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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Le Web, l'art et le milieu : cinq propos divergents (en réponse à Johanne Chagnon)

Pierre Robert

Les points de vue suivants tentent de cerner à vol d'oiseau la variété des expériences et des croyances rattachées à l'univers des arts sous l'angle critique de la production cyberartistique.

Le multilogue ... 

Qu'est-ce qu'un multilogue?

Un multilogue (néologisme) est une forme de discours dont la principale caractéristique est définie par son préfixe multi. La seconde partie provient du grec logos (la raison humaine incarnée par le langage), mais la raison devient par le multilogue: la connaissance humaine incarnée par les langages. Le multilogue met l'emphase sur une pensée dont les réseaux sémantiques sont diversifiés, tant dans le contenu que par les médias utilisés. En fait, les arts moderne, contemporain et réseautique font grandement état de cet aspect multilogique de notre univers. À ce titre, le terme multilogue instaure une facilité de langage pour représenter une réalité de plus en plus acceptée. Cependant, là n'est pas le principal but de notre insistance envers le multilogisme.

Dans le domaine des pratiques artistiques modernes et contemporaines, le discours verbal joue, par tradition, parallèlement aux productions. Cet état de fait, pour diverses raisons, ne tient plus. On remarque fréquemment, par exemple, que les conservateurs et les commissaires ne nous étonnent plus, ils se contentent trop souvent de contextualiser l'oeuvre dans ses dimensions les plus conventionnelles (historiques, biographiques, techniques, artistiques, dramatiques et anecdotiques, ce qui n'est pas rien en soi...). L'approche conventionnelle alimente un dualisme pervers faisant du langage verbal un objet de connaissance détaché de l'objet d'art, il voile d'une certaine manière les expériences multilogiques.

Tous les signes et les langages s'intègrent dans la réception humaine; voir, entendre, lire, parler et déambuler, entre autres, forment un multilogue singulier lorsqu'ils s'associent dans une même action cognitive. Dans l'esprit du visiteur de musée, qui ne fait souvent aucune distinction éclairée entre les diverses composantes de son expérience (malgré ce qu'il croit), un fourmillement d'interactions se produit. Le schisme entre le langage verbal et le langage artistique est, de la sorte, artificiellement maintenue en vie par une pratique du discours esthétique. Il s'agit, pour parodier, d'une forme de vie artificielle sans intelligence. Cette division entre les langages alimente merveilleusement le mythe de l'objet exceptionnel (dont il faut parler) et de son corollaire, un objet accessible par la seule entremise des événements majeurs et médiatiques (ce qui sous-entend, par ailleurs, un contrôle de l'information). En outre, dans cette optique, c'est la médiatisation qui détermine la valeur et non le discours vendu chèrement sous forme de catalogue, pour les férus et les fanatiques, mais surtout pour les professionnels de l'histoire de l'art.

Le fameux urinoir inversé de Duchamp (Fontaine, datant de 1917) pointait du doigt cette arriération du milieu conservateur des arts par lequel la valeur esthétique de l'objet d'art est normalisée et mise en boîte. Au tournant du siècle, l'impact des médias électriques contamine tout sur son passage. Les artistes de l'époque perçoivent très bien le phénomène émergent et les stratagèmes de Marcel Duchamp fonctionnent alors comme des capsules électrogènes projetées dans l'espace des anciens. Les institutions fondées sur l'objet tarderont forcément à assimiler ces nouvelles réalités et, durant les années soixante et soixante-dix, les musées deviendront une cible facile pour les artistes et les activistes révoltés par ce système révolu.

Se construit-il actuellement un autre fossé avec le cyberart? Un article paru récemment dans la zone montréalaise (dans la revue Esse) nous laisse entendre que cela est effectivement possible, que les artistes issus des "arts plastiques et visuels" se sentent inconfortables avec la "mode technologique". Cependant, les acteurs et les contextes diffèrent. Reste que le problème de l'art ressuscite de manière aiguë avec l'arrivée de l'Internet et du Web.

En réponse à l'article "En réseau et hors du commerce..." ... 

Les nouvelles dimensions de l'art moderne et contemporain ... 

Répliques à Johanne Chagnon de la revue Esse: art + opinions ... 

Une révolution technologique divergente? L'oeuvre de Frank, Cohen et Ippolito : Three Degrees of Separation ... 

 

NOTE(S)

(1) Lillie P. Bliss, Mary Quinn Sullivan et Abby Aldrich Rockefeller.

 

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Johanne Chagnon - 06/2001 En réseau et hors du commerce

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Pierre Robert - 01/2000 Art et médias en perspective

Pierre Robert - 03/1999 L'intégron et la cyberculture

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).