archée
                 • • •  revue d'art en ligne : arts médiatiques & cyberculture


Décembre 2015

 

Bonne année 2016!

 

Les effets spectraux des images holographiques, vidéographiques et la polyphonie acousmatique des compositions sonores souvent aléatoires donnent de l’existence au virtuel dans le réel en provoquant une réception multisensorielle, perceptive et cognitive qu’analysent et questionnent Philippe Boissonnet, Jean-Philippe Gagnon, Enrico Pittozzi et moi-même. Dans un débordement relationnel numérique Overflow, de Thierry Fournier, ouvre ce numéro.

 

Tous nos meilleurs vœux pour 2016 et merci à ceux qui ont répondu à notre campagne de financement, nous souhaitons bien sûr que vous soyez plus nombreux à y répondre pour qu’Archée puisse continuer à vous communiquer les productions et les recherches numériques les plus actuelles.

 

Thierry Fournier

 


 

Entre septembre et novembre 2015, Lux Scène nationale de Valence présentait l’exposition Overflow qui réunissait une série d’œuvres récentes de Thierry Fournier.
Ces œuvres ont en commun d’aborder les relations entre l’humain et des flux de données. Des réseaux sociaux aux fils d’informations en direct, elles déploient des confrontations entre les données et nos limites physiques, suspendant et décodant ces flux et mettant en évidence des enjeux aussi bien sensibles que politiques : paysage en 3D créé en direct par des tweets exprimant des désirs (Ecotone), mise en fiction du réel par des flux d’information et des musiques de blockbusters (Précursion), implosion du langage face à la télévision (Circuit fermé), intrusion d’un contrôle dans l’espace de l’exposition (Set-up), etc.
Le terme overflow désigne un débordement, voire une submersion, qui peut être celle de la perception face à des données qui la dépassent. C’est dans notre distance vis-à-vis du monde que se forment nos représentations, alors même que l’image se substitue progressivement au réel. Le réseau est présent partout et se nourrit des individus, à travers des dispositifs de suivi et de capture toujours plus présents, dans une économie dont l’attention est devenue la matière première. Cependant, les résistances à ces logiques se font jour : la distance se déplace, une extériorité est toujours possible.
Les œuvres présentées dans Overflow se placent à l’écoute de ces paradoxes, en provoquant des relations entre ces environnements et des corps, entre la perception et le langage. Le débordement qu’évoque le titre n’est pas seulement celui du flux et du réseau, mais aussi celui de l’humain qui leur est confronté.

 

 

Thierry Fournier

 


 

Installation, 2015, présentée au Festival Lille Renaissance jusqu’au17 janvier 2016

Dans un espace semblable à un studio de musique, la présence des spectateurs fait apparaître le son d’un orchestre symphonique qui s’accorde, instrument par instrument – jusqu’à le reconstituer tout entier lorsqu’un groupe est présent. L’accordage ne s’arrête jamais : le son demeure en suspens, naissant et disparaissant au gré du comportement des spectateurs.

Dans cette relation en miroir entre les visiteurs et les musiciens absents, on expérimente l’émergence d’une action collective, à travers l’archétype qu’en constitue un orchestre. D’autres visiteurs pourraient entrer, la musique pourrait commencer, mais elle reste au seuil. Un collectif demeure fragile et « en formation ».

 

 



 

Entre aliénation et exaltation

Conversation avec Thierry Fournier

Christine Palmieri

Overflow réunit plusieurs projets de Thierry Fournier, exposés récemment, qui procèdent par déplacements de phénomènes, physique ou numérique, réagencés de façon à provoquer des situations inattendues. L’artiste nous en explique les fonctionnements et donne accès à la pensée qui les motive. [suite...]

 


 

Désir d’effet holographique
et inachèvement du regard

Philippe Boissonnet

Les artistes ont exploré l’holographie, comme système de représentation, dès la fin des années 60. Mais, encore aujourd’hui, l’analyse esthétique de cette forme d’imagerie spatiale basée sur l’interférence et la diffraction lumineuses reste peu développée. Les ambiguïtés perceptuelles de ce type d’images, dues à leur opacité lumineuse, leur présence fantomatique à la fois haptique et visuelle ou leur expansion perspective hors de la surface du support, finissent par créer une catégorie esthétique en soi. Ces images, qui continuent à déranger et fasciner à la fois, apportent effectivement bien autre chose que leur supposé réalisme tridimensionnel photographique : elles apportent une esthétique de l’effet holographique. On la retrouve de plus en plus disséminée à travers divers genres artistiques, en arts plastiques et médiatiques, en arts scéniques et théâtre optique, en présentation muséologique, et bien sûr dans le cinéma de science-fiction en 3D. [suite...]

 


 

La sombra del viento :
Écoute et architecture spectrales
dans le cinéma augmenté d’Emmanuel Sévigny

Jean-Philippe Gagnon

Présentée à la onzième biennale de La Havane du 11 mai au 11 juin 2012, La sombra del viento (L’ombre du vent) d’Emmanuel Sévigny est une œuvre de réalité augmentée qui exhume et met en scène la mémoire, le présent et l’imaginaire des habitants de la capitale cubaine sur la façade d’un de ses anciens théâtres. Une projection nocturne d’une vingtaine de minutes y rassemble les spectateurs ainsi que les narrateurs et acteurs, sélectionnés parmi les citoyens, autour de leur expérience de la ville et du monument. L’édifice illuminé par la surimpression et les métamorphoses d’une architecture fluide et lumineuse devient ainsi un médium manifestant et consolidant le tissu social à travers les récits, les désirs et les angoisses qui font battre le pouls d’une population bien vivante et puissamment imaginative. [suite...]

 


 

Extended perception

The sound aspect of the things: a seismography

Conversation with Robin Rimbaud aka Scanner

Enrico Pitozzi

Scanner, British artist, traverses the experimental terrain between sound, space, image and form, creating absorbing, multi-layered sound pieces that twist technology in unconventional ways. From his early controversial work using found mobile phone conversations, through to his focus on trawling the hidden noise of the modern metropolis as the symbol of the place where hidden meanings and missed contacts emerge, his restless explorations have won him international admiration from amongst others, Bjork, Aphex Twin and Stockhausen.
Enrico Pitozzi had a conversation with him, amongst others considerations, about the organic dimension of the sound materials of his work. [suite...]

 

 

Rédactrice : Christine Palmiéri
Webmestre : Alexandre Jimenez

 

  GRAM





 


 

Cette publication a été rendue possible grâce au soutien financier d'Hexagram, du groupe de recherche des arts médiatiques (GRAM), de la Faculté des arts de l'UQAM, de la Chaire du Canada en esthétique et poétique de l'UQÀM (CEP), ainsi qu'à une subvention, pour une douzième année consécutive, du Conseil des arts du Canada (CAC).

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