franck, photo de Isa Belle, 2008

J’ai une formation d’historien de l’art et de journalisme et, en parallèle, une pratique musicale et artistique. C’est très naturellement dans ce terrain fertile de pratiques et de pensées décloisonnées que j’ai voulu faire « pousser » Transcultures, en revenant d’un séjour new-yorkais où j’avais travaillé dans une galerie de Soho et fréquenté des poètes post beatniks (Ira Cohen, The Living Theater, Gerard Malanga,…), des musiciens inclassables (d’Anthony Coleman à David Shea), des intellectuels anarchistes comme Hakim Bey et autres passeurs de frontières qui continuent de m’inspirer.

Monter une structure associative pour combler ce qui m’apparaissait alors clairement comme un manque dans le paysage culturel belge, pourtant naturellement très décloisonné mais structurellement encore très hiératique, plutôt qu’opérer en électron libre. C’était aussi comme un prolongement naturel de mes activités curatoriales et artistiques transversales. Cela permettait aussi et surtout d’amplifier ces vibrations « inter-libertaires » et de les lier à des activités de production et de diffusion d’artistes et de structures qui refusent de se « laisser assignées à résidence ».

A partir de là, nous avons monté à Bruxelles et ailleurs, divers expositions, manifestations, festivals. Nous avons, entre autres, lancé le premier festival des arts électroniques en Belgique, en 1998, Netd@ys à la faveur d’un programme européen, et soutenu avec beaucoup de passion et trop peu de moyens, des dizaines de projets dont le point commun était de s’affirmer comme des singularités et des météores dans un paysage culturel contemporain jugé trop conformiste.

L. B. : Dans cet ordre d’idée où vous situez-vous parmi les nouvelles tendances d'art électronique ?

P. F. : En ce qui concerne ma vision des « arts électroniques », on pourrait s’étendre sur les adjectifs « numériques » comme on dit généralement en France ou en Belgique, « médiatiques » pour le vocable québécois ou « électroniques » plus englobant, moins mode et qui recueille mes faveurs mais laissons ici de côté ce long débat finalement stérile. Je les considère d’abord comme un prolongement de ces interdisciplinarités artistiques éventuellement redynamisées par l’intégration des technologies numériques qui sont intrinsèquement « multi-média ».

En quoi les langages, les formes, les contenus, les écritures sont-ils modifiés par ces nouveaux dispositifs et modes créatifs ? Telle est, à mon sens, la grande question qui m’obsède comme un hypertexte inépuisable et guide les choix artistiques de Transcultures et des autres aventures auxquels je suis associé. Je me bats contre une « ghettoïsation » des arts numériques, encore trop souvent amnésique d’une histoire des avant-gardes, futurisme, constructivisme, dadaïsme, cinétisme et autres lignes de fuite du XXème siècle, tendance qui ne considère comme digne d’intérêt qu’un processus de création artistique qui partirait de l’ordinateur pour y rester en oubliant de larges pans des arts vivants qui intègrent le numérique pour produire des performances et spectacles qui trouvent une visibilité de plus en plus grande auprès des publics. C’est donc une approche ouverte et plurielle que nous défendons dans Transcultures, préférant parler de cultures électroniques que d’arts numériques stricto senso.

L. B. : Le 23 janvier dernier vous avez présenté à la SAT, sous le nom de Paradise Now, un City Sonics mix, en quoi cela consiste-t-il ?

P. F. : Paradise Now est le nom actuel emprunté pour mes projets sonores. Quand on me demande de présenter le festival des arts sonores City Sonics, j’aime que l’écoute accompagne ou se substitue, à un moment donné, à la parole qui trébuche sur l’indicible. J’ai souvent été invité dans des festivals, manifestations numériques, sonores ou musicales, à présenter outre les enjeux des arts sonores dans l’espace urbain, des sets djs dans lesquels je n’utilise que des sources produites par City Sonics ou diffusées dans les différentes éditions du festival : extraits d’installations, environnements, performances, pièces radiophoniques, spoken word-poésie sonore…

Ces « mix », sortes de cinéma abstrait pour les oreilles, toujours différents, reflètent bien, je pense, la diversité prospective, la poésie et l’esprit voyageur de City Sonics. Cela aide aussi les personnes qui n’ont jamais eu accès à ce type de création de s’en faire une idée pour, peut-être, mieux accéder plus tard à tel ou tel univers plus spécifique. Quand nous avons lancé City Sonics en 2003 avec la Ville de Mons, qui s’est montrée particulièrement ouverte à notre proposition, il s’agissait d’inviter tous les publics à la fois. La grande majorité des promeneurs sonores, que nous accueillons chaque été, sont des curieux et des touristes qui sont attirés par l’originalité du propos et par l’opportunité de visiter le centre ville différemment, même si les affectionados du « sound art » viennent aussi parfois de loin. De les inviter tous donc au plaisir de l’écoute active mais aussi à (re)découvrir les architectures patrimoniales ou insolites de cette jolie ville wallonne d’histoire et de modernité, grâce à des œuvres in situ poétiques, ludiques, parfois polémiques, interactives, environementales ou immersives.

Le « sound art » est un art hybride qui peut réunir autant des musiciens que des plasticiens, des performers, des designers ou encore des artistes dits « multimédia ». Il doit donc, comme pour les arts numériques ou électroniques, être conjugué au pluriel afin de ne pas limiter cette constellation de pratiques et d’imaginaires qui se retrouve avec le son, dans toutes ses dimensions actuelles. Nous mettons également l’accent sur l’aspect sensoriel, physique du matériau sonore trop souvent intellectualisé malgré son impact direct sur tout notre corps. C’est ainsi qu’à côté d’œuvres complexes numériques, le visiteur/auditeur pourra également avoir accès privilégié à des massages sonores entièrement acoustiques. Ces contrastes font partie intégrantes de l’esprit City Sonics et, de manière plus générale, de ma programmation à Mons ou dans les villes et manifestations associées.

Rapprochement SAT-Transcultures 

Relation triangulaire création / direction artistique / médiation 

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Auteure, artiste et chercheure, Louise Boisclair  a publié de nombreux articles pour Archée, Inter Art Actuel, Vie des Arts et Parcours. Outre ses œuvres plastiques et médiatiques, elle a créé et produit une cinquantaine de vidéos dont quatre Vidéo-Mag primés. Parmi ses réalisations notons le film d’art expérimental, Variations sur le hook up, le mémoire-création Variations sur le dépassement et L’écho du processus de création,  ainsi que le conte visuel interactif Variations sur Menamor et Coma et enfin Vitrine Cosmos, dont elle a réalisé le prototype. Ses recherches portent sur Voir l’image et ses effets à l’ère de l’interactivité. Membre du groupe Performativité et effets de présence, elle est doctorante au programme de sémiologie à l’UQAM. Par ailleurs, elle offre aussi des ateliers de créativité par le mandala et la peinture gestuelle.

 

SITE(S) CONNEXE(S)

www.citysonics.be

www.transnumeriques.be

www.transcultures.net

www.lagaite.net

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).