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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Penser l’œuvre d’art en dehors de l’économie culturelle traditionnelle

Isabelle Arvers

De la participation à la collaboration, qui définit le champ de l’intervention artistique? Si la collaboration n’est pas une idée nouvelle, l’accès aux logiciels libres, le partage des connaissances, de la bande passante ou d’outils à faible coût en transforme les modalités. Il s’agit à présent de repositionner la relation de l’individu au collectif, pour repenser les structures hiérarchiques à l’horizontale et vers l’ouverture. Passer de la consommation passive à la création de contenus et changer les paradigmes du processus créatif et de la notion d’auteur.

La « copyleft attitude » à l’heure de l’ultralibéralisme.

Bank of commons

Dans une société ultralibérale, la tendance générale est à la marchandisation du savoir après celle des biens et des services. Licences et brevets sont les armes d’un capitalisme qui se fonde sur le secret de l’information et la protection de la propriété intellectuelle. L’accès à l’information est pourtant vital pour la recherche et le développement du savoir dans des domaines aussi variés que le génome humain, la pharmacologie ou le combat contre la faim dans le monde.

En protégeant par des licences les semences de soja génétiquement modifiées, des sociétés comme la multinationale Monsanto, obligent des cultivateurs à reverser des droits sur la culture de ces OGM. Très rapidement, les populations ne peuvent faire face économiquement et doivent abandonner leurs exploitations. De la même manière, dans l’industrie pharmaceutique, chaque innovation est protégée par la propriété intellectuelle et donc non accessible en tant qu’information. La recherche contre le cancer ou contre le sida en pâtit immanquablement puisqu’elle ne peut bénéficier de la mutualisation des connaissances entre chercheurs du monde entier. Cela ralentit l’innovation ainsi soumise à des intérêts purement économiques.

Dans un tel contexte, les initiatives d’ouverture, de partage, d’échange et de pensée collaborative telles que le logiciel libre, les licences publiques ou les réseaux peer to peer revêtent une importance particulière. Sans être en dehors de tout système économique, elles représentent une alternative et permettent de repenser l’économie du don chère à Marcel Moss à l’heure du libéralisme.

Bank of commons

Don Tapscott et Anthony D. Williams dans leur livre sur la wikinomie 1, qu’ils définissent comme l’art et la science de la collaboration, donnent quelques exemples de modèles économiques fondés sur la pensée collaborative. Tout d’abord dans le domaine de la science collaborative. Pour contrer le brevetage de la pensée et répondre aux problèmes de sécurité alimentaire mondiale, les chercheurs de l’institut canadien de biotechnologie CAMBIA publient leurs résultats sous la licence BIOS – Biological Open Source Intiative. Leurs recherches sont ainsi disponibles, peuvent être prolongées et modifiées. Ce genre d’expérience vise à la création de médicaments open source sachant que c’est un secteur dont les forts investissements ne rapportent que peu de découvertes.

L’initiative FightAids@home est une plate-forme de calcul partagée qui permet à des millions d’utilisateurs possédant des ordinateurs personnels de mutualiser leur puissance de calcul non utilisée par le biais d’Internet, afin de constituer l’une des grilles de calcul les plus puissantes du monde. De nombreux projets se servent de la puissance de calcul des ordinateurs personnels transformant le Web en un ordinateur ultra-performant.

Afin d’éviter qu’aucune entreprise privée ne s’approprie le séquençage de gènes humains et n’empêche la multiplication de découvertes, la Merk Pharmaceuticals et le Gene Sequencing Center créent aux Etats-Unis la Merck Gene Index, une base de données publique de séquences de gènes. Puisque ces séquences appartiennent au domaine public, elles sont accessibles aux chercheurs du monde entier. Enfin, les auteurs de Wikinomics montrent comment certaines entreprises prônent l’ouverture et le partage de l’innovation grâce aux API ouvertes.

