archée
                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Azimuth, installation interactive et comportementale

Frédéric Alemany

section cybertheorie

Brigitte Mathis, à convoqué Frédéric Alemany, concepteur de ce dispositif interactif, à participer au cycle de conférences « le vivant et l’artificiel » (2008 MAMAC Nice France) consacré aux enjeux de l’art et de l’esthétique dans le contexte du développement des biotechnologies. Elle nous livre une synthèse de l’intervention de Frédéric Alemany, de sa présentation de l’installation Azimuth 1 et des réflexions engagées par l’artiste dans cette création mobilisant la captation du vivant par la technologie.

Les réflexions sur lesquelles repose l’invention de nouvelles formes de participation du public dans la création artistique sont alimentées par le postulat de René Girard sur le rôle du désir mimétique et de la victime émissaire évoqués notamment dans « la violence et le sacré ». Ces réflexions constituent l’enjeu de la création artistique et culturelle contemporaine. Il ne s'agit par d'illustrer la thèse, mais d'élaborer de nouveaux modèles relationnels qui échappent à la logique du désir, de la rivalité et du sacrifice comme résolution de la crise mimétique. Dans la mise à jour de ce mécanisme cyclique, la science de l'homme et de la culture trouve un principe simple et terrible. La violence est fondatrice des sociétés. Comment se soustraire à ce mécanisme archaïque et comment élaborer de nouveaux modes de mise en relations, de mise en interactivité des groupes sociaux ? S'y soustraire pour que les collectivités n'aient plus de recours à la violence sacrificielle pour reconstituer les identités sociales. Elaborer de nouveaux modèles culturels pour maintenir un être social et collectif en cohésion.

La création artistique participe à cette réflexion et c'est dans ce champ qu'elle invente de nouveaux rituels.

1/ La participation du public : Echapper à la représentation spectaculaire du drame théâtrale.

2/ L'interaction public-acteur : Travailler sur un espace commun.

3/ La danse comme forme de mimesis corporel et de pratique collective : induire de nouveaux comportements.

L’installation Azimuth met en jeu des corps dans un espace de sensibilité réduit, corps du public et corps des acteurs. Cet espace est sensible au mouvement des corps, à la vitesse de leur déplacement, aux distances et aux contacts éventuels entre les personnes. Il place la personne au centre du rituel revenant à des formes archaïques de participation culturelle et au déplacement de la notion de spectacle cathartique. Il engage au fond le retour par le biais de la nouvelle technologie d’un rituel débarrassé du sacrifice et de la violence unanime et annonce le temps de nouveaux schémas de communications et d’interactions sociales re-fondatrices de la culture.

Une installation interactive multimédia. 

L’installation permet au public d’agir sur un environnement graphique et sonore par son déplacement dans l'espace et par les contacts éventuels entre les personnes. Cette transformation dépend du nombre de personnes présentes, de la vitesse des déplacements et de la qualité des relations mises en jeu dans l’espace sensible. La composition graphique est produite par la modification d’un flux de particules attirées par le centre de gravité de chaque corps et qui s’organisent en fonction des liens qui se créent entre les personnes. La production sonore est très intimement liée aux frottements des corps avec cet environnement. C’est la relation entre les corps qui construit ultérieurement la temporalité musicale.

L’art vivant. 

Azimuth

Le groupe artistique peut constituer un modèle de réflexion sociale, échange entre les individus, écoute et connaissance réciproques, c’est à travers le jeu des corps, la comédie ou le drame, la danse ou le théâtre et plus globalement à travers le rituel que des modèles relationnels s’élaborent. Mimesis du mouvement, écoute musicale, les membres d’un même groupe au moment de la représentation vivent une expérience relationnelle fondée sur l’écoute de l’autre. L’art vivant définit une forme d’esthétique sociale.

A contrario, l’anonymat dans la masse, l’indifférenciation, l’absence de considération de la présence de l’autre dans les espaces urbains produisent de la violence et la perte du sens. L’absence de considération de l’autre produit du bruit et de la fureur qui mène à l’expulsion radicale, à la guerre et au rejet.

La composition chorégraphique : la danse contact. 

Azimuth

La performance met en situation un duo dont la chorégraphie est construite de façon à générer une composition poétique et signifiante qui explore l’ensemble des possibilités de l’œuvre numérique. Il s'agit alors de placer le public et les danseurs dans un espace commun et de pousser l’intensité des relations entre les protagonistes.

L’espace d’interactivité est accessible à tous les publics sans préparation préalable et sans équipement spécifique. La composition chorégraphique est d'abord présente pour mettre en situation le dispositif et le pousser plus loin que celle entamée par le public au hasard du jeu.

Les danseurs auront eu le loisir de jouer et de répéter des séquences de déplacement qui produiront des sonorités et des images surprenantes. C'est d'abord dans le but de produire une musique et une projection visuelle esthétiquement valorisante que la chorégraphie doit s'élaborer par les danseurs. Elle doit aussi au départ créer une situation d'invisibilité du danseur dans le public. Les rencontres doivent se produire dans une gestuelle simple et quotidienne et laisser la place au public d'expérimenter lui même le dispositif en retour.

Ensuite la chorégraphie prendra le dessus sur sa représentation, de la même façon que la composition sonore se consolidera et que la composition graphique trouvera sa propre logique de mouvement. Le dispositif d'interaction va peu à peu céder à une forme traditionnelle de représentations et de compositions. 

