archée
                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Yang Fudong – la quête et le sacrifice

Denyse Therrien

Seven Intellectuals

Seven intellectuals in bamboo forest, œuvre en cinq parties de l’artiste chinois Yang Fudong est difficile à cerner d’emblée. C’est une interprétation contemporaine d’une légende datant du IIIième siècle de notre ère. L’œuvre est chargée en symboles et en référents politiques dont la signification profonde peut facilement échapper au spectateur occidental qui n’est pas familier avec la culture chinoise.

La légende raconte que « sept érudits, penseurs, écrivains, poètes et musiciens, en rébellion contre la corruption du pouvoir, se retirèrent dans la nature pour élaborer par le dialogue, dans la plus pure tradition taoïste, un nouvel idéal social. » 1 Fudong revisite ce mythe légendaire en plaçant sept jeunes intellectuels dans la Chine d’aujourd’hui. On voit ainsi au début deux femmes et cinq hommes dialoguer sur les problèmes qui les accablent puis le dialogue cède au silence. La communication entre eux convergent et divergent par le regard et le geste.

Seven Intellectuals

Le film ne semble pas présenter d’intérêt au début pour un spectateur lambda. Tourné entre 2003 et 2007, l’ensemble des cinq parties a une durée de  4 h 48 minutes. La parole est congrue, sauf dans la seconde partie qui se déroule à Shangaï, avant que les jeunes intellectuels ne décident de faire l’expérience de la terre (3e partie) puis celle de la mer (4e partie) dans lesquelles seules seront proférées les onomatopées servant à faire avancer le bœuf dans la rizière et les pleurs d’une des deux femmes du groupe qui semble avoir subit des avances d’un de ses compagnons de route. Le mutisme des protagonistes laisse aux sons de la nature comme aux bruits de la ville une place et un rôle inégalés. Dans un tel contexte, où les bruits environnants couvrent le babil humain, le silence total pendant l’abattage d’un bœuf qui ouvre la 3ème partie surprend. On mesure, à la fin du film entier le poids de cette séquence silencieuse, où l’on n’entendra pas le râle de la bête sacrifiée.


Une esthétique de l’ascèse 

La quête 

Le sacrifice 

 

NOTE(S)

1 Catalogue du 28e FIFA, 2010, 132-133.

2 Le personnage de l’intellectuel le plus rêveur dont le verre gauche de ses lunettes se brise lors d’une chute, ces lunettes brisées qu’il continuera de porter rappelle le jeune homme aux lunettes brisées dans Potemkine. On remarque ainsi qu’il y a de nombreux plans qui sont inspirés par l’esthétique du cinéma russe des années vingt et trente.

3 « Tarkovsky on art », http://vimeo.com/2963155

4 Françoise Aubin, « Vincent Gossaert, L’interdit du bœuf en Chine. Agriculture, éthique et sacrifice » Archives de sciences sociales des religions, 138 (2007) – Varia, [En ligne], mis en ligne le 12 septembre 2007, URL : http://assr.revues.org/index6322.html. Consulté le 26 mars 2010.

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Denyse Therrien est docteure en sociologie et chercheure au sein de la Chaire du Canada en esthétique et poétique à l'UQAM. Elle est la coordonnatrice scientifique du Centre de recherche interuniversitaire d’études sur les arts, les lettres et les traditions (CELAT) à Montréal. Elle a été recherchiste intervieweur à Radio-Québec/Télé-Québec et a dirigé Perforations (revue de technique cinématographique de l’Office national du film du Canada). Elle participe régulièrement à des conférences et à des publications scientifiques, au Canada et à l’étranger. Elle est membre de CORHUM (Association internationale pour l’avancement des études sur le comique, le rire et l’humour). Elle a signé plusieurs documents télévisuels mais aussi des essais vidéographiques et scénarise présentement deux courts métrages.

 

haut de la page / retour à la page d'accueil /

 


 

Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).