FightAIDS@Home 5.42

C’est grâce aux interfaces de programmation d’applications ouvertes que des sociétés comme Flickr Technorati del.icio.us ont produit de nouvelles fonctionnalités et fait progresser leur offre de contenu rapidement. Il s’avère donc qu’il est possible pour une société d’ouvrir une part de sa Propriété Intellectuelle afin de générer plus de valeur en créant un champ d’expérimentation à faible risque pour quiconque souhaitant partir de leur plate-forme pour concevoir un service.

Ces initiatives bien qu’encore limitées sont pour autant un espoir de lutte contre le brevetage et la mise au secret du savoir. Parce qu’elles pratiquent la collaboration entre chercheurs, l’ouverture et la mise en commun des innovations et la protection des données par des licences qui en permettent la réutilisation ou la modification sous certaines conditions.

L’histoire du logiciel libre et des licences publiques est pourtant récente. C’est en 1991 que Linus Torvalds, un programmateur finlandais, met en ligne sur les BBS (tableaux d’affichage existant avant Internet dans sa forme actuelle) une version simplifiée du système d’exploitation UNIX, qu’il nomme Linux.

Il le publie sous licence publique générale dans le cadre du projet GNU initié en 1989 par Richard Stallman afin de permettre au plus grand nombre de projets le partage de leur code source, la redistribution et la mise à disposition de tous, des modifications réalisées. Linus Torvalds invite alors ses pairs à modifier le code de Linux à condition que ces modifications soient elles-mêmes ensuite portées à la connaissance de tous. L’utilisation du logicielle est gratuite. Aujourd’hui, le logiciel libre se développe huit fois plus vite que le reste du marché des serveurs. En effet, la possibilité d’accéder au code informatique et de le modifier sans être tributaire de l’architecture de chaque fournisseur a permis l’émergence et le développement rapide de standards libres : Apache pour les serveurs web, Linux pour les systèmes d’exploitation, MySql pour les bases de données, Firefox pour les navigateurs…

Ethique vs profit 

Pourquoi collaborer 

Participation vs collaboration 

Collaboration et pratique artistique 

FLOSS - Free Libre Open Source Software + Art 

Œuvres collaboratives 

 

NOTE(S)

1 Tapscott, Don et Anthony D. Williams, « Wikinomics: How Mass Collaboration Changes Everything ». New York: Penguin. 2007

2 Kleiner, Dmytri et Wyrick Brian, « InfoEnclosure 2.0 », Mute Vol 2, Issue 4

3 Fuchs, Christian, analyse du livre « Wikinomics: How Mass Collaboration Changes Everything » publié dans l’International journal of communication, vol. 2, 2008

4 Bourriaud Nicolas, « Pour une esthétique relationnelle » dans Revue 'Documents sur l'art' nƒ 7 & 8

5 Annie Gentes, « Les enjeux de l'art du vide en réseau », Co-présences n°16, 2005

6 Julian Stallabrass, « Internet art. The online clash of culture and commerce, London, Tate publishing, 2003

7 Rachel Greene, « Internet Art », Thames & Hudson Ltd, Londres, 2004

8 Mansoux Aymeric, De Valk Marloes, « Floss + Art », Goto 10, OpenMute, 2008

9 Wifiledefrance, une exposition de wireless art conçue par Isabelle Arvers en 2004

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Isabelle Arvers est auteur, critique et commissaire d’exposition indépendante. Son champ d’investigation est l’immatériel, au travers de la relation entre l’Art, les Jeux Vidéo, Internet et les nouvelles formes d’images liées au réseau et à l’imagerie numérique. Après avoir organisé de nombreuses expositions en France et à l'étranger (Australie, Norvège, Italie...) elle collabore régulièrement avec le Centre Pompidou et des festivals français et internationaux.

