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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Au-delà de l’illusion du « Corps de substitution », l’avatar caractère d’une écriture interactive

Isabelle Rieusset-Lemarie

On s'accorde généralement à définir un avatar comme la représentation visuelle d'un usager dans un monde virtuel. Cette caractérisation n'a pourtant pas suffiaux nombreux sites qui tentent de nourrir les fantasmes de la cyberculture en désignant l'avatar comme un corps. Si les formulations sont diverses, les métaphores qu'elles mettent en œuvre ne sont pas neutres.

"Les avatars, nos corps dans le cyberspace 1" : prise isolément, cette expression utilisée dans un site de Canal+ pourrait n'être qu'une image poétique. Mais le réseau de liens hypertextuels entre les pages web tisse un réseau sémantique en filant la métaphore:

"Alors, à quoi voulez-vous ressemblé dans le cyberespace? À un magicien? À un diable? À un cheval?/.../ Et si vous préférez un corps virtuel plus réaliste, on vous permet de redéfinir totalement votre look : couleur de peau... coiffure… âge...

Refaîtes l'ourlet de votre pantalon virtuel, ça y est, vous voici incarné!

Maintenant, téléportez-vous dans le monde de votre choix et rencontrez-y d'autres avatars... Physiquement, votre double virtuel se déplace, peut s'approcher d'un autre, le suivre, ou encore s'isoler avec lui.2".

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Les fantasmes du transfert 

Au croisement de la cyberculture et du "New Age" 

Dans la peau de John Malkovitch 

Le rôle de l'avatar comme caractère 

Caractère, image et corps. 

 

NOTE(S)

1 cf. http://www.cplus.fr/html/cyberculture/human/som_h.htm

2 cf. http://www.cplu.fr/html/cyberculture/human/avat.htm

3 Cf. le site "The Avatar Teleport: Avatars, Avatar, Avatar, Avatar"qui accorde une place de choix au livre de B.DAMER, Avatars!, Peachpit Press, 1998 (http://www.digitalspace.com/avatars/index.html)

4 Ibid., p. 3.

5 Cf. I. RIEUSSET-LEMARIÉ, La société des clones à l'ère de la reproduction multimédia, Paris Actes Sud, 1999.

6 J. VERNETTE, La Réincarnation,Paris PUF, 1995, pp. 44-45 : "De ce corps fait de matière périssable, l'homme est captif. Il est en prison /.../ Mais /.../ la libération du monde des apparences demande plus d'une expérience terrestre. /.../L'accomplissement intégral du cycle spirituel est réglé rigoureusement par la loi bien connue du karma: "il faut payer la dette jusqu'au dernier sou" ".

7 VERNETTE,op. cit., pp. 48-50.

8 http://www.cplus.fr/html/cyberculture/human/avat.htm

9 M. BIARDEAU, Clefs pour la pensée hindoue, Seghers, 1972, p. 227.

10 Ibid., p. 227.

11 Ibid., pp. 145-146.

12 N. QUESTER-SÉMÉON, Les extropiens, extrémistes de la cybertechno, in « Sciences et Avenir», n° 607, septembre 1997, p. 82: "L'Internet est un des lieux de prédilection pour l'émergence de mythes technoscientifiques. Le dernier en date est l'étrange mouvement "extropien" (de extropie, l'au-delà de l'entropie). Les adeptes de cette communauté virtuelle aspirent à prolonger leur vie grâce aux dernières innovations technologiques, voire à celles de l'avenir/.../. L'extropisme englobe tout ce qui est susceptible de prolonger la vie: chimie, pour ralentir le processus de veillissement, chirurgie, transplantation d'organes bioniques, et clonage. /.../ Concrètement, les extropiens réservent, dans des instituts spécialisées, les conteneurs réfrigérants qui préserveront leur corps. /.../ Les extropiens envisagent même de transférer leur esprit dans les réseaux afin de bénéficier d'une existence virtuelle et atemporelle".

13 Cf. RIEUSSET-LEMARIÉ, op. cit.

14 Cf. la conférence de presse des raëliens rapportée in "Rael Creates The First Human Cloning Company; Fisrt Press Conference Given by Rael in New York", PRNewswire,20 mai 1997, http://plato.divanet.com/mansco/ qnn/1997/may/QNN-97-05-20%20PR%20(human%20cloning%20company%20announced).html : "Rael said : "Cloning will enable mankind to reach eternal life" /.../ "The next step, like the Elohim with their 25,000 years of scientific advance, will be to directly clone an adult person without having to go through the growth process and to transfer memory and personality in this person. Then, we wake up after death in a brand new body just like after a good night sleep!" ".

