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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Fun with Fluids

Pierre Robert

Fun with Fluids (Lloyd Sharp)

Combien faut-il de molécules d'eau pour former une goutte ? 6.

En deçà de 6 molécules, le comportement cellulaire n'a rien à voir avec notre connaissance de l'eau!

Un simple constat nous indique ici l'importance du nombre par rapport à l'état de la matière, sommes-nous ainsi fait que notre état corresponde à notre ratio moléculaire? La notion de seuil paraît déterminante. 6 molécules c'est bien peu en regard d'une masse d'eau, du moins dans le registre d'une perception humaine non outillée.

Dans quelle mesure les fluides de notre corps influent-ils sur notre comportement ? Quel rôle jouent-ils dans la construction de notre identité ? Nous voilà bien loin d'un questionnement philosophique ab nihilo. Le corps a toujours eu la part du lion dans la genèse des signes artistiques. Il n'y a qu'à penser aux idéogrammes chinois, aux dessins des enfants, aux logos, aux panneaux de signalisation et à la célèbre main des cavernes. À propos de cette main, je suis totalement convaincu qu'elle surpasse en popularité et en imitation toute autre oeuvre humaine, de la Joconde à Picasso.

Revenons à nos moutons-moléculaires :

There are more pathogenic and commensal (helpful) bacteria living on a 2.5 cms square area of the human intestine than there are humans on the entire planet.There are more microbes colonizing a human body than there are human tissue cells. There is more of the 'others' in us, than there is of us. (Lloyd Sharp).

Ça porte à réfléchir sur notre intégrité quantitative, non ?

Alors, lorsqu'on parle de pollution atmosphérique, alimentaire, bactérielle, virale, parle-t-on encore de nous ? ou ne sommes-nous que des symptômes flottants à la surface d'une terre ultra sensible ?

Cette bouche est un détail de l'autoportrait de Lloyd Sharp. Malgré une ressemblance avec la " bouche " de Geneviève Cadieux trônant au-dessus du Musée d'art contemporain de Montréal, le propos loin de se manifester dans la relation séductrice de l'Oedipe, plonge dans une dimension aussi prisée par Freud, la phylogénie et ses fabuleux aléas.

Sharp nous convie à un voyage qui mêle allègrement la paranoïa familiale à la visualisation scientifique du corps. Comment démêler l'un de l'autre et pourquoi devrait-on démêler quoique ce soit ? Un voyage à bouche-que-veux-tu.

Un talent pour les pixels hors du commun. À voir.

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).