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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Présentation du thème « le vivant et l’artificiel»

Norbert Hillaire

section cybertheorie

Selon le philosophe Georgio Agamben, « Les puissances traditionnelles – poésie, religion, philosophie – qui, tant dans la perspective hégélo-kojevienne que dans  celle de Heidegger, tenaient en éveil le destin politique des peuples, ont été depuis longtemps transformées en spectacles culturels et en expériences privées, et ont perdu toute efficacité historique. Devant cette éclipse, la seule tâche qui semble encore conserver encore un peu de sérieux est la prise en charge et la « gestion intégrale » de la vie biologique, c'est-à-dire de l’animalité même de l’homme. Génome, économie globale, idéologie humanitaire sont les trois faces solidaires de ce processus où l’humanité post-historique semble assumer sa physiologie même comme un ultime et impolitique mandat. »

Au regard de ce constat et de l’exigence qui en découle, force est de constater que l’université a un grand rôle à jouer. Et c’est là le sens de ce deuxième volet issu du cycle de conférences « le vivant et l’artificiel», que d’y contribuer.

Un questionnement au service d’un renouvellement complet des « humanités ». 

Le thème du vivant et de l’artificiel, est un enjeu considérable sur lequel l’université travaille, mais qui en appelle plus que d’autres à un croisement des sciences dures et des sciences humaines, au service d’un renouvellement complet des « humanités », au profit de ce que l’on pourrait appeler de « nouvelles humanités », fondées entre autres sur la conscience que les sources du savoir sont désormais multiples, que la technique est devenue un enjeu incontournable, et que l’ouverture de l’université et du philosophe sur la cité est (re) devenu une exigence primordiale  . 

Parmi les très nombreuses questions qui se posent, j’en isolerais quelques unes, dont certaines sont au centre de ces publications :  

- Le paradigme de la transmission ; la transmission est une affaire indissolublement technique et culturelle. Qu’en est-il de cette question à l’heure où le modèle « biologique », et « viral » de la transmission tend à s’imposer dans la régulation dérégulée des effets de mode, des systèmes techniques de communication en réseau, des usages nouveaux, comme un paradigme dominant ?

- Qu’en est-il du moi, de l’ipséité comme disent les philosophes, à l’heure d’un humain continûment assisté, prophétique et orthétique, dont le corps devient un hybride d’organes vivants et artificiels.

- Qu’en est-il de l’œuvre d’art, à l’heure où l’artificialisation du monde menace l’œuvre d’art sur son propre terrain ? L’art doit-il être repensé dans la perspective d’une forme ou un système symbolique parmi d’autres où y a-t-il une spécificité de l’œuvre d’art, et laquelle ? Que peut l’art encore dans une société qui se fait à elle-même son propre cinéma de la fusion du vivant et de l’artificiel ?

- Qu’en est-t-il de la polis et du politique au stade de la gestion biologique de l’espèce ? Et de l’extension sans précédent des modalités du contrôle et de la domestication des êtres humains par eux-mêmes.

- Qu’en est-t-il de ce que certains appellent une nécessaire écologie de l’esprit à l’heure des sociétés hypertléliques (l’hypertélie est définie en biologie comme le surdéveloppement d’une fonction dans un organisme qui nuit au bon fonctionnement de celui-ci, et cette notion a été reprise par Simondon pour être appliquée aux objets techniques, dont le surcroît de fonctionnalités vient parfois, comme dans le mobile, nuire à l’adéquation fonctionnelle de l’objet à son utilisateur), et de la saturation cognitive qui en résulte.

- Que nous promettent pour mieux comprendre le vivant,  les formidables extensions perceptuelles qui se profilent à l’horizon de la technologie et quels usages culturels en résultent ?

Ces questions ne sont pas des questions de philosophe, ou alors des questions de philosophe citoyen, de philosophe engagé dans les affaires de la cité.

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Norbert Hillaire

Norbert Hillaire est théoricien de l'art, professeur des universités, co-directeur du laboratoire I3M. Il est également directeur du département des sciences de la communication  et directeur du master II professionnel « ingénierie de la création multimédia et direction artistique de projets » à l'Université de Nice Sophia-Antipolis. Norbert Hillaire a été, dans les années 1980 / 90, l’un des initiateurs en France de la réflexion critique et prospective sur les problèmes posés par l’essor des technologies et des réseaux numériques dans l’art et la culture. Comme critique d’art, théoricien spécialisé et responsable de missions dans les domaines nouvelles technologies, l’art et l’environnement, il a dirigé plusieurs numéros spéciaux de la revue Art Press sur ces thèmes ainsi que plusieurs missions d’étude (DAP, Centre Pompidou, Datar, etc.).

Dernières publications :

Œuvre et Lieu (en collaboration avec Anne-Marie Charbonneaux), Flammarion, 2002

L'art numérique (en collaboration avec Edmond Couchot), Flammarion, collection Champs, 2003

L'expérience esthétique des lieux, l’Harmattan, 2008 

L'artiste et l'entrepreneur, ouvrage collectif, cité internationale du design, 2008

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).