archée
                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


En réseau et hors du commerce

Johanne Chagnon

Robert Saucier, Chronique du premier jour; 40cm en rase-mottes

Il est ahurissant de constater certaines
énormités énoncées au sujet des apports technologiques.
Technologie, art, technologie...
Voyons voir... furetons...
Et après quelques lectures...

La revue Esse arts+opinions nous a aimablement autorisé à reproduire et mettre à jour cet article.

Cela ressemble un peu à la frénésie qui s'est emparée de la population à la venue de l'an 2000. Tellement, qu'il devient extrêmement rare d'entendre le moindre bémol critique de la part de ceux qui se penchent sur le phénomène. Tout en reconnaissant que le passé et le présent nous semblent parfois insupportables, et que la venue d'un nouveau millénaire peut créer quelques espoirs d'amélioration (espoirs qui ne sont pas nécessairement fondés), on ne peut qu'être surpris que cet engouement s'empare de façon aussi drastique des intellectuels desquels on pourrait attendre des réflexions plus pondérées. Aurait-on peur de passer pour rétrograde si on osait soulever quelques aspects plus négatifs? Devant l'enthousiasme qui fait porter à la technologie le poids de toutes sortes de révolutions, le marché du numérique en profite pour en attirer plus d'un dans son giron.

Le phénomène semble cyclique. Le discours actuel rappelle celui des années 60, qui est aussi l'époque de McLuhan et de son concept de village global — euphorie qui a culminé avec l'Expo 67 à Montréal. Cela me rappelle aussi mes recherches sur la performance qui commençait à se manifester à Montréal vers la fin des années 70 et le début des années 80 : la performance a aussi été l'une de ces formes artistiques qui, dès son apparition, a transporté les théoriciens au-delà de toute commune mesure. Dans le cas des technologies, il s'ajoute un contexte de mondialisation-surconsommation indissociable du développement accéléré des outils technologiques.

À l'encontre de cet enthousiasme excessif de la part de quelques théoriciens, qui n'ont pas nécessairement une expérience pratique, certains artistes laissent entendre un autre point de vue. D'ailleurs, les réflexions théoriques proviennent souvent du milieu des communications — du concept de cultural studies qui ratisse large dans les universités anglophones — et moins du milieu de l'art. À l'encontre des penseurs, les artistes entrevoient davantage de liens de continuité dans l'histoire et dans leur propre pratique. Certains travaillent même à questionner les outils technologiques.

Je tiens à préciser que je ne suis pas défavorable au développement technologique; il importe cependant de replacer les choses dans une juste perspective. Ce texte s'attarde à pondérer certaines idées exagérées en se nourrissant de réflexions d'auteurs et de propos d'artistes rencontrés à cet effet (1). En contrepartie à cette critique, je m'attarderai au contenu de quelques œuvres numériques présentées sur le web.

Quelques-unes des plus grossières idées reçues... 

Ne jamais oublier le contexte économique 

La machine comme partenaire : Ouverture ou réduction? 

Ah! Web chéri 

Approches conceptuelles et réflexions sur le médium 

 

NOTE(S)

(1) Entrevues avec Ginette Daigneault, Jocelyn Fiset, Stéphanie Lagueux, Katherine Liberovskaya, Éva Quintas et Michel Lefebvre, Gisèle Trudel (décembre 1999).

(2) Revue fondée en 1997, (vous y êtes).

(3) Extrait d'une entrevue disponible sur le site d'ISEA.

(4) Hervé Fisher, “L'aventure électronique”, Vie des arts, n° 160 (automne 1995), pp. 16-18.

(5) Internet et après? Une théorie critique des nouveaux médias, Flammarion, 1999.

(6) Ces premiers États généraux, Cartographies, rencontres pan-cana-diennes et internationales, se sont tenus au Complexe Ex-Centris en octobre dernier. Organisés par l'Inter-Société des arts électroniques (ISEA), en collaboration avec le Festival du nouveau cinéma et des nouveaux médias de Montréal.

(7) Organisé par la Chaire en communications de l'UQAM et réunissant des intervenants de divers pays.

