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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Les hypermédias cartographiques

David Bihanic

section cybertheorie

Les premiers environnements non-linéaires, conçus au milieu des années soixante, ont très tôt tenté d’adapter certains procédés de repérage en vue de réguler la charge mentale mobilisée durant les opérations de traitement de l’information. Plus tard, d’autres techniques ont permis notamment d’identifier l’état des liens ou encore de positionner des marqueurs à plusieurs endroits stratégiques. Cependant, cela ne permit pas de résoudre efficacement certains problèmes persistants liés à ce qu’il convient d’appeler une désorientation cognitive. C’est pourquoi on voit apparaître de plus en plus massivement certains travaux de recherche s’intéressant aux représentations graphiques ou encore linguistiques qui calquent le réseau des liens d'informations, sous forme de hiérarchie, d'arbre ou encore d'association. Ces dispositifs d'orientation, de synthèse de l'information offrent de nouveaux modes d’exploration. Ils structurent l’information suivant un principe de positionnement grapho-spatial devant fournir une visualisation respectant les correspondances des données entre elles. Le terme « mapping », initié par G. Roman en 1993, définit alors « une transformation d’un programme en représentation graphique ». Plus tard Jerding et Stasko démontreront l’intérêt de l’animation dans la description visuelle des fonctions opératrices.

Ces expérimentations d’ordre formel et également fonctionnel laissent entrevoir à plus long terme d’importantes modifications du point de vue des processus de diffusion, de traitement et enfin de production de l’information spatialisée. Elles sollicitent activement l’ensemble des mécanismes régissant notre compréhension spatio-temporelle en faisant apparaître de nouveaux comportements navigationnels au travers de situations d’interactivité, de parcours totalement originales. Il est indéniable qu’elles constituent une alternative efficace notamment aux interfaces de manipulation trop complexes comme celles qui utilisent des techniques de représentations multi-vues basées sur la superposition dynamique d’images. Ces hypermédias qu’il convient d’appeler ici hypermédias cartographiques ont comme principal objectif de proposer des représentations interactives qui soient entièrement destinées à favoriser l’appropriation des savoirs par l’utilisateur. Ils interrogent les propriétés d’une éventuelle iconicité dynamique cognitive supposant une plus grande contribution de la mémoire visuelle iconique, spatiale et également celle de la mémoire du geste en vue d’inaugurer une nouvelle phénoménologie de l’image.

2. L’exploration cartographique interactive 

Les hypermédias cartographiques offrent la possibilité de localiser des objets visibles dans l'espace. Ils favorisent ainsi l’analyse des couches d’information et des données et permettent de prédire des résultats, de planifier des stratégies en vue de prendre des décisions éclairées. Ces environnements s’attachent donc à définir une véritable communication cartographique qui soit adaptée aux fonctions cognitives et d’appui à la prise de décision. Pour cela, ils déterminent le niveau de pertinence des données qui seront localisées en vue d’éviter toute surcharge cognitive et également de favoriser une certaine adaptabilité de l’information aux besoins de l’utilisateur.

Ce type d’hypermédia envisage donc les potentialités offertes par le réseau à la visualisation cartographique en vue d’améliorer le traitement et l’analyse de l’information. Par ailleurs, il démontre l’intérêt de visualiser un ensemble très large d'items pour accéder à l'un ou l'autre le plus rapidement possible et également de proposer, dans certains cas, des représentations adaptables aux besoins des différents utilisateurs dans l’objectif d’améliorer la compréhension du fonctionnement des processus spatiaux. L’enjeu majeur est donc de définir un concept de représentation graphique performant capable de traduire les nombreuses relations d’appartenance de diverses informations à priori hétérogènes en multipliant la puissance de la communication visuelle de données.

2.1 Les métamoteurs 

Fig1. Kartoo  est un métamoteur représentant
les liens sémantiques entre les sites récoltés.

