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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


« Malevitch Online »

Pierre Robert

Pascale Camus-Walter est l'auteure d'une thèse sur Cazimir Severinovitch Malevitch et contrairement à ce qui se fait fréquemment sur le Web, soit une thèse conçue pour le papier et simplement déversée sur Internet, la thèse a fait l'objet d'une véritable adaptation pour le Web. Il est d'ailleurs assez fascinant de consater à quel point l'aridité suprématiste de Malevitch (du moins telle qu'elle est généralement perçue) devient une information captivante lorsque les hyperliens, la conception en mosaïque et la couleur interviennent.

En effet, dès la page d'accueil, on peut soit se diriger vers une histoire de la création des musées dans laquelle on apprend que le "concept de musée apparaît en Chine au 2ème siècle avant notre ère", soit prendre connaissance de la politique artistique en Russie après la Révolution, faire le tour des "ismes" de l'art au tournant du siècle ou, encore, suivre pas à pas la genèse du suprématisme. La diversité de points de vue étant ici un atout dans l'intérêt suscité par Malevitch Online. Il semble que la pratique du Web en tant que média de diffusion profite pleinement d'une pensée pédagogique en constellation. Et c'est fort heureux.

Malevitch on line: Le musée virtuel, de Cézanne au suprématisme

L'auteur nous présente d'abord une courte biographie de Cazimir Severinovitch Malevitch, né un 23 février 1878 à Kiev (Ukraine ) de parents d'origine polonaise et mort à Leningrad en 1935. Dès cette première introduction à la vie de l'artiste nous sommes en mesure de saisir les grandes lignes qui ont déterminé les choix esthétiques de Malevitch, artiste dont on dit qu'il fût un "esprit mystique en quête d'absolu et chez qui l'expérience picturale était inséparable d'une interrogation métaphysique." (petit Robert 2, 1989).

Les productivistes (une faction du constructivisme russe) lui reprocheront ce mysticisme (Tatlin et Rodtchenko, les principaux maîtres à penser de ce mouvement vers 1917-1918, veulent en effet un art principalement orienté vers la production d'objets utilitaires), alors que Malevitch, Pevsner, Gabo et Kandinsky optant pour un art plus subjectif, représentent une exploration du langage pictural.

Malevitch ayant chevauché entre 1878 et 1935 plusieurs mouvements artistiques importants, comme beaucoup d'autres artistes à cette époque, sert ici de pivot à partir duquel Cézanne, le cubisme, le futurisme, le constructivisme et le suprématisme sont expliqués. Les citations sont nombreuses et,  pour chaque mouvement, des liens thématiques sont proposés (anglais et français).

Les pages abondent en couleurs vives à la manière d'une géométrie abstraite. L'effet général est très agréable et la vivacité est bien dosée. Un site à consulter pour qui veut, entre autres, s'imprégner des textes lucides de cet artiste d'avant-garde à l'aube du vingtième siècle et de la Deuxième Guerre mondiale.

Comme celle-ci par exemple:

Mais le futurisme montre un point de rupture parce qu'il utilise encore la forme humaine comme réceptacle d'une force qui le dépasse. On assiste donc à une rupture de l'enveloppe humaine, une destruction de son image. (Futurisme)

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).