Diplômée de l'Institut d'Etudes Politiques et d'un DESS en Gestion de projets culturels, Isabelle Arvers s'est spécialisée dans les nouveaux médias dès 1993. Pour mieux appréhender les nouvelles technologies et les contenus de demain, elle a d'abord travaillé dans le domaine de la production d'effets spéciaux et de DVD à EX MACHINA puis chez DUBOI. Sa collaboration avec ART3000 lui a ensuite permis d’approfondir ses connaissances dans les domaines de la Réalité Virtuelle, des installations interactives et des techniques génératives.

Mais c’est en tant que responsable du Contenu Image du site Gizmoland – site spécialisé dans les jeux vidéo, l’art numérique, les films courts et la musique électronique - qu’Isabelle Arvers a commencé à s’intéresser de manière critique aux nouvelles formes de création liées au numérique. Elle est depuis membre du jury de plusieurs festivals et commissions liés aux nouvelles formes d’images et de cinéma (Les E-Magiciens 2000 & 2004, Flash Festival 2003-2005, Commission ACME d’ARCADI 2003/2005)

Lors de la première édition de Villette Numérique (2002), Isabelle Arvers a été Commissaire de l’exposition Playtime-la salle de jeux ainsi que de la galerie de net.art sur les « jeux sonores ». Ses derniers projets d’expositions et d’événements présentent le jeu vidéo comme un nouveau langage et comme un moyen d’expression pour les artistes : Organisation d’un concert de gameboy music au Project 101, Paris, 2004. Commissaire de l’exposition de net.art du festival Banana RAM, Ancona, Italie 2004. Coordinatrice du jeu Node Runners à Paris pour la Région Ile de France, 2004. Commissaire de l’exposition Reactivate dans le cadre du festival Gametime, Melbourne, Australie 2004/2005. Commissaire de l’exposition No Fun ! Games and the gaming experience pour le festival Piksel à Bergen en Norvège, 2005. Jouer au Réel, 2007, Gamerz 2009, Salon Numérique à la Maison Populaire, Montreuil, et Game Heroes à l’Alcazar, Marseille, 2011. Projections de machinimas (films conçus à l’intérieur de mondes virtuels à l’aide de moteurs 3D temps réel ou de jeux vidéo) et organisation depuis un an d’ateliers d’initiation ou de réalisation de machinimas, visant à démocratiser une pratique qui transforme un objet de consommation de masse en outil de production de sens.

Consultante en Communication et Technologies nouvelles, elle enseigne à l'Université Aix-Marseille et à l’Université de Toulon, ainsi que dans des écoles privées comme Maestris, ESTC, Sully, Esupcom ou le Groupe 4 : la Communication Online, le Web Marketing, le Web Management, l'économie, l’esthétique et le droit des nouveaux médias. Mais aussi la Communication Interne, La Communication interpersonnelle et la Gestion des conflits. Elle est aussi formatrice sur l’application de publication d’archives en ligne et open source Pleade, développée par la société AJLSM.

 

SITE(S) CONNEXE(S)

Création et collaboration

http://seasound.multiply.com
http://www.machinima.com
http://www.animemusicvideos.org
http://www.bankofcommons.org
http://www.platoniq.net
http://ccmixter.org
http://www.youtube.com/watch?v=3j39_JTiPTM
http://aswarmofangels.com
http://aswarmofangels.com/sting.html
http://vimeo.com/1608458
http://www.agoraxchange.org/index.php?page=218

Pensée collaborative et économie

http://infokiosques.net/imprimersans2.php3?id_article=214
http://current.com
http://ocw.mit.edu/OcwWeb/web/home/home/index.htm
http://www.takingitglobal.org
http://mindstorms.lego.com/eng/London_dest/Default.aspx
http://factory.lego.com
http://www.innocentive.com
http://www.yet2.com/app/about/home
http://arxiv.org
http://www.housingmaps.com

Politique et pensée collaborative

http://www.extremedemocracy.com
http://www.fightthesmears.com
http://mybarakobama.com

Isabelle Arvers

http://www.isabellearvers.com et http://www.isabellearvers.fr

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).