De nombreux métamoteurs à l’étude utilisent aujourd’hui la technologie « Flash » afin de bénéficier d’une présentation dynamique. L’un des exemples les plus célèbres est sans aucun doute « Kartoo » [Kartoo, 2001]. Il convoque une organisation perceptuellement riche situant le contexte informationnel au travers d’un réseau de relations complexes. On y retrouve des boules de couleur dont le diamètre varie suivant la pertinence de l’hôte représenté. L’utilisateur peut alors choisir de visualiser les informations les plus pertinentes qui ont été retenues ou bien encore d’affiner plus en profondeur sa requête. Ce système exploite la recherche avancée, ce qui le rend très performant. Il possède également plusieurs atouts comme celui de permettre une vue globale des pages et de leurs relations grâce à des termes de recherche. Par ailleurs, il se base, à l’instar de « google », sur certains travaux en scientométrie de Price et Garfield visant à considérer qu’une citation est une indication suffisante en vue de garantir la qualité d’un article. Ainsi, une page "cible" devrait donc refermer une information nécessairement utile.

Certains s’accordent à penser que ce type de modélisation formelle de l'information et de la correspondance empruntant certaines associations métaphoriques ou encore métonymiques vise à encourager la projection et l'imaginaire individuel. Il ne fait que complexifier la charge de travail de l’utilisateur et n’offre à aucun moment de véritables techniques de sélection de l’information pertinente pouvant prétendre à améliorer la prise de décision. A ceux-ci, il convient de répondre que le concept d’hypermédia cartographique appliqué ici à la fouille de données facilite tout d’abord le traitement d’une relativement grande quantité d’informations au travers d’une visualisation et d’une interaction conviviale et performante. Il sollicite, par conséquent, activement les capacités psycho-perceptives de l’utilisateur en induisant une perception, une compréhension ou encore une interprétation spatiale du contexte graphique de recherche. La notion d’un déplacement, d'une déambulation au cœur du contexte informationnel constitue alors les fondements d’une entreprise plus vaste visant à interroger notre propre représentation mentale des connaissances. Ces environnements entretiennent donc une analogie significative à l’organisation mentale de l’utilisateur en vue d’améliorer ses capacités d’analyse et de traitement. Analogie et spatialisation deviennent dès lors étroitement liées, laissant apparaître de véritables représentations métaphoriques donnant raison aux théories de Lakoff et Johnson sur la détermination de notre expérience perceptivo-motrice.

D’autre métachercheurs, comme « Mapstan search » [Mapstan Search, 2001], développent des dispositifs de synthèse visuels au sein desquels chaque page référencée est regroupée par site. Ils parviennent ainsi admirablement à articuler les résultats ainsi que les liens de proximité envisagés et également à éviter d’innombrables multiplications des requêtes en vue d’accéder plus rapidement à l’information recherchée. Dans le cas de « Mapstan search», une technologie de cartographie personnalisée a été mise au point dénommée « Web Positioning System™ (WPS) ». Elle permet notamment d’associer la sélection à d’autres recherches similaires menées par l’ensemble de la communauté de « mayeticVillage »*. Il en résulte alors une nouvelle forme de travail collaboratif en matière de recherche d’information.

Ce système, très similaire à celui de « Kartoo », obéit également à certains critères ergonomiques assurant la cohérence des moyens de locomotion ainsi qu’une certaine souplesse de l’interaction. Le mode de visualisation satisfait ainsi le même souci d’observabilité de l’espace de recherche. Il convient donc d’assister l’utilisateur face à une importante quantité d’informations en améliorant, en premier lieu, l’utilisabilité du système. La notion de Non-préemption chère à Joëlle Coutaz et Laurence Nigay, au sens d’une absence de « contraintes dans la trajectoire interactionnelle », s’impose ici comme un avantage majeur. L’utilisateur peut alors obtenir plus efficacement l’information recherchée sans risquer de se perdre au travers d’une métrique trop longue.

Fig2. « Mapstan Search » est un métamoteur
offrant une recherche d’information enrichie
par capitalisation.

Ces différentes expérimentations souhaitent démontrer la prééminence de la représentation d’une structure générale des données dans le cas prioritairement de la recherche d’information car cette tâche implique nécessairement une vue d’ensemble ainsi qu’une analyse sémantique des associations ou encore des relations entre les différentes entités représentées. Pour cela, ellles se fondent sur plusieurs théories rapportées notamment par Kulhavy, Schawarz et Sahha démontrant que la configuration réticulaire d’une carte facilite considérablement la compréhension. Le repérage visuel y est plus efficace et la mémorisation devient tributaire de la proéminence des objets. D’autre part, Elles s’appuient également sur les théories de Rossano et de Morrisson en développant un cheminement d’apprentissage stratégique guidé par la structure de la carte.