15 Pour une étude plus approfondie de l'analyse des théories de E. G. Craig sur l'acteur et la sur-marionnette et l'éclairage qu'elles peuvent apporter sur les enjeux spécifiques rencontrés dans le développement des acteurs virtuels et des marionnettes de synthèse, se reporter au chapitre "De la surmarionnette de Craig à l'acteur de synthèse : l'élimination de l'acteur réel?" in RIEUSSET-LEMARIÉ, op. cit, pp. 141-161.

16 Cf E.G. CRAIG, The actor and the über-marionette, in « TheMask», vol. I, n°2, avril 1908, in A.ROORD (ed.), Gordon Craig on Movement and Dance, New York Dance Horizons 1977, p. 40. La citation a été traduite en français par nos soins.

17 Cf. W. BENJAMIN, trad.fr. L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproduction mécanisée dans Ecrits français, Pars Gallimard, 1991, pp. 154-155.

18 Cf. L.PIRANDELLO, On tourne, cité par L.PIERRE-QUINT, Signification du cinéma, dans«L'Art cinématographique» II, 1927, pp. 14-15).

19 Pour une étude plus approfondie de cette ancrage historique des créatures virtuelles dont le développement contemporain n'a pas surgi "ex nihilo", se reporter à RIEUSSET-LEMARIÉ, op. cit.

20 Cf. BENJAMIN, op. cit., p. 157.

21 Ibid., p. 2.

22 Cf. F. GAFFIOT, Dictionnaire illustré Latin-Français, Paris Hachette 1934, p. 1160 : "persona /.../ 1. masque de l'acteur /.../ 2. rôle, caractère, personnage [dans une pièce de théâtre]".

23 Le logiciel Avatar Studio est recommandé aux internautes du Deuxième Monde pour la création de leur avatar. Il est téléchargeable gratuitement sur la page d'accueil du Deuxième Monde (http://virtuel.cplus.fr/).

24 Cf. R.ABIRACHED, La crise du personnage dans le théâtre moderne, Paris Gallimard, coll. "tel", 1994, pp. 17, 30, 41: "La rhétorique latine, pour cerner les modalités particulières de l'action du personnage, a eu recours a trois mots qui témoignent ensemble, en images concrètes, de son appartenance à l'univers des signes et du paradoxe qui y est attaché : persona, character et typus./.../le mot _________signifiait à la fois le graveur d'un sceau ou d'une entaille, l'instrument de la gravure et la gravure elle-même : empreinte de monnaie, figure inscrite sur le bois ou sur le métal, effigie d'une personne. Le caractère, en son sens premier, est donc à considérer bien plus comme une trace distinctive que comme une constitution globale, et l'on se tromperait en débarassant tout à fait le personnage de théâtre de cette qualité étymologique, puisqu'il se présente à nous comme une somme de signifiants, dont le signifié est à construire par le spectateur /.../ ____V/.../ est passé de l'idée de marque (imprimée par un coup, laissée par des dents, gravée par un sceau) à celle de signes d'écriture, de statue, d'ombre vue sur un miroir et de représentation générale".

25 Cf. le Petit Littré, Paris Gallimard et Hachette 1959, p. 731 : "EMPLOI /.../ T. de théâtre. Rôle d'un même caractère".

26 Cf. Anatole France, cité in D.BABLET, E.G. Craig, Paris L'Arche, 1962,pp. 136-137.

27 CRAIG,op. cit., p. 55.

28 Ibid., pp. 54-55:" To speak of a Puppet with most men and women is to cause them to giggle. They think at once of the wires; they think of the stiff hands and the jerky movements; they tell me it is "a funny little doll". But let me tell them a few things about these Puppets. Let me again repeat that they are the descendants of a great and noble family of Images, Images which were made in the likeness of God".

29 Le désir d'utiliser les acteurs eux-mêmes comme des hiéroglyphes traverse les polémiques quant à l'adéquation de l'acteur à être traité comme tel. Sur cette question, se reporter à Cf. R. ABIRACHED, op. cit., pp. 181: "Ni Mallarmé ni Anatole France n'imaginent que l'acteur puisse se dépersonnaliser au point d'user de son corps comme simplement d'un signe, à l'instar de ce que peut faire le danseur ou de ce que le montreur obtient de sa poupée. Pour aller jusqu'au bout de leurs raisonnements, il faudrait traiter le comédien lui-même en marionnette ou en hiéroglyphe."