(8) Tenu à Montréal en octobre dernier, organisé par la Fédération internationale des associations du multimédia et réunissant 26 associations de 16 pays.

(9) Dans un texte de l'artiste, “Quelques pistes de réflexion pour les États généraux des nouveaux médias”, écrit en collaboration avec l'artiste français Jean Voguet.

(10) Wolton, op. cit., p. 88.

(11) Voir note 6.

(12) Voir note 3.

(13) Voir note 9.

(14) La SAT a été fondée en 1996 par Luc Courchesne, à la suite de la tenue d'ISEA 1995 à Montréal. La SAT approuve chaque année des projets pour lesquels elle demande une aide financière au Conseil des arts du Canada. Elle offre un programme de résidence. Sa direction est assurée par Monique Savoie.

(15) Tiré du mémoire déposé au Comité permanent du Patrimoine canadien en février 1999.

(16) Le Conseil des arts du Canada a un programme de bourses en arts médiatiques (montant maximal maintenant de 35 000 $). Ce conseil a aussi un programme de résidence en industrie, mis sur pied après une consultation auprès du milieu, et qui dispose d'une banque de quelques industries et d'artistes qualifiés.

(17) Artiste et professeur à l'Université du Québec à Hull, elle fait appel à l'ordinateur dans son travail, de façon différente selon les projets.

(18) La production récente à TechnOboro est visible sur le site d'Oboro.

(19) TechnOboro a reçu une subvention à cet effet, dans le cadre du programme Fonds du nouveau millénaire. Daniel Dion et Brad Todd travaillent beaucoup avec le Quick Time VR.

(20) Auteure d'un texte dans ce dossier, pp. 7 à 13.

(21) Entre autres, Télénoïa, 1992, initié par Roy Ascott en Hollande, et pendant lequel des artistes de divers pays ont échangé des images (par télécopie, ordinateur) sur une période de 24 heures. Elle a pris en charge l'organisation du réseau nord-américain auquel participèrent (par télécopie seulement) 13 artistes installés à l'UQAM.

L'événement Renga, durant ISEA 95 à Montréal, s'est étalé sur trois jours et a impliqué des artistes japonais dans un cycle au cours duquel une image envoyée via Internet était retravaillée puis retournée par le même canal.

(22) À l'UQAM à Montréal et dans la salle Bell à Hull.

(23) Tout comme l'expérience de téléprésence Rendez-vous... sur les bancs publics de Luc Courchesne et Monique Savoie, présentée jour et nuit à l'automne 1999, et reliant Montréal (l'esplanade en face du Musée d'art contemporain) et Québec (la Place d'Youville). Selon Jocelyn Fiset, cette installation annihilait le gouffre de distance entre les deux villes.

(24) Extrait du doctorat de Ginette Daigneault.

(25) Du 1er au 7 septembre 1996, dans le cadre de La parallaxe, colloque consacré à l'informatique appliqué aux arts, orga-nisé par Avatar et Obscure en collaboration avec Radio Basse-Ville (transmission de données entre St-Raymond-de-Portneuf, Québec et Innsbruck, France).

(26) Ils ont aussi choisi comme défi de rester dans la narration alors que les praticiens des technologies récentes veulent plutôt en sortir.

(27) Les créateurs de Liquidation qualifient leur cédérom de “produit-canapé” : car, une fois les paramètres choisis, le disque joue tout seul. Celui-ci convient à ceux qui, après avoir travaillé sur la souris à la journée longue, veulent regarder un produit multimédia sans être trop sollicités. Le cédérom a été lancé au mois de mai (2001) et il est disponible sur le site de l’Agence Topo.

(28) Pour en savoir plus : le Magazine électronique du CIAC, avec Sylvie Parent et autres collaborateurs, qui publie des dossiers, des entrevues et des commentaires d'œuvres électroniques; la Médiathèque du Musée d'art contemporain de Montréal, où Alain Depocas a initié un bon répertoire des sites d'artistes (Québec); le périodique électronique archée (ici même) qui publie des articles sur le cyberart et la cyberculture.