Sur le plan de la recherche documentaire, ce type de méta-moteurs offre des solutions tout aussi satisfaisantes, pour le moment, que les cartes auto-organisantes qui classent automatiquement des documents liés entre eux ou que toutes autres méthodes de "clustering" uniquement basées sur un algorithme. Il améliore considérablement le taux de rappel au travers de la reformulation de la requête de recherche par l’emploi de traitements lexicaux, d’un dictionnaire de synonymes, voire de traitements linguistiques. A ce propos, il faut rappeler l’excellente initiative d’Altavista en implémentant une fonction « Refine » couplée à une interface graphique, appelée Graph, permettant de trier rapidement les réponses obtenues lors d'une requête en proposant d’autres mots-clés en rapport avec l'interrogation de départ.

Cependant, il semble néanmoins que les réseaux classificateurs neuro-mimétiques non supervisés représentent l’avenir de la cartographie informationnelle pour la recherche et l’exploration. Ils offrent non seulement la possibilité de faire émerger des classes sans avoir à formuler de critères mais en plus ils détectent les similitudes entre classes. Parmi les modèles les plus répandus, on retrouve ART, Néo-cognitron, SOM — SOM ("Self Organising maps"), souvent appelés « réseaux de Kohonen » permet de rapprocher les objets les plus semblables sur la carte offrant ainsi une visualisation claire des regroupements. L’utilisateur peut alors infléchir sur la géométrie du réseau en manipulant, comme pour une structure élastique, les données représentées.

2.2 Les sites d’informations 

Fig3. « Webmap » est un site d’information
réunissant plus de 2 millions de liens URL.

Dans le cas du projet « Webmap » [Webmap, 2001], L’hypermédia devient un espace d’information organisé au travers d’une représentation topologique 2D multi-niveaux à forte teneur interactive. L’utilisateur peut alors "zoomer" sur le secteur d’activité de son choix et solliciter davantage de précisions sur l’information recueillie. L’ensemble des données est ici représenté sous forme symbolique. Il s’agit alors de petites montagnes aux sommets enneigés autour desquelles gravitent plusieurs autres icônes venant apporter des renseignements complémentaires sur la nature des données récoltées.

La particularité de ce type de représentation réside dans sa capacité à saisir, grâce à des techniques originales d’analyse et de placement des données dans l’espace, plusieurs niveaux de détails. A ce propos, il est intéressant de noter que la variabilité de l’échelle de perception revêt une importance capitale dans le processus de traitement de l’information spatialisée en milieu virtuel. Il devient alors possible de décrire les relations et structures de base de l’hypermédia mais également de définir la composition, les modifications et transformations éventuelles de l’information s’y trouvant.

Les lois d’une communication graphique se substituent dès lors à une communication d’ordre cartographique laissant apparaître une triade temps, espace, dynamique au sein de laquelle l’utilisateur explore, compare des multiples données accessibles interactivement. L’espace alloué est ainsi réglé par des transformations, des perturbations d’ordre logique ou encore "opto-logique" s’ajustant aux différents niveaux de détails ainsi qu’au degré d’intérêt exprimé par l’utilisateur.

Par conséquent, les hypermédias cartographiques s’imposent comme une des plates-formes interprétatives les plus probantes. Ces environnements perceptifs dynamiques fournissent alors une définition explicite et précise de la notion de multimodalité de traitement tout en réaffirmant la prise en compte d’une contextualisation à la fois de l’action et de l’information.

Malgré tout, on est en droit d’être dubitatif quant à la capacité de ces environnements à pouvoir garantir l’ensemble des fonctions de représentation dont fait état, de manière tout à fait exhaustive, Michel Denis et qui apparaissent indispensables à tout système formel visant à articuler une structure organisatrice et phénoménale de l’information. Elles doivent donc permettre notamment « de rendre accessibles des informations qui ne le sont pas dans les conditions normales, "naturelles", de perception [c’est le cas ici au travers d’une répartition schématique des groupements sémantiques] ; d'expliciter de l'information [Comme le souligne Daniel Peraya : "[…]elles sont susceptibles de remplacer les objets originaux pour effectuer certaines fonctions, principalement de nature cognitive" ] ; de guider, d'orienter et de réguler mais encore de systématiser, de transmettre et de communiquer une information. » [Denis, 1989].

