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                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Un entretien avec Éric Sadin

Pierre Robert

? : Tu as participé au Salon du livre de Montréal pour y présenter le deuxième numéro de la revue : éc/art S : dont tu es le fondateur; quelle a été la réception de ce numéro spécial "textualités & nouvelles technologies" ? - Est-ce que le milieu littéraire québécois te semble bien branché sur ces nouveaux courants artistiques ?

Éric Sadin : La réaction a été très enthousiaste, mais elle s'est davantage manifestée de la part du milieu artistique que par les auteurs que j'ai, par ailleurs, peu rencontrés. En outre, j'ai été frappé par l’indifférence du Salon du livre de Montréal à l’égard des transformations éditoriales et compositionnelles dues au numérique, et de l’avènement de plusieurs standards de e-books, et ce contrairement au Salon du livre de Paris (mars 2000). Cependant beaucoup de Québécois et de Canadiens travaillent sur les problématiques liées à la numérisation des fonds, aux droits d'auteur, à l'incidence du livre électronique, de l'Internet sur la composition littéraire, sur les nouveaux modes de lecture etc. Le monde de l'art m’a semblé autrement plus ouvert et intéressé par ces problématiques; les auteurs, du moins ceux que j'ai rencontrés, semblent très éloignés de ces champs d’investigation. Ce sont plutôt les chercheurs québécois qui explorent la portée des conséquences du numérique sur les effets de transformation de nos rapports au texte et des pratiques poétiques et littéraires. J'ai vécu cette situation comme un paradoxe.

? : Les écrivains électroniques et hypertextuels sont-ils perçus comme une sous-classe littéraire par le mainstream de la littérature française ?

Le milieu littéraire français dans son ensemble, ne saisit pas très bien l’ampleur des transmutations contemporaines qui affectent les conditions générales de nos rapports au texte et plus largement encore au langage. Il continue de croire à la valeur de romans de type balzacien, ou d’ouvrages aux structures générales extrêmement académiques (narration, fiction, perrsonnages, psychologie, début, milieu, fin..., bref des principes qui ne cessent de perdurer à l’identique depuis au moins l’après-guerre).

En ce qui concerne l'hypertexte en France, je suis attentif à ce qui s’expose sur les réseaux et suis extrêmement sceptique. Une des exigences capitales à mes yeux est trop souvent occultée, celle de la spécificité des principes compositionnels et perceptifs en rapport avec la configuration propre des outils à l’intérieur desquels ils s’inscrivent. Il ne s'agit pas simplement de créer des rhizomes et de cliquer de textes en textes, mais d’inscrire la syntaxe, la structure générale d’un texte, à l’intérieur de modalités démultipliées, superposées, ramifiées, qui découvrent de nouvelles connexions entre grammaire, indices référentiels, modalités perceptives et interventionnelles... Bref de mettre la langue elle-même, certains de ses usages supposés enregistrés, sous régimes hypertextuels - radicalement distincts. La question majeure est celle de la structuration des formes en rapport avec la configuration singulière de l’instrument ou du système utilisé. Ce sont là des enjeux décisifs qui, de mon point de vue, ne sont pas assez pris en compte en France et ailleurs. Il ne suffit pas d’utiliser naïvement des technologies contemporaines, il faut surtout saisir l’extrême complexification des enjeux épistémologiques, culturels, esthétiques, induits par la prolifération technologique, qui appelle des stratégies informées à la mesure de la complexité contemporaine.

La difficulté de l'écriture en hypertexte... 

L'oeuvre 72 et l'iconisation du langage... 

L'inscription versus le support... 

L'agence_d'écritureS®... 

 

NOTE(S)

(1) Une partie de l'oeuvre «72» (sept au carré) dont on parle ici peut être vue et entendue sur le site de Panoplie.org dans la section spéciale Poezie 2000 qui comprend onze interventions poétiques. «72» est la traversée de la 7e avenue vers la 49e rue à New York, récitée par une voix numérique qui fait la lecture anglo-phonétique des signes textuels cueillis par Éric Sadin durant cette traversée, le tout rythmiquement ponctué de signes «+» (en anglais on dit «plosse»). Le texte défile comme un rouleau de musique pour piano mécanique, sur un rythme soutenu tel un programme informatique sans fin, une absorption continue d'informations. On ressent fortement le speed new-yorkais.

 

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Éc/art S #2: Spécial textualités & nouvelles technologies. Marengo, Anne-Marie (dir. publ.). Janvier 2000. Paris: Éc/art S : publishing site>. Éric Sadin, rédacteur en chef: eric.sadin@wanadoo.fr. Artistes, poètes, universitaires, théoriciens et organismes participent à ce numéro qui rassemblent une cinquantaine d'articles. Un document visuellement riche.

Eric Sadin. Écrivain, théoricien des enjeux des relations entre arts, langage, et nouvelles technologies, créateur et rédacteur en chef de la revue : éc/art S : Concepteur et fondateur de <éric.sadin&partnerS agence_d’écritureS®>, récente structure de production de dispositifs textuels, impliquant des compétences multiples et une large ouverture aux technologies contemporaines. Il donne des conférences en Europe, aux États-Unis, au Japon, sur les nouvelles perspectives compositionnelles poétiques et littéraires ouvertes par la prolifération des technologies numériques. Il a présenté un dispositif textuel électronique à la Galerie Donguy (mai 2000). Il rédige actuellement 72 (ouvrage à paraître). En 1997 il a publié ": ", texte articulant plusieurs registres d’écritures (poésie - théorie - fiction) (Pécuchette éditions). Il a publié des textes théoriques et poétiques dans plusieurs revues : Les Cahiers de la Villa Médicis - Formules - Java - Dock(s) - Poésie express - Tija - Boxon - Numèro (Lisbonne) - Musica Falsa... De 1986 à 1993, il a réalisé plusieurs mises en scène de théâtre, et a dirigé successivement le Théâtre de Châteauroux (1988-1993) et le Théâtre de Roanne (1996-1999). Il est titulaire d’un Doctorat de Philosophie.

 

SITE(S) CONNEXE(S)

Éc/art S. 2000. En ligne: <www.ecarts.org>. Consulté le 31 novembre 2000. Le site de la revue Éc/artS est créé par l'artiste Grégory Chatonsky. Note: le site est en construction.

Conseil des arts du Canada. La galerie de la littérature orale et électronique : en ligne.

Poésie-québécoise.org. En ligne: <www.poesie-quebecoise.org>. Consulté le 23 novembre 2000. Site portail et nouvelles du milieu.

Planète rebelle. En ligne: <www.planeterebelle.qc.ca>. Consulté le 23 novembre 2000. Maison d'édition hybride.

 

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Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une quatorzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).