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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Ryoji Ikeda : approches de l’insaisissable

Paule Mackrous

Data.matrix (détail), Ryoji Ikeda, 2009

Peu de temps après l’ouverture de l’exposition de Ryoji Ikeda à la DHC Art, les œuvres se sont vues octroyer une panoplie de qualificatifs intrigants. Mythiques, irrationnelles, religieuses, spirituelles, élégantes : autant de termes imprécis truffaient les pages des médias montréalais1. Si l’on admet spontanément l’apport de l’artiste japonais dans l’art contemporain2, il semble complexe, en revanche, d’analyser les paramètres de son art. Le travail d’Ikeda a irrévocablement quelque chose d’insaisissable.

Cet article examine plusieurs œuvres de l’exposition de Ryoji Ikeda présentées dans le cadre de la première Biennale internationale d’arts numériques de Montréal. Compte tenu du fort sentiment d’insaisissabilité que génère leur rencontre, nous avons fait de cette expérience le cœur de notre étude. Cinq notions servent de lorgnettes pour explorer l’expérience de l’insaisissable dans les œuvres d’Ikeda. D’entrée de jeu, il y a le silence : celui que maintient l’artiste sur sa démarche et celui dont traitent certaines de ses œuvres. Ensuite, il y a la précision : le détail qui, au lieu de nous informer sur ce qui est représenté, nous submerge. La constellation permet quant à elle de discourir sur la manière dont une forme simple porte en elle un riche savoir perceptuel. Le remix forme le quatrième paramètre. Il nous permet d’aborder le travail d’Ikeda comme une mise en oeuvre d’univers complexes. Finalement, la notion de brèche favorise une réflexion sur la manière dont les œuvres stimulent notre imagination.


Silence : « Nul besoin des mots » 

Précision 

Constellation 

Remix 

Brèche 

 

NOTE(S)

1 Exemples : Jérôme Delgado, « Mythiques et irrationnelles mathématiques », Montréal, Le Devoir, 16 juin, 2012 ; Nicolas Mavrikakis, « La musique de l’univers », Montréal, Le Journal Voir, 5 juillet 2012 et John Pohl, « Math As Art? It All Adds Up », Montréal, The Gazette, 30 juin 2012.
2 Ibid.
3 Mentionné par Ryoji Ikeda lors de la visite de presse de l’exposition.
4 Suzan Sontag (2002), « The Aesthetic of Silence » dans Styles of Radical Will, New-York, First Picador USA Edition, p.6.
5 « Infinite Quest : Ryoji Ikeda wants to disappear » New York Observer, 2011, consulté le 7 juillet 2012.
6 Sontag, Ibid., p.9.
7 Otto, Rudolf (1969), Le sacré, Paris, petite bibliothèque Payot.
8 Mentionné par le commissaire John Zeppetelli lors de la visite de presse de l’exposition.
9 Georges Didi-Huberman, (2002), L'image survivante : Histoire de l'art et temps des fantômes, Paris, Minuit, p.297.
10 Roland Barthes (1980), La chambre Claire. Notes sur la photographie, Paris, Seuil. p. 79.
11  M Delon « Le sublime et l’idée d’Énergie : de la théologie au matérialisme. » dans le Sublime, Revue d’Histoire littéraire, Paris janvier 1986, vol 86 no1. P.67.
12 Vito Campanelli, (2010), Web Aesthetics : How Digital Media Affect Culture and Society, Rotterdam, Institute of Network Cultures, p.109
13 Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique
14 Paul Audi, (2003), L'ivresse de l'art, Nietzsche et l'esthétique, Paris, Librairie Générale Française, p.37.
15 Jocelyne Lupien, (2003), « Déverouillage sensoriel et identitaire » dans Le soi et l’autre : l’énonciation de l’identité dans les contextes interculturels, sous la direction de Pierre Ouellet, Québec, Les Presses de l’Université Laval, p.239-254.
16 Campanelli, Ibid., p202.
17 Eduardo Navas, « Notes on Everything is A Remix » 2010, consulté le 24 mai 2012.
18 LawrenceLessig 2008, Remix : Making Art and Commerce Thrive in the Hybrid Economy, Boston, The Peguin Press, et MarkAmerika, (2011), Remixthebook, Minneapolis, University of Minnesota Press.
19 Les titres ne révèlent pas les informations quant aux données utilisées. Le commissaire, John Zeppetteli nous a informées de celles-ci lors de la visite de presse.
20 Lev Manovich, (2001), The Language of New Media, Cambridge (Massachussetts), MIT Press, p.76.
21 Cette phrase d’André Malraux est l’épigraphe de son livre La métamorphose des Dieux (tome 3) : L’Intemporel, Paris, Gallimard, 1976.
22 Otto, Ibid.
23 « La grandeur serait-elle de découvrir que l’essentiel est insaisissable », Wilfrid Lemoine (1959), Les Anges dans la ville, Montréal, les Éditions d'Orphée, p.34.

* Crédit photographique : Richard-Max Tremblay avec l’autorisation de DHC/ART

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Paule Mackrous est étudiante au Doctorat en Sémiologie à l'UQAM pour lequel elle s’intéresse à l’effet de présence comme modèle d’interprétation pour les formes artistiques et historiques émergentes sur le Web. Rédactrice en chef du magazine électronique du CIAC sur la cyberculture et collaboratrice pour plusieurs revues et galeries d’art actuel, elle a contribué au NT2 et à EDAS, Experimental Digital Arts Studio (CU, Boulder). Commissaire en arts numériques (Le xx fantastique, Gotcha! Possible Experiences as Fictional Narratives et Biennale de Montréal 2011), ses projets les plus récents portent sur la culture remix et l’appropriation des modalités d’Internet pour faire de l’histoire de l’art (The Net Art Historian : A Very Crafted Manifesto, Webspinna, Talking Through the Credits : A Media Literacy Initiative).

www.effetdepresence.blogspot.com

 

SITE(S) CONNEXE(S)

Site officiel de Ryoji Ikeda : http://www.ryojiikeda.com

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).