Cette difficulté semble en partie dû au fait qu’il s’élabore ici de véritables environnements scripto-visuels, régis par certains processus complexes d'échanges d'informations, interindividuels ou sociaux, se risquant à une articulation difficile entre une fonctionnalité symbolique de l’image et une volonté d'exploitation rationnelle des signes iconiques en vue précisément de « guider, d'orienter et de réguler » les actions de l’utilisateur.

Fig4. « Map.net » est un site d’information
répertoriant des adresses URL issus de l’Open
Directory.

« Map.net » [Map.net, 2000] est un site d’information très complet ayant choisi de développer une représentation schématique hypertextuelle 2D multi-niveaux d’un large réseau de relation informationnelle. On y retrouve plusieurs rectangles, de tailles variables suivant l’importance du domaine représenté, accolés entre eux de manière à signifier les potentialités d’échange entre les disciplines. L’utilisateur est donc invité à les parcourir au travers d’une succession de "clics" l’amenant à préciser sa requête.

Ce type d’expression cartographique introduit indubitablement une dimension conceptuelle nouvelle faisant référence à une véritable problématisation de l’espace. Elle permet une meilleure compréhension des glissements sémantiques présupposés de l’information en insistant sur la construction analytique d’une représentation de l'espace. Le mode cartographique se révèle donc être le lieu d’appréciation idéal des interconnexions entre différentes sources d’information distantes. Il s’élabore ainsi une tactique d’appropriation de l’espace permettant d’organiser un véritable territoire relationnel, une sorte d’espace de médiation thématique. Désormais, le développement d’une répartition locale appelle une réévaluation de la structure d’organisation globale de l’information. Cela nécessite donc une procédure d’articulation des échanges interdisciplinaires définissant la territorialité comme un environnement structurant.

Par ailleurs, ce dispositif tend précisément à démontrer que les hypermédias sont avant tout des lieux sociaux d’interaction et de coopération procédant d’une intention discursive. Ce sont des systèmes de communication médiatisée où s’entremêlent plusieurs formes d’énonciation veillant à manifester un point de vue délibérément critique sur le monde qui nous entoure. Cette composante fondamentale de toute manifestation du langage n’a bien sûr pas échappé à J.P. Desgoutes qui nous rappelle que le discours est composé de deux champs complémentaires : « le champ référentiel, informatif ou constatif, et le champ relationnel, que l’on peut qualifier de performatif ou d’énonciatif. » [Desgoutes, 1999]. Plus loin, il explique que ces deux champs relèvent de deux fonctions essentielles dissociant l’appareil communicant de l’expression subjective.

Fig5. « HistoryWired » est site d’information présentant la collection d’objets du musée national d’histoire américain.

Du même ordre, il nous faut citer également l’excellent projet « HistoryWired » [HistoryWired, 2001] proposant une carte précise de la collection d’objets du musée national d’histoire américain, élaborée à partir des données du marché des technologies. Cette application utilise une technique de visualisation bien connue appelée « Treemap ». Elle consiste en un découpage morpho-spatial laissant apparaître alors une construction hiérarchique arborescente au sein de laquelle s’opère, comme le souligne Moutaz Hascoët et Michel Beaudouin-Lafon, « un traitement surfacique ».

Le mode de représentation choisi laisse ici une plus large part à l’abstraction au profit d’un repérage plus efficace des zones de correspondance de l’information. Les différents niveaux de profondeurs sont ainsi obtenus dynamiquement au travers d’un véritable "zoom" sémantique permettant d’accéder à une répartition plus détaillée. Il en résulte une diminution des effets de décontextualisation dûe en partie au principe de visualisation progressive de l’information pertinente.

Ce type d’espace multi-échelle, multi-dimensionnel reste, à mon sens, le paradigme de présentation et d'interaction le plus efficace. Il repose, comme le précise Mountaz Hascoët, « sur le couplage, entre une transformation graphique élémentaire et une modélisation des données ». La fonction de "zoom" devient alors « l'élément graphique tangible » facilitant non seulement la localisation de la position courante et des informations recherchées mais également l'exploration "déambulatoire" destinée à favoriser des découvertes "accidentelles".

