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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


L'effet de présence. De l’immédiateté de la représentation dans le cyberespace

Bertrand Gervais

À quoi reconnaît-on l’efficacité d’une représentation?

La réponse est connue depuis l’Antiquité : c’est à sa capacité de rendre présent ce qui ne l’est pas et d’assurer l’illusion d’une présence. Une représentation n’est efficace que si elle parvient à convaincre le sujet qui en interprète les signes – lecteur, spectateur ou témoin –, que quelque chose a commencé à apparaître et que cette présence ne lui doit rien, marquée par un certain dynamisme, par une relative autonomie et par une densité dont l’effet premier est l’impression d’une grande permanence.

Évidemment, l’efficacité d’une représentation dépend des dispositifs en jeu. Cependant, elle ne dépend pas tant de leur complexité, de leur puissance ou de leur nouveauté que des pratiques qu’ils permettent de développer et des conventions qui se sont déployées à leur usage. Ainsi les procédés littéraires, dramatiques ou cinématographiques tirent leur efficacité générale des horizons d’attente de leurs lecteurs et spectateurs. Leur pérennité est garante de leur pouvoir, puisque leurs effets dépendent d’habitudes déjà établies que des stratégies nouvelles viennent surdéterminer ou, encore, déjouer.

Trop souvent par contre, on confond l’efficacité des dispositifs et leur complexité ou nouveauté. L‘argument apparaît de façon récurrente dans le discours sur les nouveaux médias et, plus précisément, sur les médias électroniques. Il est vrai que le numérique, dans sa capacité à traiter avec un seul langage, d’origine binaire, des signes de nature diverse, qu’ils soient linguistiques, visuels ou musicaux, a une puissance qui fait rêver. Et on se met à imaginer des représentations d’une incroyable efficacité qui sauront écraser l’espace entre le sujet et l’objet représenté et assurer, par conséquent, une illusion de présence hors de tout contexte. On rêve de représentations qui assureront l’adéquation souhaite entre présence, immédiateté, singularité et interactivité. En fait, l’utopie d’une représentation idéale est celle où ces quatre données sont en synchronie, où elles se répondent et s’alimentent mutuellement, assurant une expérience quasi-transcendante. C’est le mythe de la présence.

Le mythe de la présence 

Anatomie d’une présence 

Adam’s Cam 

Adam’s Scam 

Incident.net 

La part du corps 

 

NOTE(S)

1 Jay David Bolter et Diane Gromala, Windows and Mirrors. Interaction Design, Digital Art, and the Myth of Transparency, Cambridge, the MIT Press, 2003, p. 5.

2 Ibid., p. 48 et passim.

3 Richard Powers, « Being and Seeming. The Technology of Representation », Context. A Forum for Literary Arts and Culture, no 3, www.centerforbookculture.org/context/no3/powers.html, page consultée le 19 mai 2006.

4 Vincent Mosco The Digital Sublime,Cambridge, The MIT Press, 2004, p. 28.

5 L’œuvre est disponible sur incident.net; de même que sur adamscam.net.

6 Georges Didi-Huberman, Phasmes. Essais sur l’apparition, Paris, Minuit, 1998, p. 57.

7 Ibid.

8 Bolter et Gromala, Windows and Mirrors, op. cit., p. 48.

9 La distinction est développée dans Samuel Archibald et Bertrand Gervais, « Le récit en jeu. Narrativité et interactivité », Protée, vol 34, n°2-3.

10 Mircea Eliade, Aspects du mythe, Paris, Gallimard, 1963.

11 Jean Baudrillard, Simulacres et Simulation, Paris, Galilée, 1981. p. 11.

12 On aurait pu aussi donner comme exemple certains effets de colorisation de l’image, dont la robe rouge dans le film Schindler’s List de Steven Spielberg (1993), film tourné évidemment en noir et blanc.

13 Un projet comme le Fictive Net Porn joue sur cet attrait du pornographique. Sur la page d’accueil de cette œuvre hypermédiatique collective, qui parodie le style racoleur des sites pornos, des statistiques du U.S. News and World Report, de mars 2000, sont citées qui précisent qu’en janvier 2000, 17, 5 millions d’internautes avaient visité des sites pornos depuis leur domicile, et que la firme Datamonitor estimait les dépenses liées à l’accès à ces sites à 3 milliards de dollars américains, en 2003. Nul doute que cette somme a été atteinte. Fictive Net Porn, page consultée le 13 novembre 2006)

14 C’est un collectif regroupant Vadim Bernard, Gregory Chatonsky, Marika Dermineur, Reynald Drouhin, KRN, Julie Morel et Michael Sellam. Incident.net offre des dossiers, des œuvres hypermédiatiques, de la vidéo, de l’audio, etc.

15 Joanne Lalonde, «  Le cabinet web de curiosités », Archée. Cybermensuel, juin 2004, (page consultée le 11 mai 2006).

16 Citation de Reynald Drouhin, tirée de la présentation de son œuvre Mise à nu, dans la section « Lisez-moi! » (page consultée le 13 novmbre 2006).

17 William H. Gass. On Being Blue, Boston, David R. Godine, 1978, p. 25 et passim.

18 Jean-Jacques Courtine, « Introduction », Histoire du corps. 3. Les mutations du regard. Le XXe siècle, Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello, éds., éditions du Seuil, janvier 2006, p. 9-10.

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Adam’s Cam, http://www.adamscam.net/

ARCHIBALD, Samuel et Bertrand Gervais, « Le récit en jeu. Narrativité et interactivité », Protée, vol 34, n°2-3 (2006).

BAUDRILLARD, Jean. Simulacres et Simulation, Paris, Galilée, 1981.

BOLTER, Jay David et Diane Gromala. Windows and Mirrors. Interaction Design, Digital Art, and the Myth of Transparency, Cambridge, the MIT Press, 2003.

COURTINE, Jean-Jacques. « Introduction », Histoire du corps. 3. Les mutations du regard. Le XXe siècle, Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello, éds., éditions du Seuil, janvier 2006.

DIDI-HUBERMAN, Georges. Phasmes. Essais sur l’apparition, Paris, Minuit, 1998.

ELIADE, Mircea. Aspects du mythe, Paris, Gallimard, 1963.

Fictive Net Porn, http://www.fictive.net/FNPorntext/fnporntext.html

GASS, William H. On Being Blue, Boston, David R. Godine, 1978

Incident.net, http://www.incident.net/

LALONDE, Joanne. «  Le cabinet web de curiosités », (juin 2004) Archée. Cybermensuel, section cyberthéorie (page consultée le 11 mai 2006).

MOSCO, Vincent. The Digital Sublime,Cambridge, The MIT Press, 2004.

POWERS, Richard. « Being and Seeming. The Technology of Representation », Context. A Forum for Literary Arts and Culture, no 3, (page consultée le 19 mai 2006), [En ligne] adresse électronique : http://www.centerforbookculture.org/context/no3/powers.html

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).