La conception technique : 

Captation des déplacements corporels

Azimuth

Le dispositif permet dans un espace donné, 6 X 4 mètres, d'identifier et de repérer le déplacement de chaque personne présente, public et acteur. Une caméra vidéo infrarouge située au-dessus de l’espace sensible fournit, après l’analyse et la reconnaissance de formes, la position à tout instant de toutes les personnes entrant dans cet espace. Le programme informatique génère en fonction de ces informations une image projetée et un son amplifié.

L’analyse de l’image : Le logiciel Eyesweb

Eyesweb permet d’analyser l’image et de reconnaître les mouvements du corps. Il différencie dans un premier temps, les personnes en mouvement et le fond. Il isole ensuite chaque personne, puis extrait et interprète le mouvement de chaque corps. Centre de gravité, positions des mains, quantité de mouvement et surface du corps sont extraits pour chaque personne présente dans l’image. Huit personnes peuvent ainsi êtretrackées et reconnues.

Génération graphique : Le logiciel libre Pure Data

Pure data reçoit par OSC les informations de chaque corps dans l’espace et pilote la programmation musicale et graphique. Pmpd permet de généraliser les forces d’attractions que produisent les corps sur l’ensemble des 400 objets modélisés en mouvement. L’environnement est constitué de particules se déployant dans l’espace selon des paramètres de gravitations programmés. L’arrivée d’un corps dans la zone de sensibilité modifie le milieu dans lequel il pénètre et va générer des phénomènes d’attraction, de répulsion ou tout simplement de changement de force qui vont engendrer des formes nouvelles de liaisons. Il en résulte une complexification croissante des formes et des mouvements qui engendrent une multiplicité quasi infinie des scénarios possibles.

Le logiciel Eyesweb

Génération musicale : La synthèse avec Reason

Pure data transmet les informations midi à un logiciel de synthèse externe, Reason qui permet de modifier en temps réel la forme de chacun de ces sons. Nous synthétisons la structure interne des sons en fonction des mouvements du corps et ceci de façon distincte pour chaque corps. Les variations de tableaux sonores sont produites par le nombre de personnes présentes dans l’espace et suivent les différents sentiments provoqués par la situation, solitude, désir amoureux, jalousie, rivalité, indifférence, conflit. Enfin la narration musicale aboutit au bruit et au déchaînement de la violence lorsque l’espace sensible est saturé par un trop grand nombre d’individus ou encore transforme l’espace en « dancing-floor » interactif.

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Après des études universitaires en philosophie, Frédéric Alemany découvre la logique numérique et la programmation informatique. Il renonce à ce travail après la guerre du golfe et un projet d’étude d’un décodeur de fax pour la police nationale. Il préfère visiblement les interfaces MIDI et les correspondances entre sons et couleurs. Le RMI lui apporte la liberté de se consacrer à la danse et au théâtre pour aboutir dans la création artistique et le théâtre de rue. Un itinéraire jalonné d’ouverture de lieux alternatifs, d’actions de rue, de créations éphémères qui le mène à croiser des pratiques multiples et à toujours revenir à son centre d’équilibre qui est la création artistique.

Il est, ou a été tour à tour, comédien et danseur : performeur théâtral, comédien de rue, comédien de théâtre, comédien danseur, danseur en rue, mais aussi metteur en scène de théâtre, chanteur et auteur du groupe Afrobaletti, fondateur et musicien de la fanfare des Diables Bleus et fondateur et directeur artistique de « Div@ production, production artistique du spectacle vivant, depuis 1994, de la « Cie Ram-Dam » théâtre de rue, du Collectif des Diables Bleus, lieu de création artistique alternatif (1999/2005), de l’Entre-Pont, lieu de création spectacle vivant et nouvelles technologies (depuis 2005).

 

SITE(S) CONNEXE(S)

Vidéos de l’intervention de Frédéric Alemany et interview complémentaire visibles sur le site « le vivant et l’artificiel ».

Azimuth /Conception / Programmation graphique et musicale : Frédéric Alemany

Consultants / Image : Philippe Maurin /Musique : Bernard Alemany / Performeur : Nathalie Cannatella

Le Hublot, centre de création multimédia, 16 rue de Roquebillière 06300 NICE OO 444 93 31 33 72 / 00 446 16 60 03 48

 

ARTICLES COMPLÉMENTAIRES

Robin Meier - 10/2008 Fish, installation pour poissons vivants et ordinateurs : l'interaction et l'apprentissage entre le vivant et l'artificiel.

Józef Bury - 10/2008 La culture cybernétique et les démarches expérimentales dans l'art des pays de l'Est. L'exemple de la Pologne

Pascal Barbry - 10/2008 Génomique et transcriptomique, une histoire en train de s’écrire.

Marcin Sobieszczanski - 10/2008 Humain, transhumain ! Banalisation du dépassement de l'espèce humaine

Norbert Hillaire - 10/2008 Présentation du thème « le vivant et l’artificiel»

Paul Antoine Miquel - 10/2008 La rationalité aux limites et les limites de la rationalité : la question de l’intégrité et de l’existence de l’espèce humaine.*

Jens Hauser - 06/2008 Art biotechnique : Entre métaphore et métonymie

Daniel Aberdam - 06/2008 Cellules souches embryonnaires humaines : entre modèle du développement embryonnaire et potentiel en thérapie cellulaire. Espoirs, limites et éthique.

Brigitte Mathis et Marcin Sobieszczanski - 06/2008 Présentation du thème « le vivant et l’artificiel »

Anne de Brugerolle - 06/2008 SkinEthic, reconstruction cellulaire et bio ingénierie tissulaire

Mathilde Tassel - 06/2008 « sk-interfaces », « la peau comme interface »

 

haut de la page / retour à la page d'accueil /

 


 

Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).