Le système propose ici une sorte de schéma topographique relationnel très efficace mettant en évidence la complexité des liens. Il fait également émerger le sens inhérent de la masse d’information en proposant une synthèse graphique inter-objets. L’utilisateur opère alors sur un plan segmenté ouvrant vers une distribution spatiale de renseignements aussi bien qualitatif et quantitatif. Ce système s’intéresse particulièrement à favoriser la localisation de données ordinales grâce à une analyse hiérarchique exploratoire.

Le type d’interfaçage spécifique de gestion cartographique est conçu sur la base du matériau langagier. Les métadonnées d’ordre textuel deviennent dès lors les acteurs de l’espace d’interaction et de navigation. Cet environnement se fonde sur l’hypothèse d’une économie des modalités de représentation graphique en vue d’obtenir un meilleur découpage fonctionnel de l’espace. Par conséquent, il choisit de se focaliser sur la fonction et l’utilité d’un développement minimal de manière à accéder à la spécificité du langage cartographique comme moyen de visualisation et de communication. Le message cartographique, véhiculé au travers d'opérateurs de base, se réalise ainsi via une carte mentale permettant de structurer la pensée et également gérer de manière stratégique les connaissances critiques.

Fig6. « Map of the market » est site d’information représentant les échanges boursiers américains.

Un des projets les plus réussis de Martin Wattenberg, « Map of the Market » [Map of the Market, 2001] propose une cartographie des performances boursières américaines au travers d’une représentation poly-composante ordonnée également par zone. Plusieurs centaines d’entreprises y sont regroupées sous forme de rectangles dont le format varie cette fois suivant la capitalisation. Le code couleur, quant à lui, renseigne l’utilisateur sur les modifications du prix de l’action.

Cet hypermédia ne déroge pas à la règle élémentaire qui veut que toute représentation cartographique soit déterminée en priorité par la nature de la mesure. En effet, la répartition chorochromatique, dû au caractère nominal de la variable, définit les spécifications de la carte et également sa mise en forme en langage graphique. On voit apparaître alors des objets zonaux stimulant notre sensibilité chromatique différentielle afin de faciliter le décryptage des variables visuelles et ainsi de favoriser la lecture de certaines informations. On remarque par là même que la programmatique colorée revêt une importance majeure car elle détermine très fortement les modes d’appréhension du système de repérage visuel.

Ainsi, le mode de perception graphique est investi par l’étude du traitement des signaux sensoriels. Le langage cartographique est alors une expression visible où s’entremêlent diverses sensations physiques obéissant à certaines conditions morpho-dispositionnelles de lecture.

Toutefois, il est légitime de s’interroger sur la pertinence de telles représentations d’origine perceptive dans le cadre du processus d’extraction des connaissances et d’approfondissement des calculs, des simulations, des inférences, des comparaisons en phase de post-traitement. En effet, la dénotation des similitudes et des différences entre les diverses informations visuelles, leur reconnaissance, association ou bien catégorisation pourrait, à priori, entraîner une trop forte augmentation de la difficulté de la tâche conduisant ainsi à une détérioration des performances. Or, de nombreuses expériences nous confirment que cette ambivalence de traitement constitue effectivement deux types de représentation mentale pourvus de propriétés fortement différenciées, mais dont la coopération est attestée dans de nombreuses formes du fonctionnement cognitif. Ainsi, l’étude de leurs éventuelles interactions devient capitale en vue de garantir une parfaite exploration, focalisation mentale sur des objets visualisés.

3. Conclusion 

Plusieurs études démontrent que l’activité spatiale qu’implique la navigation cartographique tend à améliorer considérablement la capacité de sélection et de traitement de l’information grâce à une meilleure compréhension du fonctionnement des processus spatiaux. En effet, il est indéniable que leur habileté à faire la saisie et la gestion des données spatiales, des requêtes concourent à une meilleure orientation de l’utilisateur au sein de l’environnement favorisant ainsi la fouille de données.

