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L'universel et le local (Yves Michaud)

Pierre Robert

Yves Michaud : "Questions sur l'identité en art aujourd'hui : l'universel et le local"

Le colloque international ayant pour thème " Les origines et la nationalité dans la formation de l'identité de l'Artiste d'aujourd'hui " a eu lieu le 16 avril 1998 à l'Institut d'Études Supérieures des Arts à Paris. Yves Michaud participait à ce débat et proposait le tire suivant : " Questions sur l'identité en art aujourd'hui : l'universel et le local ".

Rappelons qu'Yves Michaud est professeur de philosophie à l'Université de Paris 1er et qu'il est l'auteur de " La Crise de l'art contemporain " (1997). Un livre essentiel pour qui veut comprendre les différentes facettes du débat d'idées entourant l'art contemporain. L'art contemporain est un fait neuf dans l'histoire de l'art et il a provoqué, souvent bien malgré lui, une série de remises en question touchant autant le jugement que la participation du gouvernement à sa mise en place dans nos sociétés (elles-mêmes contemporaines), ainsi que dans une perspective plus étroite entre le modernisme (-1960) et le postmodernisme (+1960).

L'universel et le local ajoutent beaucoup de pertinence à ce débat et Yves Michaud s'avère encore une fois très éclairant. Il énonce dans cet exposé " quelques remarques sur les facteurs qui conditionnent le développement des identités artistiques et les formes qu'elles peuvent revêtir. "

Ici le passage de l'identité nationale à l'identité artistique est un véritable saut quantique, car il existe des identités artistiques partagées qui ne possèdent aucune frontière. On reconnaîtra par exemple dans ce type d'identité, la volonté des automatistes québécois à sortir de l'ornière nationaliste pour se joindre aux mouvements de la pensée plastique libre et internationale. Michaud remarque justement à ce propos que cette identité s'accompagne d'une vénération pour des lieux qui en sont les foyers principaux, Paris, New York, etc. On voit bien ici comment le local et l'unversel se juxtaposent. Vient ensuite l'espace d'une identité par apprentissage. Vous étudiez l'art à Paris, vous serez donc enclin à vous appuyez sur les références locales comme Buren, Supports-Surfaces et autres pratiques discutées dans cette niche d'apprentissage.

Michaud va plus loin en faisant valoir la dimension éthologique de l'identité.

On vit dans un espace, on s'y développe, on s'y déplace. Cet espace est saturé de données visuelles, olfactives ; on y a des parcours et des habitudes, des manières de vivre et d'être.
...un artiste - même le plus in situ des praticiens de l'in situ - n'est pas quelqu'un qui simplement produit des oeuvres visuelles en tel ou tel endroit à tel ou tel moment ; il les conçoit, les pense, les commente, il les titre aussi dans une langue et il entretient, au moment où il les produit, des croyances en relation avec cette langue et sa culture.

C'est ce qui l'amène à utiliser l'expression " inévitablement local " plutôt que de réduire le local exclusivement au national.

Mais l'international n'est pas en reste. L'art contemporain dont une des caractéristiques est d'être international, n'est pas un mouvement international au sens traditionnel, il s'agit plutôt d'une structure de diffusion internationale. La nuance est importante, " qu'ont à voir Buren et Boltanski, Abramovic et Koons, Raynaud et Steinbach ? " nous demande l'auteur. Sur un plan paradigmatique, rien. Cette dissémination du sens engendrera à son tour quelques intolérances.

Chose certaine cependant, les artistes internationaux ont chacun un rôle (médiatique?) à préserver et à alimenter afin de créer l'événement dans un univers sans réelle nouveauté. " En fait, il s'agit ici de se tenir en un point d'équilibre délicat, afin d'éviter aussi bien le nationalisme dominateur, le localisme étouffant que l'universalisme pseudo-internationaliste. "

Yves Michaud termine ainsi :

J'aime beaucoup une phrase de James Clifford où il dit que nous devons chaque fois essayer d'aller jusqu'au point où nous commençons à comprendre ce que nous manquons...

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).