30 Cf. le site ALPHA BETA (http://www.dsuper.net/~persu/acceuil/presentation/htm): "AVATAR (juin 1997): L'oeuvre regroupe un ensemble de quatorze mots dont la voyelle "a" est alternée par des consonnes, des mots comme "avatar" ou "Canada". Ceux-ci sont épelés par la séquence animée des lettres. On peut aussi les lire dans la barre d'état, en bas de la fenêtre de votre navigateur. On passe d'un mot à l'autre à l'aide des flêches disposées autour de la lettre "a"."

31 Ibid., p. 1.

32 Cf. "AVATAR", Prologue (http://www.dsuper.net/~persu/Avatar/Prologue_f.htm)

33 cf. Flavia Sparacino, "DanceSpace":

(http://flavia.www.media.mit.edu/~flavia/DanceSpace.html) : "The graphics is generated by drawing two bezier curves to abstractly represent the dancer's body. The first curve is drawn through coordinates representing their left foot, head, and right foot. The second curve is drawn through coordinatesrepresenting their left hand, center of the body, and right hand. Small 3-D spheres are also drawn to map onto hands, feet, head and center of the body of the performer, both for a reference for the dancer and to accentuate the stylized representation of the body on the screen."

34 Pour une étude plus approfondie de la notion d'image actée, se reporter à J.-L. WEISSBERG, Présences à distance, Paris L'Harmattan 1999.

35 Le clip DanceSpace est téléchargeable à l'adresse:

http://flavia.www.media.mit.edu/sandyvideos/dance.mpg.

36 Cf. note 25.

37 F. FRONTISI-DUCROUX, Dédale mythologie de l'artisan en grèce ancienne, Maspero 1975, pp. 43-44.

38 Pour une étude plus approfondie de la filiation entre les"daidala" etles images en trois dimensions contemporaines ("marionnettes de synthèse", automates, avatars et "Humains Virtuels") se reporter à RIEUSSET-LEMARIÉ, op. cit., pp. 394-397.

39 Pour une étude plus approfondie des "daidala" se reporter à F. FRONTISI-DUCROUX, op. cit., p. 97-102: "les statues de Dédale sont presque exclusivement des xoana. Le terme technique /.../désigne à l'origine une image taillée dans le bois./.../Les statues de Dédale s'intègrent ainsi dans une série d'ouvrages dont Athéna et Héphaïstos sont les auteurs. On connaît les trépieds qui d'eux-mêmes - automatoi - se rendent à l'assemblée des dieux /.../Héphaïstos est /.../le créateur encore de Pandora, modelée dans la terre avec l'aide d'Athéna/.../. Pandora, couverte de daidala, nous avons pu l'identifier elle-même à un daidalon vivant. Comme elle, les servantes d'or sont l'œuvre de l'artisan divin, maître en daidala. Les trépieds automates sont munis d'anses daidalea. /.../ Les statues de Dédale, daidala par excellence, sont parfaitement à leur place dans cette série d'ouvrages".

40 Ibid., p. 98, 100, 101: "lorsqu'on ne fait pas de lui [Dédale] l'inventeur de la statue, on rapporte à son talent tous les progrès décisifs de l'art archaïque: yeux ouverts, jambes écartées, bras décollés du corps et tendus, rapporte Diodore./.../ L'impression de vie qui s'en dégage est telle qu'elles semblent regarder et marcher; elles sont comme des êtres vivants./.../Mais l'apparence de vie dépasse franchement le plan de l'imitation. /.../En fait, il s'agit d'une vie magique".

41 Ibid., pp. 89-91: "Les diverses sources attribuent à Dédale différents pères, qui tous sont athéniens. Ce sont: Métion/.../ou , plus fréquemment, Eupalamos /.../ ou encore Palamaon. /.../ Eupalamos désigne l'habileté manuelle. /.../Palamaon /.../ semble une variante du nom précédent/.../. Mais ces deux noms, Eupalamos et Palamaon, évoquent celui d'un autre personnage légendaire, totalement étranger à ce cycle, Palamède. Inventeur fécond, on lui devrait, paraît-il, certaines des lettres de l'alphabet".

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Isabelle Rieusset-Lemarié est professeur à l’Université Paris 1. Elle a notamment publié La société des clones à l'ère de la reproduction multimédia, Paris Actes Sud, 1999.

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).