Ce type d’hypermédia graphique explorateur relève, comme le précise Claire Bélisle : « d’une activité de méta-lecture facilitant une maîtrise réflexive de l’information. […] Circuler dans des informations ayant des contextes et environnements très divers oblige à repérer ces différences et à se situer par rapport à elles. » [Bélisle, 1999]. Ils incitent, en augmentant la puissance de la communication visuelle de données, à une réelle représentation dynamique de l’information. Cette méta-lecture dont parle Claire Bélisle, est d’ordre métacognitive. Elle inaugure une nouvelle vision expériencielle de l’information hypermédiatique, sorte de phénoménologie d’une interactivité environnementale, capable de renouveler en profondeur les comportements stratégiques en matière de recherche d’information.

Cependant, certains chercheurs persistent à penser que les hypermédias cartographiques peuvent susciter certains problèmes de compréhension en monopolisant l’attention de l’utilisateur sur la macrostructure des échanges informationnels. À ce propos, il faut rappeler que la représentation acquise du système par l’utilisateur est une condition indispensable de toute organisation de l’information structurée et que par conséquent il est donc primordial de posséder une bonne connaissance de la configuration de l’espace en vue d’accéder précisément à l’information recherchée. Autrement dit, cette démarche conceptuelle ne se détourne en aucune façon des objectifs premiers d’un hypermédia explorateur qui est de faciliter l'acquisition de connaissances. Ces systèmes pêchent peut-être aujourd’hui encore en matière d’évaluation sémio-cognitve des modes de visualisation et de navigation, mais il est certain qu’ils ne tarderont pas à devenir l’un des terrains d’étude privilégié en matière de recherche documentaire et peut-être même, comme le souligne Thierry Chanier, « d’apprentissage collaboratif, voire social ».

 

NOTE(S)

[Bélisle, 1999] Bélisle C. (1999). La navigation hypermédia : un défi pour la formation à distance. Revue de l'enseignement à distance: 14,1. Adresse URL (Iuicode) : http://www.icaap.org/iuicode?151.14.1.3

[Denis, 1989] Denis M. (1989). Image et cognition. PUF, Paris.

[Desgoutes, 1999] Desgoutes J.P. (1999). La mise en scène du discours audiovisuel. L’Harmattan, Paris.

[HistoryWired, 2001] Site d’information, « HistoryWired », lancement en 2001 par la société « SmartMoney Inc. » (Chef de projet : Martin Wattenberg). [en ligne], (page consultée le 13/01/03). Adresse URL : http://www.historywired.si.edu

[Kartoo, 2001] Métamoteur de recherche, « Kartoo », lancement en avril 2001 par une société française de Clermont-Ferrand. [en ligne], (page consultée le 13/01/03). Adresse URL : http://www.kartoo.com

[Map.net, 2000] Site d’information, « Map.net », lancement en 2000 par la société « Antarctica Systems Inc. ». [en ligne], (page consultée le 13/01/03). Adresse URL : http://map.net/cat/

[Map of the Market, 2001] Site d’information, « Map of the market », lancement en 2001 par la société « SmartMoney Inc ». [en ligne], (page consultée le 13/01/03). Adresse URL : http://www.smartmoney.com/marketmap/

[Mapstan Search, 2001] Métamoteur de recherche, « Mapstan Search », lancement en décembre 2001 par une société française du même nom. La technologie utilisée par « Mapstan » a été appelée le « WPS » ("Web Positioning System"). [en ligne], (page consultée le 13/01/03). Adresse URL : http://www.mapstan.net

[Peraya, 1996] Peraya D. (1996). L’image: une troublante analogie. Chronique d'images, Journal de l'enseignement primaire, n° 54, janvier/février, 34-35.

[Webmap, 2001] Site d’information, « Webmap », lancement en 2001 par une société du même nom. [en ligne], (page consultée le 13/01/03). Adresse URL : http://www.webmap.com

* Le « mayeticVillage » inaugure un nouveau type de société, entièrement axée sur les nouvelles technologies et les organisations d’entreprise. Il s’organise au travers de la création d’espaces de travail collaboratif sur le web où sont représenté plus de 25.000 membres, 950 sociétés référencées et 83 pays utilisateurs.

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

D. BIHANIC
Laboratoire CERAP
(Centre d’Etude et de recherche en Arts Plastiques),
Université de Paris I Panthéon-Sorbonne

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).