(29) Pour augmenter la diffusion, TechnOboro mise sur le développement de publics, d'où des projets web en collaboration avec des communautés culturelles : Héritage Asiatique Montréal; un collectif d'artistes autochto-nes (3e édition en 2000 de leur Cyber Pow Wow).

(30) Jocelyn Jean (à l'intérieur du site Des souris et des œuvres, du département des arts plastiques de l'UQAM).

(31) Voir à ce sujet le dossier “Hypertexte. Dossier sur la littérature électronique” d'Anne-Marie Boisvert, Magazine électronique du CIAC, n° 9, décembre 1999.

(32) Ce cédérom a déjà été présenté dans certains festivals, dont le Festival du cinéma et des nouveaux médias tenu à Montréal en octobre 1999.

(33) Alain Bergeron a aussi développé le logiciel à partir duquel le cédérom Liquidation est réalisé. Il fut un des membres, avec Philippe Côté et Jean Dubé, de la Société de conservation du présent [voir ESSE n° 25, automne 1994] . Ce groupe, pionnier dès les années 80 de l'art par ordinateur et de l'art réseau, est injustement méconnu dans l'histoire de l'art au Québec.

(34) Qu'on peut toujours voir au http://www.agencetopo.qc.ca/liquidation/.

(35) Carnages est une des œuvres faisant partie du projet FiXions conçu par Michel Lefebvre et Éva Quintas, de l'Agence Topo, réunissant cette fois dix écrivains et photographe. Au www.agenceTOPO.qc. ca/carnages/index.html.

Ont participé à Carnages, à titre de figurants, Michel Lefebvre, écrivain, Guylaine Savoie, danseuse et chorégraphe, Ismaïla Manga, peintre, et l'auteure Mitsiko Miller.

(36) Au www.studioxx.org/maidincyberspace/tremblay/index.html.

(37) Au www.dreamed.org/.

(38) Au www.sat.qc.ca/eugenie.

(39) Ex-voto.

(40) Extraits d'une entrevue avec Sylvie Parent, Magazine électronique du CIAC, n°6, décembre 1998.

(41) Jodi.org.

(42) Lune noire. Ce site tire ses images du cédérom du même nom réalisé dans le cadre d'une exposition pour le Musée ferroviaire cana-dien de Delson—Saint-Constant.

(43) Robert Saucier (à l'intérieur du site Des souris et des œuvres, du département des arts plastiques de l'UQAM).

(44) Isabelle Hayeur.Cette artiste, qui pratique la photographie et la vidéo, est membre du groupe Perte de signal, un collectif d'artistes fondé en 1997 et voué à la diffusion d'œuvres numériques.

(45) Notamment une ampoule de glace recevant la projection vidéo d'une tête vue en plongée simulant la pupille d'un œil qui bouge (pour l'exposition solo Liminaire à Axe NÉO-7, Hull, 1998).

(46) Dominique Laquerre

(47) AE

(48) Raymond Gervais (site désuet).

(49) Doyon/Demers

(50) L'un dans le cadre d'un projet qui, en 1988, les a menés de Québec à Banff à travers 20 centres d'artistes et 3 musées); l'autre dans la performance Doyon/Demers œuvres et œuvres d'art d'assaut sur les murs du Musée d'art contemporain à Montréal, en 1992. Voir ESSE n° 23 (automne 1993).

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Détail tiré du site de Johanne Chagnon

Artiste de formation universitaire, performeuse, auteure et coordonnatrice à la revue ESSE, Johanne Chagnon, née en 1952, est aussi très sensible à la cause sociale. Elle est d'ailleurs intervenue publiquement lors du Sommet des Amériques de Québec en avril 2001 avec "Mettez du poil dans l'engrenage" (20-21 avril). Elle compte de nombreuses expositions solo et de groupe ainsi que plusieurs interventions artistiques urbaines et pluridisciplinaires. On peut consulter sur le Web une partie de son projet "Caméra en main", initialement une intervention urbaine à Rouyn-Noranda (2000).

Johanne Chagnon

 

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Pierre Robert - 07/1998 La dualité du paysage - Isabelle Hayeur

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).