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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Les « espaces liquides » du collectif bruxellois LAB[au]

Jean-Philippe Uzel

Liquid Space

Créé en 1997, le collectif bruxellois LA[bau] réunit des architectes et concepteurs multimédia autour de la mise en forme spatiale de l’information. A l’instar des artistes du Bauhaus qui ont mené de front réflexions théoriques et expérimentations artistiques pour mettre au jour une nouvelle esthétique adaptée à la société industrielle (le design), les membres de LAB[au] élaborent un « metadesign » qui accompagne la révolution hypermédiatique. Les membres du collectif partent en effet du principe qu’à l’ère de la globalisation du réseau et de l’intégration des technologies numériques « l'architecture ne concerne plus la conception de bâtiments mais la structuration de l'information. » Le metadesign n’est autre que cette architecture de l’information qui prend chez LAB[au] des formes aussi différentes que la conception de projets urbanistiques et scénographiques interactifs, le design d’interfaces ou encore le développements de visualisations 2D ou 3D. Toutefois, l’ambition de LAB[au] est tout autant pratique que théorique puisque les membres du collectif cherchent à produire des nouvelles formes de spatialisation de l’univers hypermédiatique tout en développant une réflexion qui permette d’en comprendre les évolutions technologiques et leurs conséquences sur nos modes de perception et de cognition. Ceci explique que dans tous les projets de LAB[au] le texte est étroitement imbriqué à l’image et au son pour ne former qu’un seul et même environnement sonore et visuel. Un des projets les plus caractéristiques de la démarche de LAB[au] est l’installation Liquid Space, dont les trois premières versions (Liquid Space 01+02+03) ont été présentées aux anciens Abattoirs de Mons (Province du Hainaut, Belgique) d’avril à juin 2006, en prologue au festival City Sonics consacré aux arts sonores. Les premières versions de Liquid Space sont le résultat d’ateliers de « collaboration artistique » qui ont été réalisés à Séoul (2003), Bruxelles (2004) et Amsterdam (2005). Chaque atelier qui dure plusieurs semaines rassemble des architectes, des artistes en art visuel et en art médiatique, des designers graphiques, des programmeurs… autour d’un thème en lien avec la structuration de l’espace hypermédiatique — le quatrième atelier qui aura lieu à Rotterdam en septembre 2006 est, par exemple, consacré au thème « Co/ordinate space ». À l’instar des formes collectives de travail instaurées par le Bauhaus, qui reste l’une des principales références du collectif dont le nom même est un hommage à l’école fondée par Walter Gropius, chaque version de Liquid Space est le résultat des échanges théoriques et artistiques qui ont lieu au cours de ces ateliers. L’exposition de Mons offrait une intéressante synthèse de l’ensemble de ces travaux. Elle rassemblait six tables interactives disposées à l’intérieur d’un environnement écranique. Chaque station proposait des formes de metadesign conçues par les artistes au cours des trois premiers laboratoires. Différentes interfaces (joysticks, écrans, microphones, casques d'écoute…) permettaient au spectateur de se couler dans cet « espace liquide » fait d’environnements 3D, de sons, de vidéos et d’informations textuelles. L’exposition des Anciens Abattoirs mettait également en évidence le fait que les recherches de LAB[au] sur la structuration de l’espace informationnel participent de plain-pied à la reconfiguration de l’expérience sensible à l’ère de l’hypermédia. En effet, ce travail collectif fait de réflexions, de recherches techniques et d’expérimentations esthétiques participe plus qu’aucun autre à ce que le philosophe français Jacques Rancière appelle « l’intelligence des transformations de l’art et de ses rapports avec les autres sphères de l’expérience collective ».

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).