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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Archisculptures. Technicité esthétique de l’immatériel

Éric Clémens

Un site archivé pour alpha, béta, gamma

L’impasse de la peinture contemporaine, condensée dans les mots « représentation » (comment éviter la redondance de la copie cadrée jusqu’à la reproduction de l’image et de l’information télématiques ?) et « musée » (comment échapper à la mort de l’art dans l’uniformisation des objets déposés dans des lieux autodésignés culturels ?), ravive la conviction que l’art aujourd’hui a besoin de reconquérir son rapport à notre monde. Donc en premier à l’espace et au temps…

Si ceux-ci ont été  longtemps des espaces et des temps « sacrés », donc séparés de la vie quotidienne et enfouis au fond des cavernes ou réservés dans des temples ou des églises, il sont devenus « profanes » avec la modernité bourgeoise qui les a simultanément privatisés, à l’intérieur des maisons. Le musée contemporain  semble avoir voulu restaurer à la fois le sacré et le public, mais n’avoir abouti qu’à leur dérision : celle d’un sacré profané commercialement et d’un public privatisé culturellement ! Au mieux, si l’on peut dire, les artistes sont devenus des illustrateurs ou des décorateurs. Il n’y a pas plusieurs façons pour sortir de l’impasse, il n’y en a qu’un seul : quitter la façon de poser la question. Ce qui suppose l’ouverture aux expériences et la déconstruction des conceptions.

La peinture des deux derniers siècles nous a ouvert à l’expérience de la couleur et du geste, lesquels ont renouvelés notre perception. Mais elle s’est perpétuée en tant que marchandise et elle est restée enfermée dans le tableau et/ou la salle d’exposition. Or, il me paraît que les expériences les plus éblouissantes jaillissent aujourd’hui de la reconquête de l’espace par les réalisations des ingénieurs-architectes. Paradoxalement, ce sont les nouveaux musées dans leur architecture, tel le Musée Guggenheim de Bilbao conçu par Frank O. Gehry, plus que les œuvres qu’ils contiennent, qui nous ravissent le plus immédiatement. Et il en va de même de certains ouvrages d’art, comme on les appelle à juste titre, tels la gare de Liège, conçue par Santiago Calatrava, le viaduc de Millau ou les  gratte-ciels enchevêtrés  de Chicago…

Un  jeu de lumière, de formes et de matières reconquiert ainsi l’espace comme le temps et nous découvre un nouveau monde pour la perception : jeu d’un parcours du voir et du corps, du temps de la distance et de l’espace du volume.

Et peut-être faut-il aller dans le sens que je crois entendre chez quelqu’un comme Cécile Massart : celui de quitter la référence à l’art, à sa spécificité ou sa séparation trop hantée par le sacré/secret ?…

Déchets et archives 

Triple crise 

 

NOTE(S)

Eric Clémens poursuit une double activité, de philosophie et de fiction, marquée par la passion des langages, artistiques comme littéraires.

Il a publié entre autres : côté philosophie, La fiction et l'apparaître (aux éditions Albin Michel, coll. Bibliothèque du Collège International de Philosophie, Paris, 1993) et Façons de voir (aux Presses Universitaires de Vincennes, coll. Esthétique/hors cadre, Paris, 1999) ; côté fiction, De r'tour (aux éditions TXT, Paris-Bruxelles, 1987) et une narration L'Anna (Montréal, 2003, éd. Le Quartanier).

Il a mené avec le peintre Claude Panier des entretiens parus sous le titre Prendre Corps (aux éditions Artgo, Bruxelles, 1992). Il a publié un choix des Écrits de Magritte avec une postface : Ceci n’est pas un Magritte, éditions Labor, coll. Espace Nord, Bruxelles, 1994. Il publie avec le peintre Joël Desbouiges un livre illustré Après Rembrandt, aux éditions Les Affinités, Paris, février 2007.

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).